"Ce confinement n'est pas suffisant" : l'épidémiologiste Catherine Hill alerte

En France, le 5 novembre à 14 heures, 367 décès supplémentaires dus au Covid-19 ont été enregistrés sur les dernières 24 heures, et 19 248 nouvelles hospitalisations sur les sept derniers jours, annonce Santé publique France. Des chiffres colossaux que le reconfinement, instauré depuis le 30 octobre, est censé tenter de diminuer. Seulement pour Catherine Hill, épidémiologiste, la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement est insuffisante.

Le 22 octobre, auprès de l’Humanité, elle pointait déjà un dysfonctionnement dans la réponse de l’Etat face à la pandémie : “La stratégie est tournée vers la fin du processus : les lits de réanimation, au lieu de s’intéresser au début du processus, à savoir la contamination dans la population. Or, le meilleur moyen d’éviter d’engorger les réanimations est de réduire la contamination.”

L’experte milite depuis le départ pour un “dépistage massif”, identique à ceux entrepris dans la province du Hubei, à laquelle appartient la ville de Wuhan, d’où le coronavirus est originaire. Là-bas, “on a réussi à contrôler l’épidémie” en testant “très largement autour de chaque cas”, notamment. Et ce, le plus tôt possible. Car la contamination “va vite”, assène-t-elle. “Il faut se dépêcher”.

Elle nous détaille d’ailleurs qu’en France, “on attendait que les [suspecté·e·s] aient des symptômes, et on les testait en moyenne 2,6 jours après leur apparition. Ajoutez à cela un jour – le délai médian – pour obtenir les résultats du test. Si on apprend que les gens sont contagieux 9 jours après leur infection, on évite pratiquement rien : et c’est cela, que l’on fait en France.” Elle fustige : “Le système est complètement à côté de ce qu’on connaît de la dynamique de l’épidémie !

Lors d’une longue discussion, la spécialiste alerte une fois de plus sur la gravité de la situation et l’incompatibilité des décisions venues de l’Elysée, évoque la période de Noël et rappelle l’incertitude qui plane autour du virus. Echange.

Terrafemina : Les mesures mises en place par le gouvernement sont-elles suffisantes ?

Catherine Hill : Non, elles ne sont pas suffisantes. On a confiné beaucoup plus tard que lors du premier confinement, il y avait beaucoup plus de gens hospitalisés à cause du Covid qu’en mars. On a voulu mettre au point un couvre-feu, mais ça n’avait ni queue ni tête. Il fallait confiner tout le monde, et basta ! C’est grave de ne pas l’avoir fait plus tôt, cela a causé beaucoup de morts.

Tous les jours, il y a plus de 400 décès, ce qui est monstrueux. C’est terrible. Il faut le dire aux gens. D’ailleurs, à propos des chiffres, il est essentiel de souligner qu’il est plus intéressant de surveiller les arrivées à l’hôpital que les patients en réanimation. Ces derniers sont intéressants aussi, mais il est plus important d’observer la dynamique des arrivées.

Pour revenir à la gestion gouvernementale, il y a eu des erreurs : on n’est jamais arrivé à protéger les personnes âgées dans les Ehpad. C’est une erreur monumentale, comme de dire que “l’avenir de l’épidémie est dans les mains des citoyens”. Non, elle est surtout dans les mains des autorités. Il faut organiser le dépistage de masse par test PCR ou test antigénique, afin de trouver rapidement les personnes contagieuses et les isoler.

En plus de cela, cette fois-ci, on confine moins strictement. La situation est mauvaise. Elle est très mauvaise.

A l’approche des fêtes, la question est sur toutes les lèvres : pourra-t-on fêter Noël ?

C.H. : Si on se met à tester massivement, peut-être. On verra, on a quand même le temps. Mais à la vitesse où le virus se déplace, je ne le sens pas très bien. Je ne sais pas comment ils feraient, dans les hôpitaux, si on fête Noël normalement.

Est-ce vraiment raisonnable de rendre visite à ses parents âgés ?

C.H. : Si 1 % de la population, ou même plus, est positive à l’instant T (lorsque l’on se rend chez ses parents âgés, ndlr), on prend un risque et on fait aussi prendre ce risque à ceux à qui on rend visite. Les personnes prudentes se feront tester avant de voir leurs proches. Mais le résultat du test n’arrive que trois jours après l’avoir passé. Même s’il est négatif, on peut l’avoir attrapé entre temps. C’est assez compliqué.

Devra-t-on “vivre avec le virus pour toujours”, comme l’a annoncé un spécialiste de l’OMS ?

C.H. : On devra vivre avec jusqu’à ce que l’on ait un vaccin. Mais quoiqu’il en soit, la stratégie du gouvernement qui est de dire que l’on va vivre avec le virus, de laisser les enfants se contaminer à l’école parce que ce n’est pas grave, qu’ils ne sont pas malades, ça, c’est un échec monumental. Et de dire que l’on va protéger les vieux, c’est un échec tout aussi monumental.

Le virus est partout, il circule et il s’en fiche, il saute d’un enfant à un adulte à un vieillard. Et les personnes âgées sont prises en charge par des gens en général assez jeunes. Médecins, infirmier·e·s, aide soignant·e·s… Ce qui aggrave la situation.

Quand pourra-t-on retrouver une vie normale ? Quand disparaîtra la maladie ? Interviewé le 14 octobre, Emmanuel Macron annonçait : “Nous en aurons jusqu’à l’été 2021 au moins avec ce virus”.

C.H. : Il navigue à vue et semble très mal informé, apparemment. C’est n’importe quoi : on n’en sait rien ! Comment pourrait-on le savoir ? Après, en Chine, ils ont une vie normale, en Nouvelle-Zélande aussi. Il suffit de gérer la crise proprement.

Diriez-vous qu’il serait plus sage de prolonger le confinement ?

C.H. : Fin novembre (date à laquelle le confinement doit se terminer, ndlr), on sera encore très très haut en termes de nouveaux cas et de nombre de cas. On en sera exactement là où on en est aujourd’hui. C’est-à-dire qu’il ne sera pas question de déconfiner. Je le répète : il faut dépister massivement et très vite. Il faut commencer dès demain : confiner pour tester et isoler.

Que répondre à ceux et celles qui disent qu’il faut “continuer à vivre” ?

C.H. : Et bien, de continuer à vivre et à enterrer les gens qu’on aime, de continuer à vivre et à mourir du Covid. De plus, le Covid tue l’économie parce qu’on a choisi de le laisser tuer l’économie. On s’y est tellement mal pris, cela a coûté très cher pour un résultat très mauvais. Alors que le même argent investi dans des tests massifs aurait donné des résultats bien meilleurs et on aurait pu vivre normalement beaucoup plus vite.

Dans la province de Hubei (où le Sars-Cov-2 a été initialement observé, ndlr), on a réussi à contrôler le virus de la sorte, et on continue de le contrôler. Pour fêter Noël, pour vivre normalement, il faut tester puis isoler. Mais là, on est obligés de confiner tout le monde, car le virus est partout.

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