A l'Olympia, Brigitte Fontaine montre son visage de poétesse punk

  • L’Olympia a rouvert au public avec un concert de Brigitte Fontaine, dimanche soir.
  • Une heure de poésie punk et émouvante.
  • Le spectacle a été organisé en configuration assise, avec distanciation physique et port du masque, créant certaines frustrations dans le public.

« Masculin assassin », « je vous hais », « ta gueule »… Brigitte Fontaine est montée sur scène pour la
réouverture de l’Olympia ce dimanche après 200 jours de fermeture en raison de la pandémie de
coronavirus. Un concert un peu particulier où le public, assis par petits groupes, se délectait des borborygmes entrecoupés d’insultes de la poétesse punk, habillée de sa combinaison rouge flamboyante.

Configuration assise pour Brigitte Fontaine aussi, qui a chanté pendant une heure sur un trône doré accompagnée de son guitariste. Un concert acoustique placé sous le signe de l’émotion et de la poésie, mais aussi de la frustration.

Poésie et émotion

La « Reine des kékés » a commencé par rendre un hommage à Annie Cordy, morte vendredi à 92 ans, en interprétant La bonne du curé, l’un de ses succès populaires. Elle a ensuite offert un peu de nostalgie avec sa Lettre à Monsieur le Chef de gare de la Tour de Carol, issu de l’un de ses tout premiers albums, avant de chanter certains titres de son 19e dernier album, Terre Neuve, qu’elle a décrit à sa sortie en janvier comme le plus punk.

Dans un cadre particulièrement intimiste – un musicien et un trône –, Brigitte Fontaine a donné corps aux mots, les sonorités des vers ont rempli la salle de son humour loufoque et parfois délirant, disons-le. Entre conte féministe anti-patriarcal et cris anarchistes, la chanteuse de plus de 80 ans donne à voir un spectacle aux résonances résolument actuelles et tout en grossièretés. Eclats de rire et connivence sont au rendez-vous dans la salle.

Dimanche soir, la poétesse a pris le dessus sur la « bête de scène » pour laisser jaillir une certaine fragilité. L’émotion s’est emparée des spectateurs qui n’ont pas toujours réussi à la cacher. « C’était assez émouvant, a confié Isabelle, les larmes aux yeux. C’est le premier concert auquel je retourne depuis le confinement ». Pareil du côté de Monique, troublée par la performance. « J’ai trouvé Brigitte Fontaine très diminuée. Je la suis depuis longtemps, elle a un humour formidable, elle a le même esprit, mais sa fragilité physique me touche énormément, reconnaît-elle. D’habitude, elle déambule sur scène, là elle est sur son fauteuil, mais c’est un moment très fort ».

Brigitte, fidèle à elle-même

Difficile d’oublier les contraintes liées aux règles sanitaires qui ont pu créer des petites frustrations. On oublie la fosse, le verre au bar à l’entracte et les vestiaires. On est dans la célèbre salle parisienne pour voir Brigitte Fontaine, et puis c’est tout. Loïc et Galathée, enthousiastes à l’idée de retrouver les performances en live, ont été surpris par le choix de la musique acoustique. « J’étais un peu déçue qu’il y ait moins de musiciens, mais Brigitte était fidèle à elle-même, confie la jeune femme. Et avec la configuration assise, c’était pertinent. Dans un gros concert de rock, cela aurait été encore plus frustrant de ne pas pouvoir danser ».

Tantôt femme de lettres, tantôt personnage absurde à l’éloquence éthylique, Brigitte Fontaine fait oublier le masque collant sur l’épiderme le temps d’une performance suspendue. Elle capte toute l’incongruité du contexte sanitaire, offrant des errances poético-vulgaires complètement déjantées. Et le public en redemande.

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