Charlotte Chesnais ouvre enfin sa première boutique de bijoux

Une première adresse parisienne bien à son image – atypique, entre forme et fonction – qu’elle a pensé avec l’architecte Studio Anne Holtrop pour marquer le début d’une nouvelle ère, plus indépendante que jamais. Rencontre.

Surtout ne lui parlez pas d’écrin. «Ni écrin, ni boudoir. Si j’avais voulu choisir un espace et le décorer d’un joli papier peint et d’objets chinés je l’aurais fait, mais ce n’est pas ma démarche», précise d’emblée Charlotte Chesnais. Cette boutique parisienne de la rue d’Alger, sa première après avoir passé cinq ans à recevoir ses fans dans ses deux showrooms successifs de la rue de Valois, elle l’a souhaitée en accord avec sa démarche artistique, sans aucune concession. «La première chose que j’ai précisé à l’architecte Anne Holtrop, c’est que je voulais quelque chose d’étrange, avant même que ce soit beau. J’essaye en permanence de me démarquer», se souvient-elle.

Nouvelle vague

Anne Holtrop et Charlotte Chesnais.

Une démarche tout sauf aisée quand cette dernière a passé quatre ans épaulée par une équipe réduite à assurer la création, les allers-retours de production ou la promotion (en Asie notamment), tout en prenant soin de ses trois jeunes enfants. Le changement ? C’était il y a un peu plus d’un an, lorsque Charlotte Chesnais a décidé d’étoffer son cercle proche de nouvelles personnes de confiance avec une vision : Valerio Polimeno comme PDG, Tanguy Rouget en directeur financier et Marion Perrot, directrice commerciale. «La marque a vraiment passé un cap avec l’arrivée de cette équipe, avant cela je la portais à bout de bras sans pouvoir réfléchir. Cela m’a permis de dégager plus de temps pour visualiser là où je voulais aller.» Et notamment donner corps à cette proposition de boutique lancée pendant de nombreuses années par Jean Touitou et sur laquelle elle s’est penchée en janvier 2020. Dans la foulée, elle rencontre un agent d’architecte qui lui présente plusieurs talents et son regard s’est immédiatement arrêté sur le portfolio du Studio Anne Holtrop.

Accord parfait

Un aperçu de la boutique Charlotte Chesnais.

Un coup de foudre qui n’avait rien d’évident, l’architecte enchaînant les constructions de taille aux quatre coins du monde, notamment au Bahreïn où il vit présentement (entraînant une série d’échanges cocasses entre Paris, le territoire, la Hollande et l’Italie). «Il n’avait jamais rien fait d’aussi petit», précise Charlotte avec un sourire amusé. Mais qu’importe, l’envie de collaborer ensemble est mutuelle et immédiate. «C’est quelqu’un qui aime expérimenter avec les matières, lui-même dans son atelier. Je me souviens à notre premier rendez-vous, il est arrivé avec un bout de résine transparente dans la main et j’ai su», se souvient-elle. Ensemble, ils pensent cet ensemble minimaliste rythmé par une table et un halo en acrylique recyclé aérien, taillé en Italie.

Coup d’éclat

Bagues Brahma de Charlotte Chesnais.

Côté vitrines, on retrouve les blockbusters de Charlotte Chesnais, mêlés à ses nouvelles explorations, comme la capsule de perle pensée avec MatchesFashion et sa nouvelle ligne en couleur. Mais surtout le regard se pose sur une série de pièces uniques pop, corsées de morganite, tourmaline, saphir, péridot, spinelle ou amazonite. «Cette boutique n’a rien de contradictoire avec nos revendeurs habituels, au contraire, je suis pour le dynamisme. Nous restons très proches d’eux, c’est très important de maintenir ces relations privilégiées», ajoute Charlotte Chesnais. Ici, c’est l’endroit où elle peut asseoir l’aspect intemporel et privilégié de sa marque, bien loin des demandes de certains qui l’ont poussée par le passé à baisser la qualité pour faire du volume. «J’espère rester indépendante le plus longtemps possible. D’ailleurs, quand j’ai gagné l’ANDAM, c’est le conseil que m’avait donné Nadja Swarovski à l’oreille, rester indépendante le plus longtemps possible», précise-t-elle. Une bonne fois pour toute, Charlotte Chesnais prouve à la place parisienne qu’elle ne délocalisera pas sa production, qu’elle ne trompera pas sa clientèle fidèle et qu’elle assume son positionnement hybride : entre fantaisie allurée en vermeil et argent, et joaillerie fine seconde peau. Cette petite boutique, c’est finalement là où on lit en accéléré cinq ans de dur labeur et où elle esquisse sa nouvelle stratégie. Décidément tout sauf un écrin.

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