Éric Dupond-Moretti poursuivi par l’avocate Nathalie Tomasini pour "menaces" et "violences psychologiques"

L’avocate Nathalie Tomasini, notamment connue pour avoir défendu Jacqueline Sauvage, a porté plainte contre Eric Dupond-Moretti pour « violences psychologiques » et « menaces » ce mardi 21 septembre, ont fait savoir le Huffpost et Mediapart ce mercredi. L’information a été confirmée par le parquet, annonce l’AFP. En cause : l’attitude de M. Dupond-Moretti lors du procès d’un féminicide, à Évreux (Eure), le 11 février 2020. 

« Saloperies de putes »

« Saloperies de putes », « hystériques », hontes du barreau », voilà les insultes que l’ancien avocat aurait proférées envers sa consoeur, et son associée dans cette affaire, Me Janine Bonaggiuta. Il s’agissait du procès d’un homme ayant abattu sa compagne avec un fusil. Les deux avocates représentaient les parties civiles, et M. Dupond-Moretti, l’accusé. Celui-ci a été condamné à 15 ans de prison. 

Ces accusations d’insulte sont confirmées par des témoignages joints à la plainte. La tante de la victime évoque ainsi « un véritable déchaînement de violences verbales et gestuelles de la part de Me Dupond-Moretti », cite Le Monde. « Il s’est mis à déambuler devant les jurés en tenant cette arme, canon levé à hauteur d’homme. À un moment, je me suis retrouvée avec le canon de cette arme dirigé dans ma direction. »

Eric Dupond-Moretti est aussi accusé d’avoir « menacé au poing levé » les deux avocates, durant une suspension d’audience. Des accusations corroborées par l’avocate générale, qui dit avoir « entendu Me Dupond-Moretti vociférer en direction des avocates des parties civiles, tout en agitant vers elles le poing. »

Eric Dupond-Moretti avait été nommé garde des Sceaux à l’été suivant, ce qui avait provoqué un tollé dans les milieux féministes. 

Plus précisément, Nathalie Tomasini a porté plainte contre Eric Dupond-Moretti pour « violences volontaires de nature psychologique », « menaces sans condition d’atteinte volontaire à l’intégrité physique » et « menaces de crimes ou délits envers les personnes dépositaires de l’autorité publique ou assimilés ».

Cette spécialiste des affaires de violences conjugales ne réclame qu’un euro de dommages et intérêts. Un montant symbolique. Au Huffpost, elle explique espérer ne « rien obtenir de plus que la simple reconnaissance du préjudice qu’elle a subi et la sanction de l’homme à l’origine de ces propos extrêmement violents, et des menaces de violence physique à son encontre ».

« Il est violent »

Au micro de RTL, deux semaines après le procès d’Évreux, Maîtres Tomasini et Bonaggiuta étaient invitées pour parler de leur livre Une défense légitime (Fayard, 2020), dans lequel elles critiquent le comportement d’Eric Dupond-Moretti durant un procès. « Il est violent ; comme tous les hommes qui approchent les femmes que l’on défend », déclare la seconde, qui lui reprochait « son manque de délicatesse, son manque de sobriété, son manque de modération et de courtoisie à l’égard de confrères ». « [Nous] ne sommes plus considérées comme des avocates, mais comme de pauvres femmes », avait quant à elle estimé M. Tomasini.

Il est violent ; comme tous les hommes qui approchent les femmes que l’on défend.

Me Tomasini déclare ne pas avoir porté plainte à l’époque des faits, car elle s’apprêtait à représenter Valérie Bacot, jugée pour avoir tuée son mari violent, quelques mois plus tard. « Pour ma cliente et pour l’audience, je ne voulais pas que mon dépôt de plainte vienne altérer la défense des intérêts de mes clientes », défend-elle auprès du Huffpost. Valérie Bacot a finalement été laissée libre.

« Chantage »

Eric Dupond-Moretti nie ces accusations de violences psychologiques et menaces, accusant à son tour M. Tomasini de « chantage » et « d’instrumentalisation politique » alors que le dispositif du bracelet anti-rapprochement fête bientôt ses 1 an, déclare son entourage auprès du Huffpost

L’actuel ministre de la Justice affirme que l’avocate a tenté de lui proposer son silence contre une place dans des commissions. En mars 2020, il avait saisi l’ordre des avocats après les déclarations de Me Tomasini sur RTL.

Ce n’est pas la première fois que le comportement d’Eric Dupond-Moretti pose question dans le cadre d’un procès où il plaide en faveur de la défense. Durant l’affaire George Tron, il avait mené des plaidoiries jugées violentes et sexistes, qui avaient beaucoup choqué.

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