Frances McDormand : en route vers son troisième Oscar ?

Frances McDormand est, depuis près de trente ans, l’une des actrices américaines les plus respectées et les plus récompensées. L’une des plus discrètes aussi, évoluant en marge du star-système, mais décrochant toujours des rôles complexes, en «trois dimensions», dit-elle. Preuve à l’appui avec Nomadland, road trip qui, nommé six fois aux Oscars, pourrait lui valoir sa troisième statuette.

La reine du ciné indé

Diplômée en art dramatique à Yale, Frances McDormand obtient son premier rôle dans Sang pour sang, en 1984, à la suite de la défection de sa coloc, Holly Hunter. Coup de foudre pour le réalisateur, Joel Coen : elle l’épouse, adopte un enfant avec lui (elle-même est adoptée) et devient l’actrice fétiche du duo que le cinéaste forme avec son frère, Ethan. Inoubliable dans Arizona Junior (1986), Miller’s Crossing (1990), Fargo (son premier Oscar) ou Burn After Reading (2008), à l’aise en absurdie comme en territoire obscur, elle séduit d’autres auteurs : Niki Caro, Gus Van Sant, Wes Anderson (pour l’attendu The French Dispatch) ou Martin McDonagh qui, avec 3 Billboards : les panneaux de la vengeance (2017), lui permet de gagner son deuxième Oscar.

En vidéo, “Nomadland”, la bande-annonce

Une énigme à Hollywood

Les unes de magazine, les interviews à la chaîne, les cérémonies…, elle s’en accommode, au compte-gouttes, y arborant des toilettes sobres, ne parlant que cinéma et condamnant la chirurgie esthétique qui, selon elle, abîme l’outil de travail des acteurs : «J’ai un visage élastique. Il m’a toujours bien servi, plus encore en vieillissant ; il reflète mon trajet de vie, et je l’emploie en conséquence. Je suis une interprète, pas une star de cinéma.» À 63 ans, elle jouera aux côtés de Denzel Washington dans The Tragedy of Macbeth, variation autour du couple maudit vieillissant mise en scène par son époux, en solo cette fois.

Une artiste investie

Elle choisit ses projets avec rigueur, puis s’y investit ensuite corps et âme. Pour Nomadland, dans lequel elle incarne une nomade des temps modernes, elle a vécu dans un van et enchaîné les petits boulots pendant quatre mois. Résultat : le 25 avril, elle concourt à l’Oscar quand Chloé Zhao, la réalisatrice, déjà lauréate d’un Golden Globe et du Lion d’or, devient la première femme de couleur et d’origine asiatique à être nommée pour la Meilleure réalisation. De quoi ravir l’actrice qui, en 2018, se positionnait aux Oscars en faveur de l’inclusion rider, clause contractuelle permettant aux acteurs d’exiger la diversité sur les tournages. Pas de militantisme aveugle cependant pour cette avocate de la pluralité et de la parité. «La plupart des films de femmes sont aussi ennuyeux et stéréotypés que ceux des hommes et, au lieu d’une course-poursuite, se focaliseront de façon caricaturale sur la dépression d’une femme.»

*Cet article, initialement publié le 9 avril 2021, a fait l’objet d’une mise à jour.

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