Kamala Harris, l'"Obama Girl" qui visait la vice-présidence des États-Unis

Future vice-présidente en cas de victoire de Joe Biden, Kamala Harris entend bien détrôner Mike Pence. Portrait d’une ancienne procureure déterminée, à l’histoire familiale digne du meilleur «rêve américain».

«Ma mère me disait souvent : “Kamala, tu seras peut-être la première à accomplir de nombreuses choses. Assure-toi de ne pas être la dernière”.» Il y a un an, Kamala Harris croyait dur comme fer pouvoir devenir la première présidente noire des États-Unis. Devant ses supporteurs, la sénatrice de 55 ans évoquait sans retenue son ambition, notamment lors du premier débat de la primaire démocrate au Adrienne Arsht Center de Miami. Un appétit certain pour le pouvoir qui remonte à l’enfance. Malgré de nombreux atouts, la candidature de Kamala Harris n’a toutefois pas su séduire les démocrates américains. Le 3 décembre 2019, à court d’argent, celle que l’on surnomme l’«Obama Girl» préférait jeter l’éponge. Avec un autre objectif en tête : la vice-présidence des États-Unis. Elle a depuis été désignée colistière par Joe Biden, le mardi 11 août, devenant ainsi la première candidate de couleur et d’origine indienne sélectionnée pour un tel poste. En cas de victoire, elle deviendrait également la première femme vice-présidente des États-Unis.

Dans cette course à la Maison-Blanche, la sénatrice affrontera pour la première fois publiquement son adversaire, le vice-président Mike Pence, lors d’un débat télévisé à Salt Lake City dans l’Utah mercredi 7 octobre. Des mesures particulières seront mise en place pour ce face-à-face, alors que l’administration américaine continue d’être touchée par une épidémie de coronavirus. En effet, Mike Pence a été testé négatif mais l’inquiétude demeure après l’annonce, vendredi 2 octobre, que Donal Trump avait la Covid-19. Par ailleurs, le vice-président était à la Maison-Blanche le 26 septembre pour la nomination de la juge Amy Coney Barret à la Cour suprême. Une vingtaine de participants, dont Donald et Melania Trump et trois sénateurs assis derrière Mike Pence, ont depuis été testés positifs. Ainsi les deux candidats seront séparés mercredi par du plexiglas et se tiendront à plus de quatre mètres l’un de l’autre, une distance plus importante que prévue. Une semaine après la performance de son colistier, lors du premier débat, Kamala Harris tentera de convaincre qu’elle a les épaules pour remplacer Joe Biden le cas échéant.

“Une Amérique conforme à nos idéaux”

«Joe Biden peut unifier le peuple américain parce qu’il a passé sa vie à se battre pour nous, a-t-elle réagi sur son compte Twitter. S’il devient président, il bâtira une Amérique conforme à nos idéaux. Je suis heureuse de rejoindre les rangs de son équipe en tant que potentielle vice-présidente issue de notre parti, et de faire ce qu’il faut pour qu’il devienne notre Commandant en chef.» De son côté, Maya Rudolph, l’actrice qui incarne Kamala Harris dans le «Saturday Night Live», l’une des émissions satiriques les plus suivies aux États-Unis, a réagi à la nouvelle avec humour lors d’une table ronde organisée par Entertainment Weekly. «Je suis aussi surprise que vous, les gars, a-t-elle déclaré. C’est croustillant.» La comédienne n’a pas indiqué si elle se glisserait à nouveau dans la peau de la femme politique. Mais ses imitations de la sénatrice lui ont déjà valu d’être nommée aux Emmy Awards.

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Choosing a vice president is the first important decision a president makes. When you’re in the Oval Office, weighing the toughest issues, and the choice you make will affect the lives and livelihoods of the entire country – you need someone with you who’s got the judgment and the character to make the right call. Someone whose focus goes beyond self-interest to consider the lives and prospects of others. @JoeBiden nailed this decision. By choosing Senator @KamalaHarris as America’s next vice president, he’s underscored his own judgment and character. Reality shows us that these attributes are not optional in a president. They’re requirements of the job. And now Joe has an ideal partner to help him tackle the very real challenges America faces right now and in the years ahead. I’ve known Senator Harris for a long time. She is more than prepared for the job. She’s spent her career defending our Constitution and fighting for folks who need a fair shake. Her own life story is one that I and so many others can see ourselves in: a story that says that no matter where you come from, what you look like, how you worship, or who you love, there’s a place for you here. It’s a fundamentally American perspective, one that’s led us out of the hardest times before. And it’s a perspective we can all rally behind right now. Michelle and I couldn’t be more thrilled for Kamala, Doug, Cole, and Ella. This is a good day for our country. Now let’s go win this thing.

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Et le premier admirateur de l’«Obama Girl» n’est autre… que Barack Obama en personne. L’ancien président a réagi à la nouvelle de cette nomination sur son compte Instagram, le mardi 11 août. «En choisissant la sénatrice Kamala Harris pour devenir la prochaine vice-présidente américaine, il (Joe Biden, NDLR) a mis en lumière ses capacités de jugement et son caractère (…), peut-on lire en légende du post. Et maintenant, Joe a trouvé la partenaire idéale pour l’aider à se mesurer aux défis bien réels auxquels est confrontée l’Amérique en ce moment, et auxquels elle sera confrontée dans les années à venir.»

En vidéo, ce qu’il faut retenir du débat Kamala Harris-Mike Pence

“Pas rancunière”

La nomination de Kamala Harris n’est pas totalement une surprise. Avant cette annonce officielle, elle était d’ailleurs favorite des sites de paris politiques, loin devant Elizabeth Warren, Susan Rice ou encore Karen Bass. Il faut dire que des notes griffonnées sur un carnet de Joe Biden, capturées à son insu le 28 juillet 2019, vantaient les qualités de la sénatrice : «Pas rancunière», «A fait campagne avec moi et Jill», «Talentueuse», «D’une grande aide pour la campagne», «Grand respect pour elle». Peu après, le site spécialisé Politico annonçait, dans un texte pré-daté au 1er août 2019, que Joe Biden avait choisi Kamala Harris comme colistière. Bien que le média politique ait rapidement évoqué une «erreur», la rumeur continuait d’enfler.

Pourtant, rien n’était joué d’avance. Le 27 juin 2019, lors du premier débat de la primaire démocrate, la sénatrice californienne n’hésitait pas à mettre en avant son histoire personnelle pour faire remarquer à l’ancien vice-président Joe Biden avoir été blessée par ses échanges «courtois» avec des sénateurs ségrégationnistes, tenus dans le passé. Depuis, Kamala Harris semble avoir tourné la page.

Fille de parents immigrés

Kamala Harris a grandi à Oakland, dans la Californie progressiste des années 1960. Fière de la lutte pour les droits civiques de ses parents immigrés, la démocrate a toujours revendiqué ses origines : un père jamaïcain professeur d’économie et une mère indienne aujourd’hui décédée, chercheuse spécialiste du cancer du sein. Alors qu’un mouvement antiraciste secoue les États-Unis, la politicienne n’a pas été épargnée par le racisme et la ségrégation. En juin 2019, elle livrait un souvenir d’enfance encore douloureux : lorsqu’elle prenait, enfant, l’un des bus chargés d’amener les écoliers noirs dans les quartiers blancs. Déterminée à faire bouger les choses, Kamala Harris a bravé tous les obstacles pour atteindre ses rêves.

La première procureure de Californie

Prétendante sérieuse à la Maison-Blanche, Kamala Harris a fait de son passé de procureure une force. Avant de se retirer de la course à la présidentielle, l’Américaine était même, aux yeux de certains démocrates, la mieux placée pour «mener le réquisitoire» contre Donald Trump, et battre le républicain à la présidentielle de novembre. Il est vrai que, depuis le début de sa carrière, Kamala Harris a accumulé les titres de pionnière. Après deux mandats de procureure à San Francisco (2004-2011), elle a été élue deux fois procureure de Californie (2011-2017), devenant alors la première femme, mais aussi la première personne noire, à diriger les services judiciaires de l’État le plus peuplé du pays. Puis, en janvier 2017, elle a prêté serment au Sénat à Washington, s’inscrivant ici comme la première femme originaire d’Asie du Sud et seulement la seconde sénatrice noire dans l’histoire américaine.

“Pas trop âgée et noire”

L’expérience que Kamala Harris a engrangé dans les branches judiciaire, exécutive et législative faisait aussi d’elle la candidate «parfaite», confiait en juin 2019 à l’AFP Marguerite Willis, ex-candidate démocrate au poste de gouverneur de la Caroline du Sud. Avant d’observer : «Elle n’est pas trop âgée (…) et c’est une femme noire, ce que je trouve très important en ce moment», dans un contexte où le racisme augmente sous la présidence Trump, et davantage encore depuis la mort de George Floyd, tué par un policier le 25 mai, qui a lancé une vague de protestations, portée par le mouvement Black Lives Matter, aux États-Unis et en France.

Côté vie privée, rien à signaler. Mariée depuis août 2014 à un avocat, père de deux enfants, Kamala Harris n’a jamais caché son histoire familiale, elle dont la soeur Maya est une ancienne aide de campagne de Hillary Clinton en 2016.

Dans les pas de Barack Obama

D’habitude chaleureuse, Kamala Harris sait se montrer ferme quand il le faut. Au Sénat, elle s’est notamment fait remarquer pour ses interrogatoires serrés, au ton parfois glaçant, lors d’auditions sous haute tension. À l’instar de celle du candidat conservateur controversé à la Cour suprême Brett Kavanaugh, en 2018. Mais ses supporteurs voient cette rigidité comme un signe de sa grande détermination. «Elle s’empare du porte-voix à chaque fois qu’elle le peut» pour défendre, notamment, un système judiciaire plus juste pour les Noirs, confiait l’an dernier Deitra Matthew, l’une de ses supporters venue rencontrer la candidate à Columbia (la capitale de la Caroline du Sud, NDLR). «Je dois admettre que je n’ai pas été aussi emballée par un candidat depuis 2007», avant l’élection de Barack Obama. Kamala Harris serait-elle la femme de la situation ?

*Cet article, initialement publié le le 12 août 2020, a fait l’objet d’une mise à jour.

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