Comment la 3D révolutionne l’univers de l’architecture et du design

Se créer, littéralement, un intérieur de rêve. Les logiciels 3D sont la nouvelle baguette magique des créatifs qui publient leurs « rendus » de projets sur les réseaux sociaux, plus friands que jamais de cet art digital. Outil marketing pour de nombreuses maisons qui ont compris son formidable potentiel, la 3D brouille les frontières du réel. Plongés dans ces espaces oniriques où les lois de la physique sont abolies, à travers le travail de cinq artistes 3D qui les ont créés. 

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Alexis Christodoulou

Une publicité pour Bang & Olufsen ou LG, des images pour les rangements Tylko, les lavabos Grohe ou les produits de beauté Glossier, un édito pour le magazine “Wallpaper*” : Alexis Christodoulou Studio prête son univers mystérieux aux géants de la high-tech ou aux maisons de cosmétique. De son enfance passée à jouer aux jeux vidéo, Alexis Christodoulou retient ces décors créés de toutes pièces où la réalité n’avait pas de prise et où l’architecture moderniste était inexistante. Il apprend donc, seul, à manipuler les logiciels 3D et invente des espaces fantasmés où la lumière transperce les voilages et invite à la contemplation. Des escaliers tout en courbes donnant sur un parterre d’eau sous une grotte, une cabane en verre coloré plantée dans la roche, une piscine minimaliste : tout est possible. Son image de canapé perdu dans un champ de fleurs (p. 86) en a fait rêver plus d’un lors du confinement. Une échappatoire miraculeuse.

>> alexiscstudio.com

Benjamin Guedj

Sur Instagram, on le connaît sous le pseudonyme d’Ours Roux. À 30 ans, c’est même la fierté nationale de l’art 3D avec ses 34 000 followers. Ses intérieurs paraissent tous plus vrais que nature. La maison d’accessoires de mode Polène, l’éditeur Goodmoods, l’artiste Garance Vallée, le it designer italien d’Instagram Oscar Piccolo et le site Made in Design ne s’y sont pas trompés : tous lui ont demandé de mettre en scène leurs collections dans des ateliers, des villas ou des pièces réalisées en 3D. Utilisateur de Photoshop depuis ses 13 ans, Benjamin Guedj a une révélation lorsqu’il découvre la 3D il y a trois ans. “J’étais frustré du support en 2D et fasciné par les rendus d’intérieurs, je me suis dit que c’était le bon moment pour apprendre”, raconte-t-il. Autodidacte, il a désormais son agence et ne cesse de publier des intérieurs léchés où apparaissent des meubles, oeuvres d’art, luminaires ou revêtements qu’il dessine lui-même. En espérant les voir, un jour, prendre vie.

>> benjaminguedj.com

Joe Mortell

Dans l’univers surréaliste de Joe Mortell, on note beaucoup de références aux sixties et aux seventies. Des meubles aux lignes arrondies, des fauteuils signés Pierre Paulin, un jet privé en moquette blanche digne d’un James Bond, époque Sean Connery, une villa vitrée au milieu de la mer où totem Isamu Noguchi et canapé signé Ubald Klug meublent le salon, des chambres immaculées dans des capsules spatiales : un monde sans limites tout droit tiré des rêves les plus fous du designer 3D. “Généralement, je réfléchis plusieurs jours avant d’avoir une image claire en tête de ce que je veux recréer, puis je la réalise en 3D sur l’ordinateur”, raconte-t-il. Ancien étudiant à la Central Saint Martins, cet Anglais aujourd’hui basé à Londres aime imaginer “des scènes confortables et accueillantes dans lesquelles le spectateur peut s’inviter”. Prenez donc un tabouret dans cette prairie fleurie, qu’il a souhaitée à l’image de “la campagne anglaise”.

>> joemortell.com

Camille César Boldt

D’abord graphiste, puis designer concepteur de sites Web, le Suisse Camille César Boldt est devenu il y a peu un “designer pluridisciplinaire” : “Je vogue entre le digital, la communication, l’architecture et le design industriel.” Pour expérimenter de nouveaux outils, il passe à la 3D afin de “créer des espaces où l’on peut à la fois se projeter et rêver”. Son travail débute toujours sur Pinterest, où il réalise des planches d’inspirations pour chaque image en 3D. Sa série de lits placés dans des milieux que l’on jugerait d’abord hostiles à l’homme – au coeur de l’océan, d’un lac, d’un désert où émergent quelques cactus, ou d’une montagne aride – nous transporte dans des mondes inconnus, qui ressemblent à ce que seul un rêve ou l’imaginaire permettent.

>> camilleboldt.com

Stefano Giacomello

Alors qu’il réfléchit à la “Paper House” (maison en papier) du Japonais Shigeru Ban, Stefano Giacomello l’imagine perchée dans les arbres, à la manière d’une cabane. C’est ainsi que lui vient l’idée de plonger une pièce dans la brume, où trônerait fièrement le fauteuil “Soriana” des Scarpa. Suisse, né à Genève, habitant à Montréal après des études à Barcelone et à Rome, Stefano Giacomello est designer. La 3D est arrivée dans sa vie comme pour tout employé d’une agence d’architecture, par nécessité. Son utilisation à des fins créatives et “fun”, selon ses propres termes, a commencé il y a près de trois ans avec le lancement du Studio Rotolo et de son compte Instagram, qui cumule plus de 39 000 abonnés. “La 3D existe depuis longtemps, mais la période de confinement et l’explo sion des réseaux sociaux ont provoqué un afflux de « dream scape » (paysage de rêve, ndlr) en 3D”, commente-t-il. Idéal pour s’évader.

>> studio-rotolo.com

Plus de reportage dans Marie Claire Maison

Reportage issu du magazine Marie Claire Maison – n°529 – Novembre 2021

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