Sean et Dylan Penn : "Avec ce film, j’ai gravé l’un des plus beaux souvenirs de notre album de famille"

Interview.- Dans Flag Day, l’acteur hollywoodien dirige et donne la réplique à sa fille, Dylan. Tendre, complice admiratif, le duo se livre en exclusivité à Madame Figaro. Retour sur un tournage bonheur où ils ont tant appris l’un de l’autre.

C’est un geste cinématographique mais surtout la déclaration d’amour d’un père à son enfant : dans Flag Day, en salles le 29 septembre, Sean Penn confie un premier grand rôle à sa fille, Dylan. Sans elle – qui jusque-là n’était apparue que dans Elvis et Nixon, de Liza Johnson, en 2016 – , l’acteur n’aurait pas repris sa caméra pour adapter ce livre de Jennifer Vogel.

Il n’aurait pas non plus joué dans son propre film. Mais l’occasion était trop belle, et c’est un homme débordant de fierté qui, à Cannes cet été, a monté les marches avec cette muse si particulière. Pour elle, il acceptait de revenir sur la Croisette malgré le souvenir douloureux de The Last Face qui, cinq ans plus tôt, avait fait l’objet de virulentes critiques. Mais que ne ferait pas un père pour sa fille ?

En vidéo, « Flag Day », la bande-annonce

Dylan est née en 1991 des amours de Sean Penn et de Robin Wright. Blonde aux yeux bleus, gracile et élégante, la jeune femme est aujourd’hui le portrait craché de sa mère dont elle a aussi hérité la cinégénie. Dans Flag Day, cette prometteuse débutante (qui a reçu le Prix Nouvel Hollywood au dernier Festival de Deauville) interprète la fille paumée d’un arnaqueur attachant mais souvent absent — Sean Penn, donc. La mise en abîme est évidente : «On a une relation complexe, il y a des clashs mais, au bout du compte, on s’entend bien», racontait-elle lors de la conférence de presse cannoise. La veille, nous la rencontrions avec son père. N’émanaient alors de leurs échanges et de leurs regards que tendresse, douceur et apaisement. Une sérénité méconnue chez la star de 61 ans, généralement plus à l’aise sur un plateau de cinéma ou sur le terrain militant qu’en interview. Pourtant, à cette occasion, Sean Penn sortait de sa réserve légendaire pour évoquer cette expérience unique et le lien qui l’unit à l’une des femmes de sa vie.

Madame Figaro. Quel a été le déclic pour réaliser Flag Day ?
Sean Penn. – Le visage de ma fille qui s’imposait, page après page, alors que je lisais le scénario. Dylan a quelque chose de singulier qui correspondait au personnage : elle ne sait pas faire semblant, ne fabrique rien. C’est aussi vrai au cinéma que dans la vie. Elle recherche intensément la vérité. Si elle avait refusé le film, ce qui était d’ailleurs le cas au départ, je ne l’aurais jamais fait. Elle est l’impulsion, le cœur et l’âme de cette aventure.
Dylan Penn. J’étais un peu jeune quand il m’a parlé du projet pour la première fois et je ne m’étais jamais imaginée actrice. Ce que je veux depuis toujours, c’est réaliser. J’avais aussi le sentiment de ne pas avoir assez vécu pour interpréter ce personnage qui a traversé beaucoup d’épreuves. Quand j’ai eu 27 ou 28 ans, il est revenu à la charge et, en relisant le scénario, j’ai vu de nombreux parallèles avec ma vie et notre relation.

Comment est-ce d’être dirigée par Sean Penn ?
D. P. – Avec lui, je me sentais en totale sécurité pour incarner un personnage aussi vulnérable. Parce qu’il est mon père, je savais qu’il serait bienveillant. En tant qu’acteur, il sait également à quel point cela peut être déstabilisant d’interpréter quelqu’un de tellement chahuté par la vie.
S. P. – Jouer la comédie, c’est savoir écouter, et je ne me suis jamais senti aussi entendu qu’avec Dylan. Pendant des années, j’ai catégoriquement refusé d’être acteur dans mes films. J’avais d’ailleurs proposé ce rôle à Matt Damon qui m’a répondu que j’étais dingue de passer à côté de la chance unique de tourner avec ma fille, que ce rôle m’était destiné. Il avait évidemment raison et, pour embellir encore davantage l’expérience, j’ai confié un petit rôle à mon fils, Hopper. Avec ce film, j’ai gravé l’un des plus beaux souvenirs de notre album de famille.

Dylan Penn: «Comme son personnage, je crois aussi qu‘il était destiné à être père. Mon frère et moi savons qu’il ferait n’importe quoi pour nous.»

Est-ce possible d’oublier qu’on est père et fille sur un plateau ?
S. P. – Pas du tout ! Les acteurs cherchent souvent à prouver au réalisateur qu’ils l’aiment mais, avec Dylan, c’était inutile, je le savais. A contrario, je savais aussi quand je l’agaçais. Son regard pouvait être empli d’amour et, la minute suivante, teinté de colère. Nous avons eu de bons et de mauvais jours, mais je chéris chacun des moments passés ensemble.
D. P. – Techniquement, c’était mon boss. Mais l’équilibre n’était pas toujours simple à trouver car il est aussi mon partenaire et mon père. C’est d’autant plus déstabilisant que nous jouions une relation filiale tourmentée, qui rendait parfois inévitable la projection avec notre propre histoire.

Sean Penn: «Ma fille est l’être le plus parfait et le plus beau qui soit.»

D. P. – Avec un père si philanthrope, notre engagement était inévitable. Je ne m’étais jamais sentie aussi utile qu’en Haïti. Chaque main tendue était la bienvenue tant la situation était dramatique. Ce genre d’événement vous permet de remettre les choses à leur juste place.
S. P. – Je suis très fier de mes enfants et de leur implication, mais je les laisse choisir leurs combats. Il y a tant à faire. De mon côté, avec CORE, notre travail actuel est en partie focalisé sur la pandémie, l’accès à la vaccination et son accélération. Nous ne viendrons jamais à bout de la crise sans cela (Sean Penn milite aussi activement pour la vaccination obligatoire sur les tournages, NDLR).

Dylan, comptez-vous transmettre vos engagements dans les films que vous réaliserez ?
D. P. – Ce sont pour moi deux choses distinctes, et je crois surtout au pouvoir d’évasion du cinéma.
S. P. – Mais une histoire même intime peut résonner plus largement. Je crois que toute œuvre qui parle d’amour, de culture, d’égalité ou d’inclusion est politique. Selon moi, le terme «politique» définit tout ce qui devrait garantir à l’humanité une certaine qualité de vie, tout ce qui nous permet de préserver notre dignité, d’élever nos consciences.

Envisagez-vous de retravailler ensemble ?
S. P. – J’espère à nouveau diriger mes enfants, mais je ne sais pas si j’aurais la force de rejouer dans un de mes films.
D. P. – J’aimerais plutôt inverser les rôles et pouvoir diriger mon père.

Flag Day, réalisé par Sean Penn avec Sean Penn, Dylan Penn. Sortie le 29 septembre.

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