Charnier de Paris-Descartes : le centre vendait à l’Afrique des corps donnés à la science

Mercredi 2 juin 2021, Philippe Even, l’ex-doyen de la faculté de Necker à Paris, a accepté de témoigner dans les colonnes de Paris Match, de ce qu’il a vu en 1988 au Centre du don des corps de Paris-Descartes. Il y évoque notamment les corps vendus à l’Afrique pour y être disséqués.

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En novembre 2019, L’Express dévoilait l’insoutenable : le Centre du don des corps de l’université Paris-Descartes, située dans le 6e arrondissement de la capitale, avait accueilli, jusqu’en 2018, un véritable charnier au cinquième étage. Dominique Hordé, ex-secrétaire général des lieux, avait dévoilé les coulisses effroyables de cet endroit aujourd’hui fermé dans les colonnes de Paris Match, en septembre 2021 : “Frigos en panne, prolifération de mouches, canalisations bouchées par les fluides humains”, énumérait-elle, avant d’évoquer les “têtes gonflées, nécrosées, putréfiées, aux mâchoires ouvertes avec pour tout linceul des sacs plastiques plus ou moins fermés.” Le magazine Paris Match, en kiosques lundi 3 mai 2021, a fait une nouvelle découverte effroyable : ce charnier existait depuis plus de 10 ans, comme le prouvent 13 diapositives de 1988 qui montrent des “cadavres en état de décomposition”, et des “membres noirs comme du charbon, putréfiés et entassés sans aucun respect” dévoilées sur Twitter mercredi 2 juin 2021 par la journaliste Anne Jouan (qui signe le papier de Paris Match).

Dans une interview publiée le même jour sur le site internet de Paris Match, Philippe Even, l’ex-doyen de la faculté de Necker à Paris entre 1988 et 2000, revient sur ce qu’il a vu lors de sa première (et seule) visite au Centre du don en 1988. “Ce bâtiment était indépendant, je n’avais aucun pouvoir sur ce qui s’y passait”, a-t-il d’abord tenu à préciser. “Je vois des cadavres qui flottent à la surface d’un bassin qui contenait ce qui m’a semblé être du formol. Ils évoluaient au gré des mouvements de l’eau verdâtre. Ils utilisaient des harpons pour les attraper. C’était épouvantable à voir”, a-t-il dévoilé. Le médecin pneumologue de 89 ans a également appris durant cette journée que le centre, qui connaissait de gros problèmes financiers, recevait “beaucoup trop de cadavres”. Le professeur Lassau, qui menait la visite, lui a donc confié que des corps étaient vendus et envoyés en Afrique, pour qu’ils y soient “démembrés puis disséqués”.

Crash-tests et expérimentations militaires…

Comme le révèle France 2 mardi 1er juin 2021, les dépouilles étaient également utilisées pour des expérimentations militaires. Olivier Gagey, le président du Conseil scientifique du Centre européen d’études de sécurité et d’analyse des risques (Ceesar), a confirmé l’information : “L’armée doit se préparer à recevoir des chocs dans tous les sens”, a-t-il expliqué, avant d’ajouter que l’utilisation de ces corps donnés à la science leur permettait de répondre à plusieurs questions importantes, notamment : “Qu’est-ce qu’il se passe dans un véhicule qui saute sur une mine et comment est-ce qu’on peut mieux protéger les occupants du véhicule ?” Le secteur de l’automobile utilise également des dépouilles. Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas)consulté par France 2 signale “la mise à disposition de corps pour des crash-tests”.

>>> Découvrez le tweet de la journaliste Anne Jouan

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