Masques chirurgicaux : derrière la crise sanitaire, une pollution désastreuse

Ils traînent, jonchent les trottoirs et les fossés, s’invitent dans les parcs, à la plage, dans les champs… Ces derniers mois, les masques chirurgicaux usagés, indispensables rempart dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, ont envahi nos paysages. 

Autant de nouveaux déchets qui “ne disparaissent pas tout seuls”, déclare Nicholas Mallos, directeur général du programme Trash Free Seas de l’ONG Ocean Conservancy qui s’inquiète de leur apparition massive en territoires marins, là où la pollution plastique bat déjà des records.

Autre problème : les technologies de recyclage de ces masques sont encore trop peu nombreuses, ajoutant à la pollution visible une pollution invisible : celle des tonnes de masques qui finissent chaque jour par être incinérés. Considérés comme infectieux, ils sont en effet aujourd’hui traités comme des déchets “urbains” impossibles à transformer.

Plus de 3 milliards de masques jetés chaque jour

Au quotidien, environ 3,4 milliards de masques sont jetés dans le monde, estimait une étude indépendante publiée sur le portail PubMed en février 2021. Des masques produits à partir d’un type de plastique particulier : le polypropylène. Pour le fabriquer celui-ci nécessite des ressources pétrolières. Une pollution en amont, qui se poursuit en aval.

En France, les masques représentent 400 tonnes de déchets par jour, estime, en février 2021, l’association Zero Waste (à raison de deux masques jetables par personne).

En France, les masques représentent 400 tonnes de déchets par jour.

D’après une étude du Service public fédéral Santé publique, en Belgique, cité par le site Recygo, jetés dans la nature, ils mettraient 450 ans à se décomposer. Un temps certain durant lequel il polluent l’écosystème en relâchant des microparticules de plastique, toxiques et néfastes pour les animaux, mais aussi pour l’Homme. 

Les ravages du masque dans la nature

Ces derniers mois, de nombreuses images témoignant des conséquences dramatiques de cette pollution nouvelle ont fait le tour du monde. Une mouette piégée par les élastiques d’un masque enroulés dans ses pattes immortalisée en Angleterre, un oiseau avec des masques dans le bec bien décidé à composer son nid avec au Pays-Bas, ou encore un pingouin retrouvé mort au Brésil et dont l’estomac contenait plusieurs masques, rappelle FranceInter.

Parmi les écosystèmes les plus fragiles et malmenés, les cours d’eau et les océans voient rouge. Pour cause : selon une étude publiée enjuillet 2021 dans Environmental Advances, un seul masque peut relâcher près de 173 000 microfibres plastiques par jour dans les océans. Un chiffre qui “vient s’ajouter à la crise déjà existante de la pollution plastique. C’est une question de santé des océans mais aussi de santé publique”, souligne Nicholas Mallos.

La pollution des masques jetables a effectivement un impact sur les hommes et femmes qui vivent sur la terre ferme. Transformés d’abord en microplastiques par l’eau, les masques deviennent des nanoparticules, que l’on retrouve partout, y compris, en bout de chaine, dans le corps humain, rappelle l’association France Nature Environnement, dans un communiqué publié en juin 2021.

Exemple le plus direct et concret ? Les animaux qui ingèrent des micro plastiques, comme celui rejeté les masques, peuvent évidemment se retrouver dans notre assiette.

“Aujourd’hui nous sommes sûrs que les plastiques sont entrés dans la chaîne alimentaire humaine. Un article passant en revue toutes les recherches publiées entre 2019 et 2020 sur ce sujet a révélé que 60 % des poissons étudiés dans le monde contenaient des microplastiques”, déplore Nicholas Mallos.

Transformés d’abord en microplastiques par l’eau, les masques deviennent des nanoparticules, que l’on retrouve partout, y compris, en bout de chaine, dans le corps humain.

L’expert fait aussi état d’une pollution souvent oubliée, celle sur la flore maritime : “Bien que nous n’ayons connaissance d’aucune étude portant spécifiquement sur l’impact des masques sur la vie des plantes marines, nous pensons qu’ils pourraient endommager physiquement les espèces fragiles ou empêcher la photosynthèse -processus par lequel les plantes convertissent l’énergie du soleil en l’énergie nécessaire à leur croissance et à leur développement- s’ils s’emmêlent dans la plante. De la même manière qu’il a été démontré que d’autres déchets plastiques interrompent ce processus”. 

Avant la crise sanitaire, l’ONG Ocean Conservancy a mis en place une application qui permet aux utilisateurs de signaler les déchets et de renseigner des données sur son site Web. Depuis le début de la pandémie, l’association a ajouté la possibilité de signaler les déchets d’EPI (masques, gants…). Une enquête d’Ocean Conservancy a révélé que plus de 107 000 déchets d’EPI avaient été détectés et rapportés sur leur application dans 70 pays, au cours des six derniers mois de 2020. 

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Un geste simple : jeter son masque à la poubelle

On l’aura vite compris, pour ne pas rajouter au désastre, un seul geste s’impose : jeter son masque dans une poubelle avec sac, bien fermée. De préférence “à la maison, où vous savez que les articles ne risquent pas de tomber de la poubelle et de se retrouver dans un égout ou un cours d’eau”, enjoint Nicholas Mallos. À titre de précaution supplémentaire, ce dernier recommande même de couper les boucles des masques faciaux afin de réduire le risque pour les animaux de s’y retrouver prisonniers.

Quant à la dite poubelle, c’est la grise qu’il convient d’utiliser, “la poubelle des déchets ménagers et non celle du recyclage, la jaune”, destinée à la récolte des cartons et plastiques, martèle Nolwenn Touboulic, ingénieure à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). L’experte précise même la règle : “la consigne est de déposer ces masques dans les sacs d’ordures ménagères dans des sacs fermés”, conformément aux consignes du Haut Conseil de la Santé Publique. 

En jetant les masques chirurgicaux dans une poubelle jaune, non seulement les agents d’entretien et éboueurs en contact direct avec leur contenu peuvent être infectés, mais c’est tout son contenu recyclable qui est déclassé.

Il est en effet interdit de jeter un masque usagé potentiellement contaminé dans une poubelle dédiée au recyclage. Pour cause : en jetant les masques chirurgicaux dans une poubelle jaune, non seulement les agents d’entretien et éboueurs en contact direct avec leur contenu peuvent être infectés, mais c’est tout son contenu recyclable qui est déclassé, les masques étant considérés, au même titre que les gants, comme des déchets infectieux “qui iront soit en centre de stockage soit en valorisation énergétique [après incinération, ndlr]”, précise Nolwenn Touboulic.

Pour pouvoir recycler les masques chirurgicaux usagés dans la poubelle jaune, comme l’on recycle les bouteilles en plastique, il faudrait pouvoir au préalable les décontaminer puis séparer leurs différentes couches (un masque chirurgical compte 3 couches ou plis filtrants, nldr). Une méthode complexe et coûteuse à développer à l’échelle nationale, d’autant plus face à la quantité de déchets dont il est aujourd’hui question.

Et si à ce jour, la loi n’encadre pas spécifiquement le recyclage des masques jetables (la priorité est donnée à la sécurité sanitaire, ndlr), la répression du dépôt sauvage de masques a été durcie. En décembre 2020, l’amende a été portée à 135 €, contre 68 € auparavant. 

En France, des PME se lancent dans le recyclage des masques

En France, quelques PME se sont récemment lancées dans le recyclage des masques à 100%. À l’heure actuelle, elle proposent uniquement leurs services aux entreprises et collectivités.

C’est par exemple le cas d’Urbyn qui collecte et recycle les masques jetables de celles qui font appel à son service en textile. Pour fabriquer un t-shirt, il faut 50 masques, précise son site internet, qui détaille la méthode utilisée.

  • Isolation : une fois collectés, les masques passent d’abord par une période d’isolation. Ils sont placés en quarantaine au cas où ils seraient contaminés par le virus.
  • Hygiénisation : désinfection et lavage à haute température pour éliminer toute potentielle charge virale.
  • Séparation : les élastiques et les barrettes métalliques sont retirées du corps du masque. Les barres en métal seront traitées avec les déchets métalliques et fondues avant d’être recyclées. Les élastiques, quant à eux, seront réinjectés dans des objets en plastique.
  • Broyage : une fois isolé du reste des composants du masque, le polypropylène est traité, broyé et régénéré en matière unique.
  • Filage : Fabrication de fil technique
  • Tricotage et confection : le tissage et la confection textile peuvent avoir lieu (conception de vêtements techniques).”

Versoo de son côté, “propose des formules comprenant des collecteurs “sanitaires” spécifiques pour collecter les masques sur toute la France métropolitaine, là encore dans les entreprises et les collectivités, l’enlèvement en transport optimisé (pour limiter l’impact carbone) et le recyclage grâce à un process spécialement adapté sur son site industriel angevin”, peut-on lire sur son site internet.

CYCL-ADD propose aussi un service de collecte, de décontamination et de recyclage des masques à 100%. 

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