Ce qu’il faut retenir de presque trois décennies du duo « Daft Punk »

  • Le duo Daft Punk a annoncé ce lundi sa séparation après 28 ans de carrière.
  • Après une tentative de rock un peu brouillonne avec Darlin’, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, fans absolus du label Dance Mania, de Chicago, fondent en 1993 le groupe Daft Punk.
  • Retour sur ces trois décennies où le duo casqué a fait danser la planète.

Ils n’avaient rien posté sur leur chaîne YouTube depuis cinq ans, c’est un électrochoc. Daft Punk a publié ce lundi une vidéo intitulée « Epilogue », dans laquelle on voit le duo casqué marcher vers l’horizon, alors qu’ils se font face, un décompte s’enclenche et l’un des membres explose en mille éclats. Les images sont extraites de leur film de 2006 Electroma. La musique démarre tandis que ce message apparaît : « 1993-2021. » Voilà,
Daft Punk, c’est fini ! L’annonce a été confirmée par leur agente auprès des sites
Pitchfork et Variety. Pas de raison n’est avancée. Retour sur ces trois décennies où le duo formé par Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo a fait danser la planète.

« Daft punky trash », « une génération de glandeurs »

Les deux garçons, plutôt timides, se rencontrent sur les bancs du collège Carnot à Paris en 1986. Ils passent des heures à traîner dans les bacs de Gibert et New Rose, à Saint Michel. « Une génération de glandeurs », commente Guy-Manuel interviewé en 1997 par David Blot dans le magazine Les Inrockuptibles.

Après une tentative de rock un peu brouillonne avec Darlin’, un trio avec Laurent Brancowitz, futur guitariste du groupe Phoenix et alors que la vague techno envahit l’Hexagone, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, fans absolus du label Dance Mania, de Chicago, fondent en 1993 le duo Daft Punk. Une expression qui vient d’une critique britannique de Melody Maker, qui avait qualifié le son de Darlin’ de « daft punky trash », littéralement « punk idiot ».

« Rollin’ and Scratchin’ », « telle une fusée qui décolle »

A cette époque, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo mixent sans casque dans des raves confidentielles. Ils bidouillent leurs premiers titres grâce à la basse synthétique TB303, méchamment cogneuse, et la boîte à rythmes TR909, aux sonorités stridentes. Ils sortent en 1994 leur premier EP trois titres, The New Wave, sur le label Soma Recordings, des Écossais qu’ils ont rencontrés dans une rave sur le toit du Centre Beaubourg.

L’année 1995 est celle de leur premier succès, le groupe sort le maxi-électro-rock Da Funk et Rollin’ and Scratchin’, qui « progresse par strates telle une fusée qui décolle », selon
Emmanuel de Buretel, actuel patron du label Because, dans les colonnes de Télérama. Le titre se répand dans toutes les raves et les clubs d’Europe. Daft Punk fait la première partie des Chemical Brothers à Londres. « Un vrai délire autour de seulement deux chansons », s’étonne
Thomas Bangalter dans Traxmag.

« Homework », « on pouvait réussir à garder le contrôle »

Repérés à la 17e édition des Trans Musicales de Rennes par Virgin, les deux jeunes Français, âgés d’une vingtaine d’années, signent un contrat inédit avec la multinationale. « On voulait démontrer qu’on pouvait réussir à garder le contrôle et la liberté en travaillant avec une maison de disques multinationale sans se conformer aux standards du métier, même en faisant de la house music », commente Thomas Bangalter dans Traxmag.

Homework (« les devoirs à la maison ») marque le triomphe du home studio. Sorti le 17 janvier 1997, l’album s’écoule à un million d’exemplaires à travers le monde en deux ans. « On a flashé sur la house de Chicago et on a essayé de faire aussi bien », résume Guy Manuel dans Traxmag. Janet Jackson, ­Madonna ou George Michael ne tardent pas à solliciter – en vain – les petits Frenchies,. Les Daft Punk ont placé la France dans la carte du monde musical. La
French Touch est née, et les
Daft Punk apparaitront désormais toujours casqués.

« Discovery », « une démarche artistique globale »

Leur second album, commercialisé en 2001, s’intitule Discovery. Il sert en 2003 de bande-son au film d’animation muet Interstella 5555: The 5tory of the 5ecret 5tar 5ystem supervisé par Leiji Matsumoto, le créateur d’Albator. « On a toujours essayé d’inscrire notre musique dans une démarche artistique globale. Une de nos influences premières, c’est Andy Warhol, le Pop Art et tout ce qu’il a pu faire en combinant musique et cinéma », explique Thomas Bangalter à
Traxmag. Et d’ajouter : « On s’est mis à développer un imaginaire fort. Pour quelqu’un qui nous aime, Daft Punk, ce n’est pas juste “ah ouais, le morceau il est bien”, c’est aussi un univers visuel avec nos clips, nos dessins animés… »

Discovery, teinté de pop et de disco, laisse place aux voix du duo transformées à l’aide d’une talkbox, et suscite la controverse au sein des fans de la première heure. Harder, Better, Faster, Stronger, le succès commercial est au rendez-vous…. Et les critiques s’apaisent. Leur empreinte dans l’imaginaire s’approfondit les années suivantes avec Daft Club, un album de remix, Human After All, leur troisième album studio techno house, le live Alive 2007 et la bande originale de Tron : L’Héritage. Le visage toujours dissimulé par leurs casques futuristes désormais iconiques, ils sont faits chevaliers de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2010.

« Random Access Memories », « Au pluriel, ça devient “souvenirs” »

Les Daft Punk cultivent savamment leurs absences et leurs apparitions. Après des mois de rumeurs, Random Access Memories sort en 2013, « quatre ans de travail à temps plein pour 74 minutes de musique », souligne Thomas Bangalter au JDD.

« Ça y est. Ils sont bel et bien de retour », s’exclame le présentateur du Saturday Night Live, qui dévoile un teaser de quinze secondes la veille de la sortie de l’album et déclenche une sorte de frénésie mondiale. Dès la première semaine, l’album se classe premier quasiment partout dans le monde et totalise 3,7 millions d’exemplaires vendus. Avec cet album, les Daft Punk rendent un vibrant hommage à la musique des années 1970 et collaborent avec Nile Rodgers et Giorgio Moroder. « La conjugaison de talents fait des miracles au-delà de ce qu’un seul homme, ou un duo, peut faire », confie Guy Manuel au JDD.

Random Access Memories, « en anglais et au singulier, c’est la “mémoire vive” d’un ordinateur. Au pluriel, ça devient “souvenirs” », explique Thomas Bangalter au JDD. Et nul doute que les
légendaires Daft Punk en laisseront beaucoup à leurs innombrables fans !

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