MC Solaar revient sur ses 30 ans de carrière : son hommage à Serge Gainsbourg dans "Nouveau western"

MC Solaar, auteur, compositeur et interprète est un rappeur incontournable et un précurseur : il a été l’un des premiers artistes à populariser le rap en France dès le début des années 90. Avec sa plume, sa voix, son flow et son sourire, le temps ne semble pas avoir de prise sur lui. Il passe cette semaine sur franceinfo et évoque ses plus de 30 ans de carrière. 

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Depuis son premier album sorti en 1991, Qui sème le vent récolte le tempo, vendu à plus de 5 millions d’exemplaires et récompensé par cinq Victoires de la musique jusqu’à son huitième album Géopoétique (2017) qui marquait son retour après une dizaine d’années d’absence, MC Solaar voit son public, désormais intergénérationnel, répondre toujours présent. MC Solaar est, enfin, à la tache puisqu’il prépare un nouvel album dont la sortie est prévue en 2022 ou 2023 et pour nous faire patienter, il se produit, cet été et cet automne, avec le The big band project dans des festivals.  

franceinfo : Ce public si réceptif et si présent est-il la plus belle des récompenses ?

Mc Solaar : C’est la plus belle des récompenses parce que c’est un public qui va redécouvrir des chansons avec un big band. Et puis c’est assez curieux, quand on chante en live, les gens ne viennent pas seuls. Un jeune va inviter la personne qui lui a acheté ses premiers trucs et c’est un superbe mélange.

Dans les festivals, il y a plusieurs générations qui se croisent, enfin ! Ce qui va unir tout ça, ce vont être les cuivres, les cordes et le big band project.

à franceinfo

C’est vrai qu’après le succès de Bouge de là, vous allez collaborer avec le groupe américain De La Soul. A ce moment-là, c’est quelque chose d’énorme. Vous faites leur première partie à l’Olympia, vous partez en tournée en Pologne, en Russie, en Afrique de l’Ouest. Vous allez aussi vous engager à faire libérer le prisonnier politique sud-coréen Kim Song-Man avec Costa Gavras et le groupe Saï Saï. Vous n’aimez pas parler politique, mais pourtant, vous vous êtes toujours positionné à des moments où vous considériez qu’il y avait des injustices.

Je me rappelle que quand on rappait, il fallait dénoncer des choses. Quand on parle de prisonniers d’opinion, on se dit : « Oui, on va y aller, on va apporter notre pierre« . Et puis, moi, c’est simple, j’ai un code de figure imposée : Est-ce que c’est bon ou est-ce que ça ne l’est pas ? Et en général, quand il y a une vraie injustice, si on m’appelle pour participer de façon artistique à quelque chose, là, oui c’est bien, on le fait. Ça semble naturel en réalité.

En 1994, vous allez sortir Prose combat, votre deuxième album. Le clip du titre Nouveau western va être tourné aux Etats-Unis, au Texas, à New York et à Paris. C’est un clin d’œil à ce qui vous a donné envie de faire de la musique, à Serge Gainsbourg. On pense, inévitablement, à Bonnie and Clyde avec ce titre samplé. On a le sentiment que ce qui vous permet de garder les pieds sur terre, c’est de savoir d’où vous venez qui vous êtes.

Oui. Et Serge Gainsbourg… J’avais moins de dix ans et j’écoutais déjà beaucoup. Il y a le déroulé des mots, la façon de pouvoir chanter sans être chanteur. Quand Hubert Blanc-Francard décide de mettre Serge Gainsbourg, il sait que je l’aime bien. En fait, ils ont des pensées de vrais artistes, de musiciens. Ils voient quel est ton personnage, ce que tu aimes bien et puis il rentre chez lui et il t’apporte une autre version qui est en lien avec le titre le Nouveau western. Ça lui faisait penser à Bonnie and Clyde. Et dans notre truc de défense et illustration du rap français, on ne voulait pas ressembler au rappeur américain et on se disait on aura des références françaises.

Quand Hubert Blanc-Francard nous a apporté du Serge Gainsbourg dans ‘Nouveau western’, c’était le bon moment dans le prose combat.

à franceinfo

Votre écriture est à la base de tout, mais il y a aussi cette notion de musique. À quel moment comprenez-vous que la musique va être l’un des ingrédients définitifs de votre quotidien ?

Je m’en rends compte la première fois que je vais dans un studio avec Hubert Blanc-Francard et Jimmy Jay. Ils se rencontrent et quelque chose se crée, une alchimie. Ils ont opté pour le côté jazz pour ne pas faire ce que les autres faisaient dans le coin. La musique est super importante. Moi, je rappe, je m’adapte. On avait une équipe de gens qui faisait la chose comme si c’était la dernière et dans tous les aspects sonores, ils étaient des ingénieurs du son plutôt que des musiciens dans leur façon de faire.

Prose combat avec Nouveau western va être l’une des plus grosses ventes dans une vingtaine de pays. Ça vous a rassuré ?

Moi, je n’avais pas peur, alors que les producteurs, les compositeurs, voulaient prouver. Parce qu’ils avaient eu du succès dans le premier, ils ont fait tout l’inverse dans le deuxième. On avait fait venir plein de choses, des violons, tout ce qu’on avait envie de faire, ce qu’ils avaient envie de faire ! Et là, ils ont fait l’excès inverse, ils vont le faire 100% à la technique du hip-hop de l’époque, c’est-à-dire du sampling, des voix… Et même dans l’excès inverse, ils ont été beaucoup plus attentionnés. Moi, je n’avais pas peur de quelconque parce que j’étais dans l’époque où je comptais toujours me réinscrire à la fac. Ce n’est qu’un an après la sortie de ce deuxième album que je me suis dit : je suis musicien. Sinon, à chaque fois, je me disais : je m’inscris ! Je ne m’inscris pas ! Oui, l’année prochaine, l’année prochaine et l’année prochaine.  

MC Solaar est actuellement en tournée, il sera  le  29 juillet : Festival Grandes Marées à Jullouville, le 12 août au Festival Fête du Bruit dans Landerneau à Landerneau, le 11 septembre : Festival Foire en scène de Châlons-en-Champagne ou encore les 25 et 26 octobre à la Philharmonie de Paris.  

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