"Plus la carapace est épaisse, plus on cache quelque chose de tendre à l'intérieur" : François Damiens en gangster poète dans "Cette musique ne joue pour personne"

François Damiens est un acteur belge qui a démarré sa carrière comme humoriste en Belgique avant d’être adopté par le public français pour son second rôle dans la comédie romantique L’Arnacœur de Michel Hazanavicius. Il est aussi considéré comme un maître des caméras cachées en Europe du côté francophone. Il est actuellement à l’affiche du film Cette musique ne joue pour personne, de Samuel Benchetrit, qui sort en salles mercredi 29 septembre. L’histoire se déroule dans une ville portuaire avec des êtres isolés, habitués à la violence, qui voient leurs vies bouleversées grâce à la poésie, au théâtre et à l’art en général.

franceinfo : Je voudrais que vous me racontiez ce rôle de baron de la drogue. Vous êtes censé être le méchant, mais en même temps vous avez cette carapace devant les durs et un cœur très tendre dans la vie privée.

François Damiens : Je pense que plus la carapace est épaisse, plus on cache quelque chose de tendre à l’intérieur, qu’on veut protéger. C’est ce que je trouvais intéressant dans le film de Samuel Benchetrit. Déjà le décor, les docks de Dunkerque avec ces immenses paquebots qui rentrent avec ces remorqueurs, c’est assez masculin, assez viril. Et puis à côté de cela, cette dualité avec justement la poésie.

Joey Starr, Ramzy Bedia sont des gens qui ont l’air assez costauds et en fait, évidemment, à l’intérieur, c’est tout doux, c’est tout tendre.

à franceinfo

Depuis vos débuts, vous avez toujours été dans l’humain et pourtant, vous avez suivi des études de commerce international, donc rien à voir. Il y a eu un stage en Australie et puis une envie de vous lancer dans l’audiovisuel.

J’avais toujours eu envie de me lancer dans l’audiovisuel. J’avais peur de me lancer et de mettre des années à percer ou ne pas percer. Et de me retrouver un peu désœuvré à 26, 27 ans. Je me suis dit je vais faire des études classiques comme ça, au cas où je me plante, je peux toujours retomber sur mes pattes.

Vous avez toujours été passionné par les canulars, par les sketches que vous allez faire très vite et bien plus, au point de devoir les arrêter parce que tout le monde vous reconnaissait. Ça va reprendre un jour ou pas du tout ?

Oui, j’ai déjà fait les repérages pour les prochains. On sait déjà où on va tourner.

Oui, je vais refaire des canulars.

à franceinfo

Dans ce film de Samuel Benchetrit, il y a effectivement Ramzy Bedia. C’est drôle d’ailleurs, parce qu’il est vraiment au point de départ de votre carrière cinématographique. C’est lui qui vous présente à Michel Hazanavicius alors qu’il était en pleine préparation de OSS 117 : Le Caire, nid d’espions. C’est une autre vie, un autre métier que vous démarrez à ce moment-là ?

Oui exactement. C’est vrai que j’ai fait une caméra cachée à Bruxelles à Eric et Ramzy, mais c’est plutôt eux qui m’en ont faite une ! Moi, j’étais taximan et je les chargeais et en fait, je n’ai pas pu en placer une. C’était Michel Hazanavicius qui mettait leur spectacle en scène et lorsqu’il est revenu à Bruxelles, ils m’ont appelé pour aller boire un verre. Il m’a rappelé deux jours après pour me proposer un rôle dans OSS. J’ai dit oui, vas-y, d’accord. Et puis je suis arrivé à Paris, j’ai fait deux jours de tournage, c’était mon premier film. C’est vrai qu’au début, j’étais le Belge de OSS 117, j’avais deux petites malheureuses scènes, mais je découvrais tout, faisais semblant que je connaissais, que j’avais l’habitude mais en fait tout était nouveau.

Il va y avoir un autre tournant après Dikkenek d’Olivier Van Hoofstadt (2006), Taxi 4 de Gérard Krawczyk (2007), c’est L’Arnacœur. Ça vous montre autrement et on a l’impression que vous vous étiez créé un challenge avec ce rôle. Oui ou non ?

Je ne voulais pas le faire ce film. Je n’avais pas envie d’être catalogué le Belge qui vient faire des rôles de Belge dans les films. Je n’avais pas envie et c’est Pascal Chaumeil, paix à son âme il nous a quitté, Romain Duris et Vanessa Paradis qui étaient au restaurant un soir et m’ont appelé. Je ne connaissais pas le numéro et en général, je ne décroche pas. Et là, je décroche. Et ils m’ont fait « un peu la cour » pour que je vienne les rejoindre, ils n’ont pas dû la faire longtemps. Et puis j’ai débarqué et c’était une expérience extraordinaire.

Vous avez toujours eu envie de soutenir le cinéma indépendant. Qu’est-ce qui fait que vous choisissez des rôles plutôt que d’autres ?

J’aime bien les « petits » films. Je n’aime pas quand il y a une grosse infrastructure, c’est très hiérarchisé. Je trouve qu’on passe beaucoup de temps à se demander : « Tu as froid ? Tu as chaud ? Tu veux un café ? » Je ne supporte pas. C’est marrant, c’est dix heures par jour et le reste du temps, on ne vous demande pas votre avis.

J’aime bien les gens qui vendent ce qu’ils ont fabriqué et pas qui fabriquent ce qui se vend. Un film d’auteur, comme le nom l’indique, il vient de l’auteur et donc il y a une volonté de faire passer un message.

Personne n’a jamais réussi à vous formater, vous êtes toujours resté vous-même. C’est aussi votre plus grande force, alors comment vous définissez-vous ?

Comme « le petit prince de l’humour et du no limit » ! Non, je rigole, c’est ce qui était marqué sur les DVD que je faisais ! Je trouvais cela tellement ringard ! Moi, j’aime bien être un électron libre et dans la vie aussi. Je n’aime pas les groupes, je n’aime pas avoir une appartenance, je veux pouvoir aller partout et me sentir bien partout.

Je n’aime pas devoir rendre des comptes et la seule chose qui m’intéresse, c’est la liberté. C’est pouvoir faire ce que j’ai envie. Le plus grand luxe pour moi, c’est de pouvoir toujours décider au dernier moment ce que j’aurai envie de faire.

à franceinfo

Il y a une énorme rythmique apportée à ce film, on a le paraître d’un côté et on a la poésie de l’autre, qui prend son temps et qui nous oblige finalement à réfléchir. C’était aussi un peu le but de Samuel Benchetrit ?

J’aimais bien le sens du film, les gros durs au cœur tendre et puis tout ça avec l’absurde. Et Samuel, il a une grande part de féminité, mais il peut être très dur aussi et je trouve que c’est un film qui lui correspond bien et il se dit dans les milieux informés que c’est son meilleur film.

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