12 anglicismes cachés dans notre quotidien

Parfois difficilement décelables, certains mots et expressions sont des calques de l’anglais, inutiles et incorrects. Et si on arrêtait d’en perdre notre latin ?

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Elles ont l’air innocent mais ce sont des infiltrées. De plus en plus d’expressions du langage quotidien sont des traductions littérales de l’anglais. Dénaturant le sens de certains mots, tordant le cou au bon usage de la grammaire, ces locutions sont la manifestation d’un véritable « panurgisme », selon Jean-Marc Schroeder, secrétaire général de l’association Défense de la langue française. « C’est un tsunami, déplore ce professeur de lettres classiques, on se couche devant la puissance dominante. Et nous, on a l’impression d’essayer d’évacuer l’océan avec une petite cuillère. Le plus préoccupant, c’est l’adhésion de jeunes. » Identifier l’ennemi peut aider à le combattre : petit lexique, malheureusement non exhaustif.

Ça fait sens

Nous voici en présence d’un décalque pur et simple d’une expression anglaise, « to make sense », en l’occurrence. Employé par snobisme, c’est le cas typique de l’anglicisme inutile. En français, on fait peur, on fait plaisir, mais on ne fait pas sens. Cette formulation est un barbarisme.
Dites plutôt : « C’est logique », « C’est cohérent » ou « Cela a du sens ».

Confronter

Un article sur internet relatait récemment l’engueulade, sur un plateau télévisé, entre un célèbre consultant de foot accusé d’agression sexuelle et l’un de ses confrères scandalisé par son attitude. « Il l’aurait confronté », pouvait-on lire. Or, on ne confronte pas quelqu’un. On « est confronté à… » ou on « se confronte avec… ».
Dites plutôt : si vous voulez employer le bon verbe, « affronter » (la bonne traduction de « to confront »).

Digital

L’Académie française l’a souligné. Dans la langue de Rabelais, « digital » est un adjectif qualifiant ce qui a rapport aux doigts et non pas au monde de l’informatique, aux ordinateurs, à internet ou aux jeunes nés avec un téléphone entre les mains.
Dites plutôt : le mot français « numérique » offre une traduction fidèle du terme anglais « digital ».

Distanciation sociale

Rien ne va dans cette expression consacrée par des pouvoirs publics censés respecter et promouvoir le bon français. Il s’agit d’une traduction littérale doublement inepte. Le mot « distanciation », chez nous, relève du champ lexical artistique : on parle de distanciation pour qualifier le théâtre de Bertolt Brecht. Quant à « sociale », il est employé dans un sens impropre en français.
Dites plutôt : « Respect de la distance de sécurité » ou « distance physique » au lieu de singer les Américains.

Être en capacité

Quand le ministre de la Santé affirme que tel laboratoire « n’est pas en capacité» de fournir le nombre prévu de doses de vaccins, il fait passer un sale quart d’heure à notre idiome natal en mimant une tournure grammaticale venue d’outre-Manche.
Dites plutôt : « Être capable de… » ou encore « avoir la capacité à… » mais pas cet affreux mélange ! En bon français, il faut choisir.

Déceptif

Hou qu’il est énervant celui-là ! Non content d’être ridicule et inutile, ce faux ami constitue aussi une mauvaise traduction. Car le mot anglais « deceptive » signifie en réalité « trompeur ». Fuyez ce « déceptif » comme la peste !
Dites plutôt : « Décevant », comme tout le monde (ou presque).

Impacter

Vous l’entendez à longueur de temps, à toutes les sauces, souvent sur les plateaux de télévision où l’on répète à l’envi que la crise sanitaire a « impacté l’économie » ou, pire, que le moral des Français est « impacté ». Atroce ! Ce verbe qui fait fureur a été fabriqué à partir de l’anglais « to impact » et fait partie de ces mots qui réduisent la richesse de notre vocabulaire, lequel dispose pourtant de nombreux verbes pour exprimer toutes sortes de nuances.
Dites plutôt : « Affecter », « influencer », « atteindre » ou « se répercuter », selon le contexte.

Inclusif

Terme en vogue s’il en est – de l’écriture à la société, le but ultime de notre étrange époque semble d’être « inclusif » –, l’adjectif existe bel et bien en français… sauf qu’il ne veut pas dire ce que sa traduction importée signifie. Car si « inclusive » induit une notion de tolérance et de respect de l’autre, le mot français « inclusif » signifie « qui renferme quelque chose en soi ». Difficile d’échapper à ce terme, mais pourquoi ne feriez-vous pas comme nos amis québécois ?
Dites plutôt : « Ouvert à tous ».

Innovant

La vitesse à laquelle ce mot s’est imposé dans le langage courant est effarante ! Emprunté au lexique du marketing (pardon, de la mercatique, en version française), c’est l’adaptation littérale du mot « innovating ». Vous avez sans doute remarqué que, de nos jours, tout est innovant. Ne pas utiliser ce mot vous fera peut-être passer pour une ringarde, mais vous pouvez faire sans.
Dites plutôt : « Novateur ».

Je reviens vers vous

Dans certains courriels ou quand la secrétaire médicale vous rappelle pour confirmer un rendez-vous, dorénavant, on « revient vers vous ». Employée à tout bout de champ, cette expression est la copie conforme de l’anglais « I get back to you ». Une manie exaspérante qui commence à se répandre dangereusement.
Dites plutôt : « Je vous recontacte » ou, le cas échéant, « Je vous rappelle ».

Juste

Chez nous, « juste » est un adjectif – « le juste prix », « Ton raisonnement est juste ». Outre-Atlantique, l’adverbe « just » est parfois utilisé dans un tour emphatique (« It’s just incredible ! »). Il fallait s’y attendre : les « C’est juste incroyable » ou « Il est juste génial » fleurissent un peu partout. C’est faux et c’est laid.
Dites plutôt : « C’est tout bonnement incroyable » ou encore « Il est abso­lument génial ».

Prenez soin de vous

On l’entend mais on le lit aussi à longueur de journée depuis le début de la crise sanitaire, venant d’interlocuteurs bien intentionnés. Si cette formule bienveillante vous incitant à la prudence en ces temps de pandémie n’est pas incorrecte, d’un point de vue grammatical, l’expression constitue tout de même un tic de langage agaçant, une fois de plus copié sur l’usage anglo-saxon (« Take care of yourself »). Pourquoi ne pas utiliser nos expressions à nous ?
Dites plutôt : « Portez-­vous bien » ou « Soyez prudent »

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