6 livres audacieux pour parler de sexe autrement

Des podcasts croustillants comme Hot Line (la nouvelle création originale de Spotify) aux comptes d’éducation sexuelle influents et bienveillants comme celui de la blogueuse pop Masha Sexplique (sur Instagram), le web regorge de créations posant de nouvelles voix sur le sexe. Un sexe exploré autrement, de manière déconstruite et décomplexée, de façon féministe aussi, aux antipodes des simples potacheries de Difool et compagnie.

Mais entre deux écoutes ou stories, on aime également se replonger dans nos livres. S’attarder sur des recueils de témoignages, des confessions intimes, des séries de conseils bienvenus. Cela tombe bien : les librairies regorgent d’essais, manuels et manifestes passant sur le grill le sexe, son histoire, son expérience, les injonctions comme les jubilations qu’il suscite volontiers. De quoi redonner du sens aux sens, là où l’intime se fait politique.

Des livres inclusifs, irrévérencieux, instructifs. La preuve par six.

“Jouir” de Sarah Barmak

“En quête de l’orgasme féminin”. Le sous-titre de l’édition française de l’essai de Sarah Barmak, préfacé par Maïa Mazaurette, a tout d’une aventure d’Indiana Jones. Il faut avouer que cette recherche trépidante s’apparente volontiers à celle du Graal.

De la mise à l’ombre du clitoris (avec l’avènement du christianisme) et la diabolisation du plaisir féminin par des esprits aussi bien religieux que scientifiques, jusqu’aux initiatives et manifestes sex-positive affluant (notamment) sur les réseaux sociaux, c’est une véritable fresque historique qui se déploie ici.

L’autrice canadienne fait honneur aux corps des femmes et à la portée révolutionnaire de leur intimité en narrant le récit d’une réappropriation réjouissante, du porno féministe à l’expérience singulière de la “méditation orgasmique”. Car pour Sarah Barmak, le sexe est un système qui en dit long sur le patriarcat, mais c’est aussi “une opportunité de se connaître soi-même, de se rencontrer soi-même véritablement”.

Comme une allusion au mythique manifeste d’auto-exploration des années 70 : Notre corps, nous-mêmes.

Jouir, par Sarah Barmak.

Editions Zones, 200 p.

“La sexualité féminine de A à Z” d’Ovidie

Dans ce manuel sans chichi enrichi en 2019, la documentariste, autrice et essayiste Ovidie déploie un abécédaire des pratiques sexuelles avec la prose qu’on lui connaît : décomplexée, acérée, percutante. Comme un tour d’horizon des diverses nuances de la sexualité féminine, ce guide bienveillant édité par La Musardine se fait tour à tour politique, caustique, léger et grave. Anulingus, Education Sexuelle, Lubrification, Point G, Sextoys, Strip-Tease… Les notions ne manquent pas.

Et les noms éloquents non plus, puisque Virginie Despentes y côtoie Sade et Emmanuelle Arsan (l’autrice de la saga Emmanuelle). Tout ça pour dire quoi ? Des choses drôles, tel ce focus sur “le léchage de trogne, version canine”, déclinaison du baiser bien trempée, consistant à “lécher le visage en vous laissant un filet de bave sur la joue, vous permettant de prendre de l’avance sur votre démaquillage du soir”.

Des choses d’actualité, comme ces lignes dédiées à l’asexualité. Des tabous, tel cet audacieux “Nous sommes tous un peu fétichistes”. De la pédagogie bienvenue enfin, à l’image de ces conseils décochés pour réussir… un bon fist-fucking anal. Un livre qui instruit et déculpabilise.

La sexualité féminine de A à Z, par Ovidie

Editions La Musardine, 255 p.

“Ma vie sexuelle est plus grosse que la tienne” de Maïa Mazaurette

Notamment connue pour ses interventions dans le talk-show Quotidien sur TMC, mais aussi pour ses chroniques dans des magazines comme GQ et des journaux comme Le Monde, Maia Mazaurette est devenue au fil des années une voix emblématique de la pédagogie sexo en France. Un style qui se décline également en livres, de La revanche du clitoris jusqu’au récent Sortir du trou.

Ma vie sexuelle est plus grosse que la tienne fait partie de ses opus les plus accessibles, s’apparentant à un panoptique grand format, coloré et illustré, des pratiques sexuelles, évoquant le sexe en solo, dans le porno… Ou avec des robots. Oui oui. Surtout, c’est un livre sur les préjugés et injonctions relatives aux sexualités.

La journaliste s’exerce à déboulonner clichés et idées reçues, s’attaquant au culte de la pénétration (“Combien de temps la pénétration devrait-elle durer ? Vaste débat”) comme aux remarques âgistes associées à la ménopause (“Le meilleur âge pour le sexe serait 64 ans”, nous apprend-t-elle). Sans oublier ces questions ludiques, comme “Peut-on forniquer avec quelqu’un dont les valeurs politiques sont en contradiction avec les nôtres ?”.

Le ludisme ne contredit jamais l’exigence de réflexions, interrogeant l’utilité du X “hardcore”, les raisons de l’orgasme simulé ou encore la popularité (encore toute relative) de la sodomie dans le couple.

Ma vie sexuelle est plus grosse que la tienne, par Maïa Mazaurette

Editions Tana, 170 p.

“Sexpowerment” de Camille Emmanuelle

Paru il y a cinq ans déjà, Sexpowerment fait office de lecture indispensable pour qui s’intéresse à la sexualité des femmes, à sa stigmatisation et aux paradoxes qu’elle suscite dans la société, mais aussi aux points de vue complexes que vouent les différents féminismes à ladite sexualité.

La singularité de Camille Emmanuelle, c’est l’audace de ses prises de position, qu’elle dénonce le slut-shaming dont est victime Kim Kardashian (de la part des hommes, et des femmes), aborde les vertus du twerking, l’expression du désir qui émane des pornos BDSM, ou encore la cause des travailleuses du sexe.

Essai sur l’expérience du plaisir (à travers l’exploration de son propre corps, la littérature érotique, le jeu ambigu avec les codes du genre), récit profondément intime où s’entremêlent jubilation et douleur (l’autrice et journaliste féministe revient notamment sur le “victim-blaming” dont elle fit l’objet) et exercice de style polyphonique à la prose acidulée, Sexpowerment prend la température de sexualités renouvelées, déconstruites, repensées. Et nous incite à faire de même.

Une introspection qui bouscule gentiment son lectorat, ses convictions, ses attentes et son confort de pensée. “Longtemps, j’ai été ‘mal baisée’. Non pas parce que j’étais féministe (oh, elle est facile celle-là !) ou que je tombais sur des amants particulièrement lamentables, mais parce qu’on m’avait dit n’imp sur ce qu’était le sexe”, y lit-on notamment. A rattraper si ce n’est déjà fait.

Sexpowerment, par Camille Emmanuelle

Editions Anne Carrière, 330 p.

“Le sexe et l’amour dans la vraie vie” de Ghada Hatem-Gantzer et Clémentine du Pontavice

Fruit d’une collaboration entre l’autrice et illustratrice féministe Clémentine du Pontavice et la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer, ce guide “sans tabous ni clichés” se destine avant tout au public adolescent. Les deux expertes y passent au crible de nombreuses thématiques : la découverte du plaisir (celui de la masturbation), la “pression” de l’orgasme, l’importance du consentement, la notion étouffante de “normalité”, et par-là même, la pluralité des genres et orientations.

Comme une main tendue pour guider celles et ceux qui effeuillent ces chapitres en quête de réponses. L’ensemble est ponctué de maximes féministes : “Mon corps, c’est mon choix”, “Aimer, ce n’est pas posséder”, “Non, c’est non”. Règles, port du préservatif, excitation et empathie, aucun sujet n’est laissé sur le bord de la route. En résulte un ouvrage clair et aéré, aux illustrations affinées et au style limpide, qui nous rappelle que la pornographie n’est pas la plus judicieuse des conseillères quand il s’agit de s’initier aux choses du sexe – loin de là.

Le sexe et l’amour dans la vraie vie, par Clémentine du Pontavice et Ghada Hatem-Gantzer

Editions First, 130 p.

“Entre nos lèvres” de Margaux Rol et Céline Malvo

On aimait déjà beaucoup le podcast Entre nos lèvres, suite de témoignages intimes saisis avec pudeur et émotion. On aime encore plus cette adaptation en livre, et ce pour bien des raisons. Déjà car cet ambitieux recueil de voix, aussi bien féminines que masculines, est d’une qualité graphique indéniable, moins proche de l’essai que du Beau Livre : couverture rigide, papier glacé, illustrations raffinées sous forme d’esquisse abstraites…

C’est un livre, mais également un objet artistique que l’on contemple. Comme pour mieux aiguiser notre regard face à cette abondance de paroles anonymes abordant bien des sujets : la “première fois”, le rapport conflictuel au corps, le plaisir en solo ou à plusieurs… Les langues se délient pour éclairer certains tabous, comme l’impossibilité d’avoir un orgasme, l’asexualité ou les menstruations. Histoire de parler, mais aussi de décomplexer.

“Les histoires qu’on entend peu sont toujours politiques. Elles trouvent place dans un livre et, plus que jamais, parce qu’elles s’entremêlent et se répondent, elles nous rappellent combien nous ne jamais seul·es”, écrivent à ce titre les autrices. A bon entendeur.

Entre nos lèvres, par Margaux Rol et Céline Malvo

Editions Michel Lafon, 230 p.

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