Crises, retrait forcé, burn out… Télématin, une émission à la fois bénite et maudite

Une grande famille, Télématin ? Certainement, avec ses hauts et ses bas comme sa dose de fâcheries. A l’antenne depuis 1985 sur Antenne 2 puis France 2, le programme des lève-tôt tient toujours bon la barre, malgré les remous.

Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Depuis presque quatre décennies, l’émission Télématin sur France 2 rythme le réveil des Français avec constance mais non sans heurts ni péripéties. Dernier rebondissement en date, le retrait forcé du monsieur info Thomas Sotto qui, pour cause de relations avec une collaboratrice du Premier ministre Jean Castex, se voit privé des interviews politiques sur le service public. Même s’il reste à l’antenne, aux commandes avec Julie Vignali de Télématin. Encore un coup dur? « Le ton à la fois correct et familier de Thomas Sotto lui confère un rapport sensible aux téléspectateurs, analyse le spécialiste des médias François Jost*. Il se peut que sa maîtrise des codes de la familiarité puisse manquer avec les politiques. »

« Ses intervenants finissent par faire partie de la famille »

À croire que ce programme sonnant le réveil de centaine de milliers de Français porte autant chance que malchance à ses participants, chroniqueurs comme animateurs. De fait, la matinale de France 2 peut se transformer en tremplin, à l’image de Sophie Davant qui y a officié pendant près de 20 ans avant de devenir l’animatrice à succès d’Affaires conclues l’après-midi sur la même chaîne. Ou bien à l’image de la journaliste Karine Baste-Régis qui est désormais le joker d’Anne-Sophie Lapix au 20 heures de la Deux. « Télématin est une sorte de banc d’essai de la chaîne pour ses animateurs et ses journalistes. Elle est aussi une des rares émissions qui adopte le même rythme de vie que les téléspectateurs. Résultat, ses intervenants finissent par faire partie de la famille« , poursuit François Jost.

Fuite des chroniqueurs et concurrence accrue des chaînes info

Une famille recomposée à plusieurs reprises dont le public se prend parfois à regretter la stabilité originelle. Ainsi, à chaque passation de pouvoir, la crise couve, généralement sur la place publique. Le départ de l’historique William Leymergie en 2017 ? Si son règne n’a pas été de tout repos – il fut mis à pied deux semaines en 2007 suite à une altercation avec un chroniqueur -, sa succession ne fut pas non plus une promenade de santé. Dès 2019, Laurent Bignolas se retrouve en effet au cœur du cyclone, accusé par une partie de son équipe d’un autoritarisme parfois exagéré. Le tout dans un contexte de restrictions budgétaires, de fuites des chroniqueurs et de concurrence accrue de la part des matinales des chaînes info désormais très installées dans le paysage. Résultat, si William Leymergie, 74 ans – qui a rempilé depuis le midi sur C8 – est resté plus de trois décennies à la tête de Télématin, Laurent Bignolas tire son chapeau le 1er mai 2021.

« Une expérience que nulle plateforme de programme à la demande ne peut offrir« 

Ses successeurs Julie Vignali et Thomas Sotto (Maya Lauqué et Damien Thévenot le week-end) n’ont pas tardé à faire leur baptême du feu avec des regains de tensions, dont une tentative de suicide au sein de l’équipe. En cause, notamment, un changement de statut des salariés qui se verraient transférés vers une filiale de France Télévisions au cadre moins protecteur. Après ce drame survenu en octobre 2021, France Télévisions a fait savoir qu’ « afin d’apaiser ces tensions, la direction a pris la décision d’abandonner le projet de transfert obligatoire des salariés vers France Télévisions Studio au profit du volontariat« . Malgré tout, Télématin semble immortelle, simplement grâce sa forme. « Elle calque et renvoie à la vie quotidienne des femmes au foyer tout en représentant l’essence de la télé de flux, relève François Jost. Ainsi, ce programme propose une expérience que nulle plateforme de programme à la demande ne peut offrir. » Bref, la télé « à l’ancienne » n’est pas prête à tirer sa révérence.

* Notamment à la direction avec Sylvie Pierre de La Revue Télévision (CNRS éditions).

Crédits photos : Pierre Perusseau / Bestimage

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