Mort de Bernadette Lafont : le « suicide social » du père de ses enfants

La comédienne Bernadette Lafont est décédée prématurément un 25 juillet, à l’âge de 74 ans, suite à un accident vasculaire cérébral. C’était il y a presque dix ans. Cette femme libre avait mené sa vie en « guerrière », comme nous l’avait confié Anna, sa petite-fille. Luttant contre un destin qui plusieurs fois s’est acharné.

Elle campait souvent des personnages à poigne, assez rugueux, comme dans La fiancée du pirate (1969), Une belle fille comme moi (1972), mais également Paulette, son dernier film (2012). À la ville aussi Bernadette Lafont, décédée le 25 juillet 2013, était une aventurière, avec la liberté comme seul passeport.

Echappée du giron parental à 18 ans, divorcée (de Gérard Blain) à 19 ans, elle rencontre son deuxième mari, le sculpteur et cinéaste Diourka Medveczky, à 20 ans. Plaque le cinéma qui pourtant déjà l’adore pour suivre son amoureux à la campagne. Et se retrouve mère de trois enfants à 24 ans, Elisabeth, David et Pauline.

Mais dix ans plus tard, en 1972, ce dernier, comme elle nous l’avait expliqué, « avait choisi de se marginaliser et je n’étais pas d’accord pour le suivre dans cette espèce de suicide social.  » Décédé en 2018, Diourka était né en 1930 en Hongrie, sous le nom de Georges Medveczky. Installé en France en 1948, soutenu par Picasso, inspiré par sa rencontre avec Bernadette Lafont, il avait réalisé plusieurs films avec elle entre 1968 et 1969. En noir et blanc, poétiques et singuliers.

Bernadette Lafont quitte alors Diourka. Et revient au cinéma qui commence par la bouder un peu, en amoureux éconduit, avant de la fêter comme la grande comédienne qu’elle est. Et c’est lui, avec le théâtre, qui la sauve du pire été de sa vie, celui qui lui enlève sa fille Pauline, en 1988. Un drame qui se déroule sur ses terres cévenoles où la jeune femme de 25 ans tombe accidentellement dans un ravin de 10 mètres (son corps ne sera retrouvé que trois mois plus tard).

La famille restera proche cependant de ce troubadour et poète qu’était Diourka. Et c’est avec beaucoup de tendresse qu’Anna nous en parlait il y a quelques années, alors qu’il vivait encore. « A la mort de ma grand-mère, il a commencé à voyager seul, sac au dos, nous avait-elle dit. C’était un grand sculpteur, un génie du cinéma, mais il a arrêté pour vivre dans une marginalité qui lui est naturelle, dans un rapport à la nature, à la vie et à la pensée. Quand on le voit, il parle des heures ou des jours entiers, sans dormir, et nous transmet son savoir ».

Les dernières années, Bernadette Lafont partageait la vie d’un autre artiste, le peintre figuratif Pierre de Chevilly. Mais chacun chez soi : elle, dans un appartement, le même pendant plus de trente ans, dans le Marais, avec son chat. Lui, le plus souvent à la campagne. Neuf ans après sa disparition, alors que le film culte de Jean Eustache La maman et la putain, est ressorti en version restaurée 50 ans après, on entend encore claquer cette phrase qui était la sienne : « La liberté n’est pas donnée, il faut la prendre car tout est fait pour qu’on ne l’ait pas ».

Crédits photos : JLPPA / Bestimage

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