01/30/2023

Remaniement, restructuration, réorganisation, plan de sauvegarde de l’emploi… Quel salarié.é n’a pas été confronté.e à au moins un de ces mots ces dix dernières années ? Les multiples transformations du monde professionnel induites par le développement des nouvelles technologies et un contexte socio-économique chahuté depuis la crise de 2009 ont régulièrement pour conséquence le licenciement d’hommes et de femmes salariés.

Lorsque le couperet tombe, l’impact sur la ou les personnes concernées est évident. Il est également conséquent sur celles et ceux “qui restent”. 

“L’annonce d’un licenciement, même si celui-ci concerne moins d’une dizaine de personnes dans l’entreprise, peut avoir un très fort impact sur le collectif et générer un sentiment d’insécurité professionnelle important”, affirme d’emblée Daphnée Breton, psychologue du travail et des organisations au sein du cabinet Sens et Travail, et intervenante en prévention des risques professionnels. 

Voir ses collègues licenciés : un facteur de stress supplémentaire 

L’experte évoque le rapport de Michel Gollac et Marceline Bodier qui ont documenté entre autre l’impact des licenciements sur les salarié.es dont le poste n’est pas concerné et qui sont donc amené.es à rester dans l’entreprise. 

“Il y a clairement ce qu’on peut appeler un “syndrome du survivant” qui peut apparaître lors des plans sociaux ou des “petits licenciements économiques” qui concernent les départs de moins de 10 salariés”, précise la psychologue du travail. 

Plusieurs sentiments s’entremêlent chez ces personnes : de l’anxiété bien sûr, car la crainte de perdre son emploi devient palpable, mais aussi une sorte de culpabilité face à l’autre qui perd son emploi. Ces sentiments peuvent plonger les salarié.es dans une situation de stress qui peut s’installer sur le long terme. 

Transferts de charge et perte de qualité 

D’autant que, qui dit restructuration, dit bien souvent redéfinition des tâches et des fiches de poste pour celles et ceux dont l’emploi est sauvegardé. “Ces remaniements d’équipe ou restructuration créent généralement des déstabilisations profondes des collectifs de travail, qui sont pourtant les premiers facteurs de la santé au travail. En déstabilisant les rouages d’un collectif qui fonctionnait, on déséquilibre les échanges formels, mais aussi l’informel. Tout ceci risque d’affecter la qualité du travail. Sans compter les transferts de charge sur les restants”, analyse Daphnée Breton.  

Or, un.e salarié.e impliqué.e ne va pas pouvoir se contenter d’un travail médiocre qui lui fera perdre le sens de ce qu’il fait. D’autant plus si les moyens qui lui sont attribués sont insuffisants pour mener à bien les projets qu’on lui confie. Le risque ? Un épuisement à moyen terme des forces restantes. 

La culpabilité des “survivants”, ou l’impossible quête de sens 

“On sait fondamentalement quelle place tient le travail dans nos vies. La perte de celui-ci va avoir des répercussions très larges : c’est grâce à notre salaire qu’on paie notre loyer (ou nos remboursements), qu’on peut s’acheter à manger, subvenir aux besoins de sa famille… Même si on sait que lors d’un licenciement économique, ce ne sont pas les individus qui sont visés mais leurs postes, on peut difficilement ne pas se projeter humainement dans ce que représentent ces pertes”, évoque Daphnée Breton. 

Alors on anticipe sur la suite : comment notre collègue va-t-il pouvoir ou non rebondir ? En parallèle, on tente de trouver une explication rationnelle à la question “pourquoi eux et pas d’autres ?”. Et à celle qui s’immisce dans notre esprit en sourdine : « Et pourquoi pas moi la prochaine fois ? ».

Ensuite, il faut retourner travailler en côtoyant celles et ceux qui partent, tout en sachant que ces départs compliquent largement l’avenir dans la société. L’ambiance au sein des équipes se tend. « Outre les émotions négatives mentionnées, on est en droit de se demander si notre poste sera tenable dans le temps”, évoque Daphnée Breton. Sans compter les perspectives d’évolution qui s’amenuisent et l’éventualité de voir une seconde restructuration survenir avant le fin de l’année. 

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