Alain Souchon raconte la genèse de "Allo Maman Bobo" et de "Le Bagad de Lann-Bihoué"

Alain Souchon est l’une des figures majeures de la chanson française depuis les années 70. Sa carrière est notamment marquée par sa collaboration, sa très forte amitié avec Laurent Voulzy depuis 1974. On accueille, avec plaisir, Alain Souchon à franceinfo pour passer la semaine ensemble et revenir sur cinq de ses titres incontournables comme une occasion de relire un peu son parcours. Il a sorti, il a quelques semaines, un best of : (Nouvelle) collection, comprenant trois CD avec 57 titres très connus ou un peu moins et aujourd’hui, on parle de la chanson : Le bagad de Lann-Bihoué (1978).

franceinfo : En 1974 avec l’arrivée de Laurent Voulzy dans votre vie, les titres Bidon et J’ai dix ans témoignent que votre carrière est définitivement lancée. L’écriture musicale de Laurent Voulzy a-t-elle modifié votre écriture ?

Alain Souchon : Complètement. C’est à dire que je suis vraiment un amateur en musique. C’est-à-dire que je n’y connais rien. Et lui, c’est un véritable créateur avec des suites harmoniques sophistiquées, c’est un vrai musicien, alors sa façon de voir les choses m’a ébloui. C’est de l’harmonie et ça, c’est beau. Donc, j’en ai profité. Son côté pop m’a nourri. J’étais content d’arriver à quelque chose que je cherchais sans le savoir.

C’est aussi la période de Rockollection qui va être un énorme carton et marquer l’été 1977. Mais l’un ne va pas sans l’autre. J’ai l’impression que vous vous êtes accompagnés, aidés, que vous avez grandi ensemble.

Ce n’est pas un travail comme un autre de faire des chansons, c’est-à-dire que d’un seul coup, on se retrouve parmi les gens, dans les radios. Alors c’est un travail qui nous fascine parce qu’on est dans sa chambre, on fait des trucs et puis, d’un seul coup, ça s’envole comme ça. Alors, le fait que ces choses s’envolent à condition qu’on soit ensemble tous les deux, ça nous a éblouis un peu et uni.

Votre troisième album va sortir : Jamais content (1977). Vous soulignez les difficultés de votre époque, exprimez aussi vos émotions personnelles, la dépression même avec Allô maman bobo. Cette chanson va marquer les esprits. Est-ce qu’elle a marqué aussi une période de votre vie ?

Oui, j’ai trouvé ça amusant. J’avais eu un petit incident en ski. J’avais eu très peur. Et mon frère, qui était guide de montagne, m’a rejoint et m’a dit : « Tu sais quand tu es tombé, tu as crié : Maman«  et j’avais 27 ans et j’étais à 3 000 mètres d’altitude !

« Crier ‘Maman’ n’avait pas beaucoup de sens, mais cette espèce d’instinct m’a fasciné. Et la chanson est venue comme ça : ‘Allô maman bobo’. Les hommes sont marqués par leur mère, et c’est beau, qu’instinctivement, d’une manière nerveuse, même à 60 ans, on puisse dire : ‘Maman, maman’. C’est bouleversant. »

à franceinfo

Que gardez-vous de votre mère ?

C’était une femme cultivée, agréable, drôle, un peu légère, facile à vivre, qui en a bavé parce que mon père est mort. Comme elle aimait beaucoup la littérature et tout, elle a dit : « Faudrait que je gagne ma vie en écrivant mais je ne suis pas Kafka« , parce que je me souviens qu’elle aimait beaucoup Kafka, « et je ne suis pas Balzac« . Elle s’est mise à écrire pour la collection Harlequin. Elle savait ce qu’elle faisait et riait d’elle-même. C’était du boulot quand même ! Alors, elle en a fait plein et elle nous a élevés comme ça avec mon frère, Patrick.

Elle vous a beaucoup accompagné dans cette découverte de l’écriture, de la lecture aussi.

Oui. On me laissait le soir dans un appartement, parce que mes parents sortaient tous les soirs, avec une dame qui me gardait et il y avait une énorme bibliothèque à la maison. Je me souviens des livres comme Les lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet que j’ai lu assez tôt, évidemment Robinson Crusoé, des bouquins qui m’ont beaucoup marqué.

Vous avez gardé ce côté conteur d’histoires.

C’est-à-dire qu’après, je me suis intéressé à la chanson parce que ça me plaisait beaucoup.

« Les chansons qui me plaisaient, c’étaient les chansons qui vous embarquaient avec le texte. C’est quand elles racontaient une histoire. »

à franceinfo

Les chansons françaises étaient fortes pour ça parce qu’elle racontait beaucoup d’histoires avec ingéniosité, avec le choix des mots. Toutes les chansons de Georges Brassens sont sublimes, celles de Léo Ferré aussi.

Vous avez toujours évoqué la société et ses travers, tout au long de votre carrière, je voudrais qu’on parle de la chanson Le bagad de Lann-Bihoué. Vous tenez beaucoup à cette chanson ?

Oui. La Bretagne est un endroit qui me plaisait beaucoup, où j’allais passer mes vacances quand j’étais petit et Laurent aussi. La musique, avec ce rythme particulier du bagad a beaucoup inspiré Laurent. Ça traduit cette espèce de déception qu’on a quand on est adolescent, une déception de la vie, on se dit que ce n’est pas comme ça qu’on imaginait la vie. C’est moins bien finalement ! Tous les êtres humains ont cette réaction.

Alain Souchon est actuellement en tournée, il sera par exemple le 3 janvier 2022 à Montbéliard, le 4 Nantes. Toujours en janvier 2022, il passera par Marseille, Dijon, Amnéville, Paris, etc…

Source: Lire L’Article Complet