Clara Luciani : "Mon album est un hymne à la joie car il m’a semblé qu’on en manquait"

Elle a fait vibrer la France entière avec La Grenade. Elle s’apprête à la faire danser tout l’été avec Coeur, deuxième album aux accents disco, et hommage chatoyant à la variété.

Il y a trois ans, elle s’inscrivait comme l’un des plus beaux atouts d’une nouvelle génération de musiciennes françaises avec son premier album, Sainte-Victoire, porté par La Grenade, hymne féministe et flamboyant. Coeur (1), son nouveau disque, bat cette fois au rythme de l’envie de (re)vivre et de danser en toute liberté, après plus d’un an de pandémie. Et se nourrit de tout ce qui, du disco à la French Touch, fait de la chanson française un art noble, et plus que jamais vivant.

De l’euphorisant Le Reste à l’engagé Coeur en passant par le très beau Tout le monde (sauf toi), Clara Luciani aborde dans chaque titre, avec des mots qui n’appartiennent qu’à elle mais si justes que chacun s’y retrouve, ces amours qui nous traversent sans nous mettre à terre, et ceux que l’on ne doit jamais laisser basculer dans la violence. Et parle aussi d’amitié, de la fête qui recommence (Respire encore), et du Sud de son enfance. Elle revient avec nous sur tout ce qui l’inspire et la nourrit, de Véronique Sanson, Abba, à la lumière d’Aix en Provence.

La variété assumée

Madame Figaro .- Votre nouvel album, Cœur, s’inscrit dans l’héritage de la chanson française au sens noble du terme. Que cela signifie-t-il pour vous?
Clara Luciani .- Pour moi, la chanson française, c’est une chanson très écrite, je crois que les textes y ont toujours une grande place. Et c’est quelque chose qui nous est propre : je ne suis pas certaine qu’il y ait beaucoup de pays qui ont cette culture du texte. J’ai voulu aussi faire très clairement, et de façon très assumée, de la variété française. C’est un mot qui a un petit peu snobé mais que moi j’adore, et que j’ai eu envie de dépoussiérer.

“Ce que j’aime dans ce disque…”

Quelle est la première chanson de variété française qui a fait battre votre cœur?
Ça devait être une chanson de Véronique Sanson, parce que c’était l’artiste que ma mère écoutait tout le temps à la maison. Sinon, j’avais 4 ans et je chantais Les Cactus, de Dutronc. (Rires.)

Qui sont les musiciens français qui vous ont accompagnée pendant l’écriture de Coeur?
Ils sont divers et variés, ça peut être autant Claude François, Dalida que Françoise Hardy, Sylvie Vartan, Léo Ferré, Barbara. Et Michel Legrand, toujours et pour toujours. Il y en a beaucoup. C’est une grande famille.

Parmi la nouvelle génération d’artistes qui réinventent la chanson française, quels sont ceux qui vous inspirent?
Je suis très fan, parmi les nouveaux artistes, de Hervé, de P.r2B, November Ultra, Mauvais Œil… Il y a de très belles choses qui arrivent.

Votre album est également très disco… Quelle est selon vous le plus grand tube du genre, celui qui vous fait danser à chaque fois?
L’hymne disco par excellence, c’est Dancing Queen, de Abba. J’écoute aussi beaucoup leur album Super Trouper, et je suis très fan de The winner takes it all, que je reprends en français dans la version de Mireille Mathieu.

“Le lieu qui a inspiré ma chanson…”

Votre disque a été produit par Breakbot, et on y retrouve des sonorités très French Touch… Qu’avez vous envie de piquer à cette époque qui a marqué l’heure de gloire de l’électro française?
Ce qui me fait rêver dans la French Touch, c’est beaucoup choses, beaucoup de sonorités. Mais ce que j’aurais envie de lui piquer, c’est peut-être Playground Love, de Air, qui est pour moi l’une des plus belles chansons du genre.

Un hymne à la joie

Vous rendez hommage, dans votre titre La Place, à votre Sud natal… Quel est exactement le lieu qui l’a inspiré?
Il s’agit de la place des Cardeurs, à Aix-en-Provence. Je devais y rejoindre un ami et en arrivant, il m’a envoyé un texto qui disait «Au bout de la rue, je te vois» : c’est devenu les premières paroles de la chanson. C’est une place qui est très belle et toujours ensoleillée, en tout cas dans mes souvenirs, et sur laquelle on peut trouver plein de de bars, de restaurants… Il y a donc beaucoup de joie, de mouvement et de bruit. Pour moi, c’est vraiment associé à un souvenir de bonheur.

Le disque est également en prise directe avec l’époque que nous vivons… En quoi la pandémie, et les multiples confinements que nous avons vécus, ont-ils eu un impact sur vos chansons?
J’ai conçu Cœur comme un hymne à la joie parce qu’il me semblait qu’on en manquait, qu’on était matraqués de mauvaises nouvelles et qu’on était tous super stressés. J’ai eu envie de faire quelque chose de de solaire et de vitaminé. Si j’avais été médecin, j’aurais évidemment essayé de trouver un vaccin, mais comme mes capacités en médecine sont très réduites, je me suis dit que moi, mon devoir, c’était de faire une espèce d’album «feel-good», antidépresseur.

“J’ai conçu “Cœur” comme un hymne à la joie”

Le titre Cœur, qui ouvre l’album, s’inspire quant à lui du combat contre les violences faites aux femmes.
C’est une chanson sur les féminicides et c’était très dur pour moi de trouver le bon ton pour en parler. Parce que rien ne me semblait suffisant : les mots, parfois, semblent tous trop faibles pour exprimer des horreurs pareilles. Je voulais donc une formule choc, qui soit aussi poétique : j’en suis venue à écrire «l’amour ne cogne que le cœur», et un peu plus tard dans la chanson, «les seuls coups que l’amour pardonne sont les coups de foudre.» Mais c’est un titre qui m’a donné du fil à retordre, parce que je tenais à être juste.

Sur l’album, deux titres mettent l’amitié en lumière : Tout le monde (sauf toi), inspirée par un ami, et Sad and Slow, en duo avec Julien Doré, avec qui vous avez tissé des liens forts depuis vos débuts… En quoi est-ce pour vous une source d’inspiration?
L’amitié, c’est important parce que c’est une famille qu’on se qu’on se choisit. Je crois que j’ai vécu un certain tourbillon, ces dernières années : peut-être que sans mes amis, j’aurais un peu perdu la tête ou que je me serai un peu plus abîmée. Ils ont été là pour me soutenir : Julien Doré est extrêmement bienveillant et toujours de très bon conseil, il a beaucoup d’expérience, donc je lui fais confiance. Je sais qu’il sait de quoi il parle. J’ai beaucoup de chance d’avoir ces gens-là autour de moi.

Qu’est ce qui fait battre votre cœur, aujourd’hui?
Les gens que j’aime, mon métier. Et l’idée de retrouver la scène.

(1) Coeur, de Clara Luciani (Romance / Universal). En concert à L’Olympia du 17 au 19 octobre, puis en tournée en France.

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