L’élection américaine « est sur un cliffhanger », estime Anne-Solen Douguet

  • Le documentaire House of Series, disponible sur MyCanal, questionne la représentation de la politique américaine dans les séries.
  • Ce film analyse ce que la présidence Donald Trump a changé dans le monde des séries politiques.
  • A l’heure où l’issue de l’élection présidentielle américaine est encore incertaine, la réalisatrice de ce documentaire passionnant, Anne-Solen Douguet, décrypte pour 20 Minutes la dramaturgie du duel qui oppose Donald Trump à Joe Biden.

La Maison Blanche et ses occupants fascinent les scénaristes hollywoodiens. D’
A la Maison Blanche (The West Wing) à House of Cards en passant par Veep, Anne-Solen Douguet et Didier Allouch se sont intéressés à travers leur documentaire House of Series, disponible sur
My Canal, à la représentation de la politique américaine dans les séries. Dans ce documentaire passionnant, showrunneurs, acteurs et scénaristes expliquent pourquoi la politique américaine constitue une arène privilégiée pour les séries américaines et comment ces séries participent au mythe américain.

Alors que l’issue de l’élection présidentielle américaine est encore incertaine, la réalisatrice et productrice Anne-Solen Douguet décrypte pour 20 Minutes la dramaturgie du duel qui oppose Donald Trump à Joe Biden.

Qu’est ce que la présidence de Donald Trump a changé dans la manière de scénariser les séries politiques américaines ?

La présidence de Donald Trump a surtout pour l’instant assécher les scénaristes qui ne savent plus trop comment s’y prendre. Ils ont l’impression d’avoir été dépassés par un président, qui vient de la fiction, et inscrit des façons de faire qu’ils n’osaient pas imaginer dans leurs histoires. C’est encore plus vrai pour les séries satiriques comme Veep ou South Park. Leur rôle et leur intention sont de déformer la réalité et de pousser le curseur le plus loin possible. Veep, qui a commencé sous Obama, a fait ça particulièrement bien. Armando Iannucci avait imaginé un personnage qui faisait le pire en politique. C’est une horreur cette Selima Meyer ! Sauf que, peu à peu, avec Donald Trump, la réalité les a rattrapés parce que Trump faisait pire qu’eux. Tout d’un coup, les scénaristes ne savaient plus comment faire. Ils nous ont dit qu’ils n’auraient pas pu imaginer ce que Trump faisait. Impossible pour eux de se mettre dans une pièce entre auteurs et d’imaginer de séparer des enfants et des parents de familles d’émigrés !

Les séries politiques américaines ont-elles changé notre façon d’aborder l’élection et la politique américaine ?

En tant que Française, j’ai l’impression que je connais la politique américaine par le biais des séries et de la fiction autant que par le biais des infos. Est-ce que cela a changé notre perception de la politique américaine ? Cela influence probablement. Il y a forcément une image assez puissante qui nous est envoyée. Après, ce sont les politiques qui gouvernent et changent le monde normalement et pas la fiction !

« Cliffhanger », « suspense », « final »… Pourquoi les internautes utilisent le vocabulaire de la fiction pour parler de cette campagne et de cette élection ?

Il y a d’abord le côté américain de la chose où tout est toujours spectaculaire et grandiose. Je ne sais pas si c’est dû au pays lui-même, à son état d’esprit ou au rêve américain, qui est toujours un moteur pour beaucoup. On a l’impression que la fiction est toujours très proche de la réalité et inversement. Tout se mélange un peu. Eli Attie a travaillé pour le vice président Al Gore avant de travailler comme scénariste pour The Westwing, nous a dit qu’il était passé de la politique show-business au show-business politique. Avec les présidents américains, on a presque toujours l’impression d’être dans un scénario, en particulier avec Trump qui utilise tous les codes de la fiction télé. Il joue avec le suspens, les déclarations surprises, etc. C’est sans doute pour cela que le vocabulaire de la fiction et de la série télé est un peu adapté à la réalité aujourd’hui.

L’élection américaine semble plus dramaturgique que la française…

Leur système est plus dramaturgique que le nôtre. Nous votons pour un président en direct et à 20 heures, nous découvrons son image. Aux Etats-Unis, il y a le système des grands électeurs. Quelqu’un peut avoir plus de voix que l’autre, mais ce n’est pas lui qui va être président pour autant… Dramaturgiquement parlant, pour la fiction, c’est quand même intéressant de pouvoir jouer avec cela. D’ailleurs, les séries ne s’en sont pas privées puisque depuis le recomptage des voix d’Al Gore face à George W. Bush en Floride en 2000, toutes les séries politiques américaines ont inclus un épisode ou plusieurs sur les indécisions électorales ou encore des cas de fraudes électorales.

Comment analysez-vous la dramaturgie des rebondissements de la nuit de l’éléection américaine 2020 ?

J’imagine que cela va donner aux scénaristes de la matière pour imaginer quelques scénarios un peu tordus ! On est sur un cliffhanger pour le moment. On ne connaît pas la fin. Nous avons deux options, soit on va chez Veep ou chez The West Wing. Après, sur le plan personnel, les scénaristes hollywoodiens sont plutôt dans le camp démocrate. Ils sont complètement ahuris par Trump et tout ce qu’il fait. Ils n’espèrent qu’une chose, c’est que cela change. Si cela ne change pas, ils vont devoir trouver une autre manière de raconter les choses et se pencher sur les quatre années passées.

Justement quel avenir pour les séries politiques US après ce « final » épique ?

Plusieurs showrunneurs nous disaient qu’il leur fallait peut-être se pencher sur le passé, sur l’ère Trump, mais aussi avant. La fiction permet de faire un retour en arrière, d’avoir du recul, d’étudier plusieurs points de vue, de s’arrêter, d’accélérer et d’imaginer d’autres choses. Donc, peut-être que c’est en s’appuyant sur l’histoire réelle qu’ils arriveront à reraconter des choses. Pour le moment, la situation les laissait sans voix.

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