Clotilde Courau : “Je garde les pieds sur terre par respect pour mes origines”

Clotilde Courau fête (déjà !) trente ans de métier. A 52 ans, l’actrice française cultive son art avec la même passion, la même abnégation, le même sens de l’effort. Une âme pure.

Elle a monté les marches du 74e Festival international du film de Cannes avec deux longs-métrage au compteur. Benedetta avec Virginie Efira, réalisé par Paul Verhoeven, un maître du genre, et Les héroïques de Maxime Roy, dont c’est le premier film. Originaire de Levallois-Perret et princesse de Savoie, de Venise et de Piémont tout à la fois, Clotilde Courau, 52 ans, n’appartient pas à un monde, mais « à des mondes ». « Cela correspond à ma personnalité avec sa singularité d’expériences de vie et d’origines », nous explique la comédienne. Du côté maternel, un arrière-grand-père haïtien venu soutenir la France en 1914, marié à une Béarnaise, une grand-mère, épouse d’un comte de Normandie dans la Mayenne.

Du côté paternel, un arrière-grand-père ingénieur constructeur de trains sur la cordillère des Andes, consul à Santa Fé, avant de revenir en France, un passeport argentin en poche, et d’épouser sa femme dans l’est de la France. « Sans parler de mon propre parcours. J’ai vécu au Bénin jusqu’à l’âge de 7 ans. Ma mère travaillait sur une thèse concernant l’attribution du nom dans la religion vaudou tandis que mon père installait des universités dans l’ancien Dahomé. Ils avaient 18 et 22 ans, on était en 1971 », nous rappelle l’interprète de L’appât, de Bertrand Tavernier.

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Son désir de devenir comédienne vient aussi de là. « Incarner des personnages a été un moyen pour moi de sortir de cette difficulté à trouver ma propre place. Avec le temps, j’ai fait de ce mélange une richesse, la possibilité de passer de Paul Verhoeven, avec son intelligence, sa maîtrise, à ce jeune réalisateur (Maxime Roy, ndlr) qui filme caméra à l’épaule. Dans ma vie personnelle comme dans ma vie professionnelle, je me suis toujours baladée d’un monde à un autre », analyse Clotilde Courau. Sa place, il lui a fallu du temps pour la trouver. « Je n’étais ni actrice de film d’auteur ni de films populaires. Je voulais tout revendiquer, on ne savait pas où me mettre. »

Trente ans (déjà !) à écrire sa filmographie, de ses premiers pas dans Le petit criminel, de Jacques Doillon, en 1990, pour lequel elle est récompensée du prix de la Meilleure actrice au Festival international du film de Berlin (Berlinale) à La Môme, en 2007, Tous les soleils (2011), Babysitting (2014), L’ombre des femmes (2015), Une fille facile (2019)… Au mot carrière, elle préfère parler d’expériences, se comparer à un artisan. « Je suis quelqu’un de très exigeant qui adore les défis pour repousser les limites, creuser l’interprétation », explique l’actrice. Tour à tour, elle explore la comédie dramatique, musicale, la comédie tout court, le cabaret comme meneuse de revue au Crazy Horse, le théâtre sous toutes ses coutures, les lectures, la culture pour tous et partout. Ses choix ? Des rencontres, des évidences. « Avec des personnes qui comprennent que je suis une femme qui se bat, qui n’oublie rien de ses origines, qui a le sens de la famille, qui est fidèle, sauvage aussi. Je revendique ma simplicité et mon sens de la vie. »

De l’effort et du travail aussi. « J’ai voulu vivre de ma passion, mais également de mon métier. L’indépendance financière que l’on soit une femme ou un homme est essentielle. » Fidèle à ce souvenir d’elle, pas plus haut que trois pommes, lisant, les sourcils froncés par la concentration, un livre pour enfants, Clotilde Courau reste dans cette curiosité, se nourrit d’auteurs riches de leurs sensibilités, de leurs parcours, qui racontent des histoires, interrogent le monde. Et quand elle travaille ses rôles, elle s’inspire du travail d’artistes contemporains, de photographes. « Maman à temps complet », Clotilde Courau laisse son costume de scène sur le pas de sa porte. « Quand j’étais plus jeune, mes rôles m’habitaient, encore plus depuis que j’ai des enfants (la princesse Vittoria de Savoie, 17 ans, et la princesse Luisa de Savoie, 14 ans, ndlr). Je tiens à cette réalité, il ne s’agit pas de snobisme, je garde les pieds sur terre par respect pour mes origines. »

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Surbookée, me direz-vous ? Le 26 juillet, elle a présenté à La Maison Casarès, près de Poitiers, l’œuvre sonore de l’artiste contemporain Joël Andrianomearisoa à laquelle elle a prêté sa voix. Avant de poursuivre ses Lectures musicales, Piaf l’être intime, ainsi que les poèmes de Christian Bobin avec son complice, l’accordéoniste Lionel Suarez, les 29 et 30 juillet. Pour enchaîner le 2 août, le tournage de La cour, un unitaire réalisé par Hafsia Herzi, pour Arte. Le 24 septembre, elle sera au Palais idéal du Facteur Cheval. Et la série Rebecca de TF1, dans laquelle elle joue aux côtés d’Anne Marivin et Benjamin Biolay, est en compétition au Festival Séries Mania. Tout un art.

Crédits photos : Backgrid UK/ Bestimage

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