Et si on vendait un exemplaire de « 20 Minutes » en NFT aux enchères ?

  • « 20 Minutes » se lance dans le monde des cryptos avec la maison de ventes Piasa et vous raconte, sous la forme d’un journal en plusieurs épisodes, toutes les étapes du projet.
  • Chaque semaine jusqu’au mois d’octobre, on vous raconte comment on a organisé la première vente d’un NFT de journal en France avec la maison Piasa.
  • Dans ce premier épisode, 20 Minutes revient sur la genèse de ce projet et comment nous avons décidé de l’objet numérique à transformer en NFT.

Depuis plusieurs mois, cet acronyme est sur toutes les lèvres. « NFT » pour non-fungible token [jeton non fongible en VF], des objets virtuels (tweet, gif, mème, code source, etc.) à l’identité, l’authenticité et la traçabilité incontestables et inviolables grâce à un certificat répertorié dans une
blockchain, le plus souvent ethereum, dont la monnaie virtuelle (l’ether) est également connue comme la deuxième la plus importante après le bitcoin.

Depuis le mois de mars, des œuvres numériques -celles de la chanteuse Grimes, le premier tweet du fondateur de Twitter Jack Dorsey, le
code source du World Wide Web- sont vendues à prix d’or (plusieurs millions de dollars). Les médias américains s’y mettent aussi.
Une photo de l’article « Buy this column in the blockchain » du New York Times, transformée en NFT, a été vendue 560.000 dollars tandis que CNN a décidé de mettre aux enchères des extraits de reportages historiques sous la forme de jetons non fongible. Au mois de février, des « moments » forts de la NBA avaient été vendus plus de 230 millions de dollars. Et ne parlons pas de l’artiste américain
Beeple, devenu l’un des trois artistes vivants les plus cotés au monde depuis la vente d’une de ses œuvres NFT au prix record de 69,3 millions de dollars. Difficile d’observer la révolution du crypto-art sans être un peu curieux.

Un tweet, un post insta ?

Cette idée un peu folle mûrit dans mon esprit de journaliste et je décide de tenter le coup  comme le New York Times. Avant de me lancer dans l’aventure NFT, c’est l’aspect technique qui m’inquiète le plus. Le monde crypto semble nébuleux et mon cerveau, connu pour être hermétique à toute formule mathématique, ne semble pas armé pour ça. Finalement, la technologie – si obscure soit-elle – n’est rien à côté des dizaines de questions qui viennent contrarier le projet.

D’abord, quel objet virtuel allons-nous mettre aux enchères. Le premier tweet de l’histoire de 20 Minutes comme Jack Dorsey, le PDG de Twitter ? Manque de pot, le
premier tweet du journal, qui date du 27 février 2009 [«L’OM ne tombe pas de aut aux Pays-Bas : FOOT – Les Marseillais se qualifient aux tirs au but… »], n’a aucun intérêt, ni intellectuellement, ni historiquement, ni journalistiquement.

Après avoir envisagé le premier post Instagram, puis un tweet associé à un événement majeur de l’histoire française, l’idée de transformer l’un de nos journaux numérique en NFT s’est imposée. Pour rappel, depuis plusieurs années, 20 Minutes ne paraît pas le mardi et propose une édition numérique à la place. En 2020, la rédaction a produit plusieurs suppléments thématiques (spécial Star Wars, spécial Futur, spécial CES, spécial Festival d’Angoulême…) parus exclusivement en version numérique.

Un NFT collector

Nous pensons d’abord au numéro spécial « Génération 404 » qui avait fait parler de lui lors de sa parution en 2015 pour son ton irrévérencieux et ses formats à contre-courant et au
numéro spécial prostate qui avait créé des remous avec sa une : « Juste un doigt » devant le joli fessier d’une statue d’homme (âmes sensibles, s’abstenir). Nous décidons de faire participer nos chers internautes pour sélectionner le numéro qui aura l’honneur de devenir un NFT. Nous les faisons voter sur huit journaux marquants de l’histoire de notre quotidien gratuit (
retrouvez le détail ici). Verdict : 
le supplément Futur paru en version numérique en janvier 2020 et titré : « Les folles années 2020 » a reçu le plus grand nombre de voix, pas loin devant le spécial prostate.

Huit unes de 20 Minutes (montage)

Avec le recul, ce supplément paraît presque prophétique après avoir vécu les deux premières années de la décennie 2020 faites de confinements répétés, de couvre-feu, de gestes barrières. Le numéro n’a jamais été imprimé, il existe exclusivement en version virtuelle. Un parfait NFT « collector ». A ce stade, je suis convaincue qu’il suffit de passer le journal numérique à la moulinette de la blockchain et le tour est joué, mais pas du tout (ce sera l’objet d’un épisode entier de ce journal de bord).

Je contacte Manuel Valente, directeur scientifique de Coinhouse, acteur de référence en France, pour avoir quelques conseils techniques : il faut d’abord télécharger MetaMask, un portefeuille logiciel de crypto-monnaie utilisé pour interagir avec la blockchain Ethereum. Je récupère alors mes Ethers (ETH) qui « dorment » tranquillement sur la plateforme d’achat et de vente Coinhouse, j’en transfère une partie sur mon portefeuille, qui me permet d’en faire usage facilement. Je connecte ce portefeuille sur Rarible, la plus grande plateforme de création et de vente de NFT. Jusqu’ici tout va bien. J’exporte une version. png de mon journal numérique, le format PDF n’étant pas accepté, je le télécharge sur la plateforme. Magnifique. Mais devant la case « je fixe un prix », je me fige. Un tas de questions viennent s’entrechoquer dans mon esprit vierge de crypto-art.

Quid d’une maison de ventes ?

Comment déterminer le prix d’un numéro spécial de 20 Minutes, un quotidien gratuit par essence ? Est-ce à l’enchère de déterminer sa valeur ? Faut-il débuter l’enchère avec un euro symbolique ou au contraire dévoiler le coût de fabrication de ce numéro qui n’a reçu aucune publicité ? Rappelons que le modèle économique d’un journal gratuit repose quasi exclusivement sur l’achat d’espace de publicité par les annonceurs. Or, ce supplément Futur est un numéro sans publicité.

N’ayant aucune idée du coût réel d’un numéro de six pages, je contacte le service paye de 20 Minutes après avoir fait l’inventaire de toutes les personnes qui ont participé à la création de ce supplément de six pages. En tout, sept salariés de 20 Minutes -rédacteurs, chef de service, éditeurs, chef d’édition, prépresse- ont participé à ce numéro. Chacun a travaillé entre un à cinq jours complets pour un total d’environ 2600 euros. A ce montant, il serait utile d’ajouter les frais de fonctionnement du journal et la rémunération de tous les salariés qui, sans être impliqués directement dans la production de ce numéro, ont joué un rôle crucial (comptabilité, administratif, technique, accueil, entretien…). Sans mentionner toutes les personnes qui ont permis (et permettent encore) à 20 Minutes d’être une marque de presse puissante, capable de s’adresser à plusieurs millions de lecteurs chaque jour. Difficile de déterminer son coût réel, sa valeur sera déterminée par l’acheteur au moment de sa vente. Mais il va sans dire que la presse n’est gratuite que pour son lecteur.

Retrouvez notre dossier sur les NFT

Si les planètes semblent enfin alignées, une dernière idée vient contrarier l’aventure : pourquoi ne pas faire intervenir une maison de ventes pour organiser une vente publique ? Tout cela semble si simple, mais c’était sans compter qu’en France, la représentation numérique d’une œuvre (comme un NFT), parce qu’elle n’a pas de consistance physique, reste un bien meuble incorporel, et, à ce titre ne peut pas faire partie, à elle seule, d’une vente volontaire aux enchères publiques en France. Y’a-t-il une façon de contourner la loi ou vais-je décider d’être hors la loi ? A ce stade, le NFT n’a toujours pas été créé et rien ne va se passer comme je l’avais envisagé. Spoiler alert : Ce sera encore mieux.

Dans le prochain épisode, on vous raconte comment on a réussi à s’associer à la maison de ventes Piasa pour organiser la première vente publique d’un NFT de journal en France. A la semaine prochaine chers crypto-addicts.

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