Intolérances, allergies alimentaires… Démêlez le vrai du faux

Moins fréquentes que les réactions aux pollens, elles continuent d’alimenter toutes sortes de fausses croyances. Et si nous arrêtions d’avaler des couleuvres ?

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La fréquence des allergies alimentaires a doublé en cinq ans, touchant entre 2 et 3,8 % des Français*. Et même si elles sont deux fois plus courantes chez les enfants, elles n’épargnent personne et se manifestent parfois tardivement, autour de 65-70 ans.

L’intolérance, c’est une allergie

Vrai et Faux. Les réactions alimentaires se classent en deux catégories : l’allergie et l’intolérance (parfois appelée fausse allergie alimentaire, FAA). La première survient lorsque le système immunitaire répond à des protéines spécifiques présentes dans certains aliments. Les réactions font intervenir des mécanismes dits “IgE dépendants” qui engendrent des problèmes digestifs, de l’urticaire, voire un choc anaphylactique. Les manifestations peuvent aussi prendre la forme d’hypersensibilités alimentaires, non dépendantes des IgE, qui sont responsables de colite, maladie cœliaque, dermatite herpétiforme ou d’hypersensibilité pulmonaire. L’intolérance, quant à elle, se déclenche en raison d’une réponse non immunologique de l’organisme à des substances présentes dans divers aliments et médicaments.

Vieillir protège des allergies alimentaires

Faux. Cela peut paraître étrange mais il est clair que l’on peut devenir allergique du jour au lendemain quel que soit l’âge, y compris après l’ingestion d’un mets que l’on a consommé pendant des dizaines d’années sans jamais avoir connu de problème. Ainsi, si certains seniors réagissent à l’œuf ou à l’arachide depuis leur enfance, d’autres découvrent le problème sur le tard. Un phénomène qui s’explique par une réactivité croisée avec des sources aériennes d’allergie trop longtemps négligées qui reconnaissent dans les aliments des molécules proches. « Par exemple, si vous êtes allergique au pollen de bouleau, en plus des symptômes de rhinite allergique, vous aurez peut-être une démangeaison et un œdème de la bouche en mangeant des noix, des noisettes, des pommes, des carottes… Cette réaction croisée survient également en cas d’allergie au latex, utilisé dans de nombreux objets de la vie quotidienne, avec des difficultés à supporter les bananes, les avocats, les kiwis, les châtaignes… », explique le médecin allergologue Pierrick Hordé. Parfois, on devient spontanément allergique, et de façon assez brutale, aux allergènes d’une source alimentaire – par exemple à la farine de blé noir (sarrasin) alors que l’on a fait des crêpes toute sa vie – sans que l’on sache en expliquer la raison.

Certains aliments nuisent plus que d’autres

Vrai. Les principaux allergènes sont des protéines provenant des aliments suivants : arachide (cause de réactions graves) ainsi que tous les aliments en contenant ; fruits de mer (crevette, homard, huître…) ; poissons d’eau douce ou de mer ; fruits secs (amandes, noisettes, noix…) ; œuf (surtout le blanc) ; lait de vache et tous les produits à base de protéines du lait (caséine, lactosérum…) ; blé. Chez l’adulte et le senior, les causes les plus fréquentes sont les poissons, les fruits de mer, l’arachide et le céleri lors d’une réaction croisée avec les pollens de bouleau ou d’armoise.

Les additifs aussi génèrent de vrais problèmes

Vrai. C’est même de plus en plus fréquent. La nourriture transformée contient aujourd’hui beaucoup de ces substances comme le glutamate, un exhausteur de goût largement utilisé dans la cuisine asiatique ; la tartrazine (E102), un colorant jaune ; les sulfites présents dans les vins, les fruits et légumes séchés ou en conserves, les purées déshydratées, les condiments (moutarde, raifort, ketchup…), les charcuteries… À la clé, douleurs du visage et de la cage thoracique, maux de tête, urticaire et parfois, des symptômes d’asthme sévère.

La rhinite n’a rien à voir avec l’allergie alimentaire

Faux. La dermatite atopique ou la rhinite peuvent être le signe d’une allergie alimentaire. La première est souvent causée par les réactions allergiques aux lait, œuf, cacahuètes, fruits secs, soja, blé. La rhinite quant à elle, accompagnée ou pas de congestion nasale, intervient souvent lors d’allergies dites « croisées », comme celle aux noix, noisettes et pommes, en cas d’allergie au pollen de bouleau. Elle doit être prise au sérieux et traitée car, lorsqu’on souffre d’une forme chronique, l’asthme n’est jamais loin.

L’intolérance au lactose ou au gluten, c’est juste une mode

Faux. Il est vrai qu’avec la tendance des régimes d’éviction consistant à ne plus manger tel ou tel composant pour ressentir un meilleur confort digestif, on peut penser que ces intolérances alimentaires, c’est du flan ! Pourtant, elles existent. Et même si ces réactions non immunologiques sont différentes des allergies, leurs symptômes sont parfois pénibles. À l’origine de celle au lactose ? « L’organisme qui ne produit pas suffisamment de lactase, une enzyme qui permet de digérer le lait de vache. Si vous buvez du lait ou mangez des aliments qui en contiennent, vous ressentirez des crampes d’estomac, des nausées, des ballonnements, des gaz, des diarrhées », affirme le Dr Hordé. Quant à l’intolérance au gluten, elle provoque une inflammation intestinale. « Les symptômes peuvent être une diarrhée, des douleurs abdominales, une anémie ou de l’ostéoporose à cause d’une hypersensibilité au gluten appelée gliadine, que l’on rencontre dans le blé, l’orge, le seigle, l’avoine », souligne-t-il. Des réactions désagréables avec lesquelles de nombreux individus adultes ou seniors composent, sans soupçonner leur lien direct avec une réelle intolérance et de fait, sans la rechercher…

L’intoxication, c’est la même chose

Faux. Il s’agit là d’une contamination bactérienne (par la salmonelle, l’E. coli, la listeria…) d’aliments mal préparés, notamment la viande ou les salades. Ces vilaines bactéries causent nausées, vomissements, diarrhées, voire un empoisonnement fatal si aucun traitement ne vient les contrer. Ainsi, les victimes d’une salade à la mayonnaise avariée, parce que restée trop longtemps au soleil, peuvent à nouveau manger de la mayo (si cela ne les a pas dégoûtées) sans craindre pour leur santé dans les jours qui suivent. Elles ne sont pas devenues allergiques !

Les médicaments aussi peuvent nous jouer de vilains tours

Vrai. Bien utilisés, les traitements présentent peu d’effets indésirables. Toutefois, il suffit d’un surdosage par inadvertance, d’une interaction entre deux molécules, d’un nouvel excipient (conservateur, par exemple) dans son comprimé et on a tôt fait de déclencher une réaction « allergique », que les mécanismes immunologiques (signe d’une réelle allergie) soient impliqués ou non. La plus fréquente survient avec la pénicilline. Les autres produits responsables sont les céphalosporines, les sulfamides, l’insuline, ou encore l’aspirine et les anti-inflammatoires qui peuvent aussi occasionner éruptions cutanées, urticaire, fièvre, voire œdème de Quincke, et dans quelques cas, un choc anaphylactique.

* Les Allergies alimentaires, Dr Franck Godesky, Service d’allergologie et d’immunologie clinique, Université Lyon 1, mars 2019

Merci à Pierrick Hordé, médecin allergologue, auteur de “Asthme et allergies pour les nuls”, éd. First.

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