En vidéo, les premiers mots de la Salvadorienne libérée après 9 ans de prison pour avoir avorté

En 2012, la Salvadorienne Sara Rogel perdait son bébé lors d’une chute accidentelle. Suspectée par les autorités d’avoir avorté, elle est condamnée à 30 ans de prison. Elle vient d’être libérée après 9 ans d’incarcération.

«J’ai eu l’impression de naître à nouveau». Condamnée à 30 ans de prison pour un avortement qualifié d’homicide aggravé, la Salvadorienne Sara Rogel est sortie de prison le 7 juin, après neuf années passées dans une prison pour femmes de Zacatecoluca, à 56 km de San Salvador, capitale du Salvador. Ayant obtenu une libération conditionnelle anticipée, la jeune femme de 28 ans a été accueillie par sa famille et par Karla Vaquerano, avocate du Groupe citoyen pour la dépénalisation de l’avortement thérapeutique, éthique et eugénique (ACDATEE), qui l’a soutenue.

Une chute accidentelle jugée en “homicide aggravé”

Les événements qui ont conduit la jeune femme en prison se sont produits en 2012. Étudiante âgée de 20 ans, Sara Rogel est enceinte de huit mois. Alors qu’elle est en train de laver du linge dans l’arrière-cour de sa maison, à Santa Cruz Analquito, elle dit avoir glissé et fait une chute qui aurait provoqué la perte du bébé. Retrouvée inconsciente par ses proches, elle est alors conduite à l’hôpital. Sur place, on la soupçonne d’avoir pratiqué un avortement et elle est aussitôt incarcérée par les autorités. Dans ce pays d’Amérique Centrale, le code pénal interdit l’avortement quelque soit le cas, et prévoit des peines allant jusqu’à huit ans de prison. Mais, dans les faits, les procureurs et les juges classent les cas d’avortement, y compris involontaires, comme «homicide aggravé», passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 50 ans de prison.

Une peine injuste

Inculpée d’homicide aggravé, Sara Rogel est condamnée à 30 ans de prison. Après plusieurs interventions légales de l’ACDATEE, la justice réduit la peine à 10 ans de prison, qui devaient arriver à échéance en octobre 2022. «Elle a été privée de liberté pendant près de neuf ans, pour une peine que nous pensons lui avoir été injustement infligée», a déclaré l’avocate. De son côté, le bureau du procureur général a annoncé vendredi 4 juin qu’il ne ferait pas appel de la décision du tribunal qui avait prononcé la libération conditionnelle anticipée quelques jours auparavant.

“J’aimais mon bébé et je l’ai perdu”

Lors d’une conférence de presse organisée après sa libération, Sara Rogel est revenue sur son accident de 2012 et sur la perte de son bébé. «Ça a été très difficile, parce qu’un accident a complètement bouleversé ma vie. J’aimais mon bébé mais je l’ai perdu à cause d’une chute, j’avais tout ce que désirait une mère, avoir un bébé.» Présente à la conférence de presse, la féministe et militante Morena Herrera exhorte les autorités salvadoriennes à revoir ses positions sur l’avortement. «On ne sera pas un pays moderne (…) tant qu’il y aura des femmes injustement emprisonnées. Tant que ce type de loi sera maintenu, nous serons l’un des pays les plus sous-développés du monde.»

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