Comment devient-on un menteur compulsif ?

  • Le mensonge facilite les relations sociales
  • Quand le mensonge devient pathologique
  • Mensonge compulsif vs mythomanie
  • Comment reconnaître un menteur compulsif ?

“C’est un gros mytho !”. De la cour de récréation à la vie de bureau, cette désignation est monnaie courante. Tout simplement parce que le mensonge, tout le monde le pratique. 

“Je mets quiconque au défi de ne pas mentir pendant 24h. Vous allez vous faire beaucoup d’ennemis”, sourit Delphine Py, psychologue et psychothérapeute spécialisée en thérapies cognitives et comportementales. 

Selon la spécialiste, cette – vilaine – habitude est ancrée en nous, car elle se développe très tôt. “Le mensonge apparaît vers l’âge de trois ans, quand l’enfant a une meilleure maîtrise de son langage. Il se rend compte qu’il y a une autre réalité, et que ses parents ne sont pas au courant de tout”, précise-t-elle. 

Mais entre un pieux mensonge par-ci par-là et un tissu d’inventions qui ponctuent un discours quotidien, il y a un monde. Alors, comment devient-on dépendant de l’affabulation ? 

Le mensonge facilite les relations sociales 

Si le mensonge peut devenir compulsif, c’est d’abord parce que nous ne pouvons pas y couper. “Le mensonge facilite les relations sociales”, résume simplement Delphine Py. C’est ainsi que pour plaire à l’autre, différents types de mensonges se sont développés au fil du temps. 

“Il y a le mensonge émotionnel – simuler une émotion (“oh mais quel beau cadeau”), la masquer (cacher une déception) ou la neutraliser (quand on joue au poker) – le mensonge factuel – inventer des faits vécus et être dans l’exagération – et le mensonge sur les opinions personnelles. Toutes ces pratiques visent à s’intégrer au groupe”, précise la psychologue. 

Au départ, le mensonge n’a rien de pathologique.

Selon le mensonge, le profit n’est pas le même. “Est-ce que c’est altruiste, pour éviter de provoquer une réaction négative chez l’autre, est-ce que c’est égoïste pour servir nos propres intérêts ou est-ce que c’est un mensonge mutuel, favorable aux deux parties ?”, interroge-t-elle. 

Puis, le mode de réalisation vient finalement changer la donne du mensonge. “Est-ce que je mens par omission où l’idée est d’être passif, de cacher une partie de la vérité, ou est-ce que je mens par commission et j’altère l’information ?”, poursuit la spécialiste. 

Mais si cette mécanique du mensonge s’est affinée et ancrée au cours de l’évolution pour encourager le vivre-ensemble, « au départ, le mensonge n’a rien de pathologique », rappelle Delphine Py. 

Quand le mensonge devient pathologique

Alors, comment vient-on à en abuser ? “On parle de mensonge pathologique quand il est trop fréquent et qu’il a des conséquences sur la vie de la personne”, poursuit l’experte. 

Toutefois, Delphine Py précise que le mensonge maladif et ses mécaniques sont encore très peu connus, même des spécialistes. “La mythomanie n’est pas un terme réellement utilisé en psychologie ou en psychiatrie, il n’y a pas de ‘vrai diagnostic’. Dans le DMS-5, notre manuel de référence, on ne le retrouve pas, ni même le mensonge compulsif”, partage-t-elle. 

Selon l’experte, quand on parle de “mensonge pathologique”, c’est généralement en « effet secondaire » d’un trouble primaire, comme l’addiction, les troubles du comportement alimentaire, les troubles de la personnalité narcissique ou borderline. 

“Le mensonge va alors avoir pour fonction de maintenir une bonne estime de soi, d’échapper à une réalité trop souffrante, ou servir de moyen de contrôle de l’autre”, rapporte-t-elle. 

Mensonge compulsif vs mythomanie

Si pour beaucoup, la mythomanie est le synonyme du mensonge compulsif, pour notre experte, une fine ligne existe entre les deux « types » de menteurs. 

« Pour moi, le côté compulsif est plus en lien avec quelque chose qui est ancré en nous. Souvent, c’est dû à une enfance où le mensonge a été une façon de s’en sortir, parce que c’était adaptatif, si l’enfant avait des parents maltraitants par exemple. À l’âge adulte, cet enfant aura tellement pris l’habitude de vivre dans le mensonge, qu’il vivra dans cette réalité parallèle”, explicite Delphine Py. 

Quand il est question de compulsion, on est souvent face à des mensonges neutres, qui n’ont pas d’intérêt pour la personne.

Selon elle, le menteur compulsif n’a pas l’intention de manipuler son prochain – cela est plus du fait de la mythomanie quand elle découle d’un autre trouble, notamment ceux de la personnalité narcissique. Parfois, certains préfèrent même évoluer dans leur réalité faussée, que dans la vérité. 

« À l’inverse, la mythomanie implique souvent un motif clair. Une personne peut mentir pour attirer l’attention ou l’admiration. D’autres mensonges peuvent être conçus pour susciter la pitié. Même les mensonges autodestructeurs peuvent fournir une certaine forme de gratification interne. En tant que tel, le mensonge du mythomane est souvent considéré comme une forme de manipulation plus subtile que le mensonge compulsif« , confirment les psychologues du site américain Good Therapy.

« Le mensonge compulsif, c’est comme une seconde nature. D’ailleurs, on est souvent face à des mensonges neutres, qui n’ont pas d’intérêt pour la personne. Parfois même, le menteur se ment à lui-même. C’est pourquoi, même pour un professionnel, il est très difficile de définir le niveau de lucidité sur le mensonge », ajoute Delphine Py.

Comment reconnaître un menteur compulsif ? 

Et c’est pourquoi l’exercice de proposer son l’aide à un menteur compulsif est périlleux. Pour la psychologue clinicienne, “les humains sont de très mauvais détecteurs de mensonge”. 

Le mensonge a un coût énorme sur la santé de celui qui est abuse.

Malgré tout, l’entourage parvient, parfois, à tirer la sonnette d’alarme, en détectant certains comportements ou discours. 

« Le mensonge a un coût énorme sur la santé de celui qui est abuse. Mentir, demande beaucoup d’énergie, on est en dissonance cognitive, puisqu’à l’intérieur de nous se contredisent deux informations contraires« , détaille l’experte.

Ainsi, il est inévitable que le menteur finisse par s’emmêler les pinceaux. « C’est un effort cognitif conséquent que de se rappeler de tous nos mensonges, d’autant plus que nous sommes programmés pour dire la vérité. C’est souvent ainsi que le menteur se fait piéger, parce qu’il ne se souvient plus. Mais encore une fois, rien n’est dit qu’il accepte votre vérité et qu’il ne s’enfonce pas encore plus dans l’affabulation, pour se protéger », prévient Delphine Py. 

Malgré tout, si le diagnostic est compliqué et le traitement encore plus – rien ne garantit que la personne ne continuera pas de mentir jusque dans le cabinet du professionnel de santé – il reste important de noter que les menteurs compulsifs (et les mythomanes) ne courent pas les rues. « Le mensonge maladif reste rare, on ne le devient pas du jour au lendemain », rassure la psychologue. 

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