"J’ai eu un cancer du sein à 7 mois de grossesse"

Enceinte de 7 mois, Maëlle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer agressif et métastasé. Après avoir donné naissance à son bébé et affronté les traitements, elle part marcher dans le désert du Sahara sur le trek Rose Trip, pour défendre cette cause et renouer avec son corps. Témoignage.

Une boule de 7 centimètres de diamètre dans le sein

Si j'avais suivi les recommandations de la première mammographie, j'aurais eu un contrôle en février de cette année-là. Mais comme j'étais en voyage aux Etats-Unis, je ne l'ai faite qu'au mois de mars. Après 5 minutes d'échographie du sein, on me dit : "Tout est normal, ne vous inquiétez pas !" J'y crois, je poursuis ma grossesse, l'esprit tranquille. En même temps, ma mère fait une récidive de son cancer, et je commence à développer des douleurs étranges : mon bassin me fait souffrir, ma nuque est si raide que je ne peux plus lever la tête pour regarder le ciel. Je me persuade que la grossesse et les 20 kilos qui vont avec expliquent ces gênes. Mon sein devient de plus en plus rigide, la boule grossit, et au prochain rendez-vous chez ma gynécologue, je lui demande de me palper. Je m'aperçois que c'est la première fois depuis que je suis tombée enceinte. L'expression sur son visage change à la minute où elle me touche. Elle m'envoie faire une échographie en urgence. 

L'échographe ne sait pas me dire ce qui ne va pas, elle pense à une mastite. Mais c'est étonnant, je ne souffre pas. En faisant exactement ce qu'il ne faut pas faire, soit en cherchant sur internet, je m'aperçois que les symptômes sont similaires à un cancer du sein inflammatoire, sauf que ce dernier ne fait pas mal. Mon prochain rendez-vous chez la gynécologue confirme cette crainte : je suis atteinte d'un cancer HER2 positif de stade 4, j'ai une boule de 7 centimètres de diamètre dans le sein, le scanner réalisé ensuite révèle qu'il est métastasé aux os, depuis la nuque jusqu'au sacrum, en passant par le foie. Nous sommes en août 2018, je suis à 32 semaines de grossesse, et après 10 mois d'errance de diagnostic, je sais enfin ce que j'ai. 

Le temps m'est compté, me dit-on. L'une des premières choses qui me vient à l'esprit est que je ne verrai pas mon fils grandir, que quelqu'un d'autre que moi l'élèvera. Il n'en est pas question. En quelques minutes, je me transforme en machine de guerre : ce n'est qu'un contretemps dans ma vie, je ne me pose aucune question, je fais tout ce qu'on me dit de faire. 

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Une chimiothérapie avec mon bébé dans le ventre

Avant même que j'ai pu digérer l'information, les rendez-vous s'enchaînent, je rencontre un oncologue incroyable, qui me permet de garder espoir. "Nous allons commencer la chimiothérapie avant l'accouchement, avec deux types de médicaments qui ne passeront pas la barrière placentaire. D'ici 5 semaines, lorsque votre bébé aura dépassé les risques de prématurité, vous serez accouchée par césarienne, pour que nous puissions enchaîner sur un traitement plus agressif", me dit-on. On m'explique que si j'avais été dans mon premier trimestre, il aurait fallu recourir à une interruption médicale de grossesse, mais qu'à ce stade, mon bébé ne risque rien. Je me dis que le retard de diagnostic a au moins permis ça, que j'ai mon enfant. Le contexte n'est pas idéal, j'apprends que l'accouchement par voie basse est impossible : le bassin est si abîmé par la maladie qu'il risquerait de rompre. Je suis inquiète pour mon bébé, qui passe un scanner à travers moi, qui subit une anesthésie générale pour la pose du boîtier de chimio, mais j'accepte tout. Je suis un robot. 

Ma grossesse prend un tout nouveau rythme, plus rien n'est spontané. Je regrette de me dire que je ne connaîtrai pas les contractions, que je ne serai pas celle qui lui donnera la vie, on viendra me le prendre et je serai endormie. Pour toujours, la date de sa naissance est liée à ma maladie, je suis en colère. Le 14 septembre, je porte déjà un foulard pour cacher ma perte de cheveux quand j'arrive à la maternité pour qu'il naisse. Mon amie Sophie, qui m'a soutenue jusque-là et qui travaille dans cette maternité, m'a préparé un accouchement de rêve, elle a décoré notre chambre, m'a tenu la main au bloc jusqu'à ce que je m'endorme, elle a porté mon fils à son père et était là quand je me suis réveillée 20 minutes plus tard, devenue maman. "Yann est né et il a pleuré tout de suite", m'a-t-elle raconté. Les examens révèlent que le début de mon traitement n'a pas eu d'incidence sur sa santé. 

Nous passons par le service néonatal, car il a un souci respiratoire, sans gravité. Malgré ma cicatrice, je me lève immédiatement et j'y passe mes journées. Cette période est à la fois remplie du bonheur de rencontrer mon fils et terriblement difficile. Je suis malade, j'ai toujours mes 20 kilos en plus, et je sais que ça ne va pas se calmer de sitôt, avec les médicaments, il n'est plus dans mon ventre et un gros combat m'attend. Mon reflet dans le miroir est difficile à affronter. 

"Je voulais faire remarcher ce corps cassé"

Deux semaines plus tard, je reprends la chimio. Ma maternité commence douloureusement : je suis épuisée les premiers jours, je perds la mémoire, j'ai la peau extrêmement sèche, les yeux aussi. J'ai peur de ne pas pouvoir m'occuper de mon bébé. Mais j'ai une chance incroyable, c'est un nourrisson facile, qui dort, mange, sourit et recommence ! Mon conjoint prend 3 mois de congés pour affronter cette période, qui finalement se passe plutôt bien. 

En février, après 5 mois de chimiothérapie intensive, j'apprends que je suis en rémission totale. Le dernier scanner révèle qu'il n'y a plus aucune métastase, que la boule dans mon sein a littéralement disparu. J'aurais dû ressortir de cette maladie avec deux seins en moins et une maladie chronique à vie (ce qui est souvent le cas lorsqu'il y a des métastases), et rien de tout cela n'arrive. Le cancer est parti, envolé. 

Ma première balade avec mon bébé se passe ce même mois, j'ai enfin la force d'aller marcher avec lui, mes douleurs se sont calmées. En ce mois de novembre 2021, il a tout juste 3 ans, et je suis toujours sous chimiothérapie, avec deux médicaments qui me seront administrés à vie, pour prévenir une récidive. Mes os restent en mauvais état, mais après avoir vécu cette aventure de folie, je me suis dit qu'il fallait que je vienne faire ce trek. Que je fasse remarcher ce corps cassé. On termine ce trip intense, et je me sens vivante à nouveau." 

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