Comment une arme chargée peut-elle se retrouver sur un tournage ?

  • L’acteur Alec Baldwin s’entraînait à dégainer son arme et la pointait en direction de la caméra quand est parti le coup de feu fatal.
  • La directrice de la photographie est morte à la suite du coup de feu pendant le tournage du western Rust aux Etats-Unis.

Comment une arme chargée s’est-elle retrouvée sur le tournage du western Rust ? La question se pose après la mort de la directrice de photographie Halyna Hutchins tuée par un tir accidentel porté par
Alec Baldwin ce jeudi. L’acteur s’entraînait à dégainer son arme et
la pointait en direction de la caméra quand est parti le coup de feu fatal.

Le rôle de l’armurière de cinéma Hannah Gutierrez Reed est examiné de près par les enquêteurs car c’est elle qui avait, selon le rapport, préparé l’arme à feu. Elle l’avait placée sur un chariot avec deux autres armes. L’assistant réalisateur, Dave Halls, décrit comme un professionnel expérimenté, avait ensuite tendu cette arme à Alec Baldwin lors de la répétition d’une scène du film, l’informant qu’elle était « froide », c’est-à-dire non chargée d’une balle réelle, révèle l’AFP. Y a-t-il un protocole clair concernant les armes à feu sur les tournages ? Cet accident aurait-il pu se produire en France ?

Un protocole précis sur les tournages

Que ce soit en France ou aux Etats-Unis, des protocoles très encadrés existent pour éviter les accidents. « Les armes de cinéma sont des vraies armes qui sont transformées pour être rendues inaptes au tir de balles réelles, explique l’armurier Christophe Maratier, qui collabore sur la plupart des films français et également aux Etats-Unis (Taken 2 et 3, Hunger Games : La Révolte). Si une balle réelle était insérée dans l’arme par erreur, ce serait plus dangereux pour le tireur que pour la cible en raison du dispositif à l’intérieur de l’arme ».

« Sur une cartouche réelle, il y a quatre éléments : la douille, l’amorce, la poudre et le projectile, plus communément appelé la balle, détaille Christophe Maratier. Le projectile c’est ce qui va vers la cible, la douille, l’amorce et la poudre servent à propulser le projectile hors de l’arme ». Dans une arme chargée à blanc, la cartouche est composée de trois éléments : une douille, une amorce et de la poudre. Lorsque l’acteur tire avec l’arme, l’amorce allume la poudre et cela simule le tir en produisant une flamme. Or, les armes réelles ne font pas de feu.

Le métier d’armurier de cinéma est très sécurisé. « On forme les techniciens et les comédiens avant chaque tournage, poursuit le spécialiste d’armes et d’uniformes réglementés. Les armuriers qui accompagnent les armes sur les plateaux sont des gens diplômés d’Etat ». John Robinson, l’acteur principal de Elephant de Gus Van Sant, inspiré de la fusillade de l’école Columbine qui a eu lieu en 1999, confirme : « Le pistolet arrive sur le plateau avec l’armurier qui est le seul à le toucher, il prévient l’acteur qu’il s’agit d’un « cold gun », une arme chargée à blanc. Il l’ouvre pour montrer qu’il n’est pas chargé. A l’acteur ensuite de vérifier qu’il n’y a pas de balle ». Car on ne rigole pas avec les armes à blanc.

Des morts par arme à blanc

Il faut les manipuler avec beaucoup de sérieux. « Il y a eu des morts par arme à blanc, par négligence ou par accident, souligne Christophe Maratier. Quand vous voyez un film avec une mitraillette qui fait une flamme d’un mètre, imaginez si un individu place son visage devant l’arme ». Et la mort de Brandon Lee, le fils de Bruce Lee, sur le film The Crow en 1993 a laissé des traces dans les esprits. « Le tournage de la scène de fusillade dans Elephant était assez flippant, confie John Robinson. On devait tirer près de la caméra, même quand les armes sont chargées à blanc, c’est dangereux. On avait tous peur à cause de ce qui s’était passé pour Brandon Lee ».

En France ou en Europe, il serait impossible qu’un acteur se retrouve avec une arme chargée à balle réelle entre les mains. « Nous n’avons que des cartouches à blanc dans nos métiers de cinéma, on n’a pas de munitions réelles, on ne mélange pas les deux », insiste Christophe Maratier. L’enquête de police, toujours en cours, n’a pas encore permis d’éclaircir les responsabilités des personnes présentes sur le tournage de Rust.

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