Pourquoi est-ce si rare de faire un bon jeu en adaptant un manga ?

Lorsqu’un manga commence à prendre de l’envergure, il n’est pas rare qu’il s’ouvre à d’autres marchés. Le jeu vidéo est l’un de ces marchés sur lesquels le manga aime être présent.

Les adaptations de manga en jeu vidéo concernent notamment les grandes licences comme Naruto, One Piece ou encore Dragon Ball. L’un des derniers mangas à avoir bénéficié de son adaptation en jeu vidéo est d’ailleurs Demon Slayer, qui a connu un regain d’intérêt lors de l’annonce de son adaptation en anime. Pourtant, transposer un manga à succès en jeu vidéo n’est pas chose aisée tant la pression est importante sur les studios de développement. Et il n’est pas rare que l’adaptation se révèle finalement décevante pour les fans qui ont l’impression d’avoir été floués. Mais comment expliquer qu’il soit si rare de trouver un bon jeu vidéo tiré d’un manga ?

La culture otaku : une passion pour les mangas, les animés et les jeux vidéos

Avant de parler de la culture otaku, il est déjà important de savoir que le manga est un art quasi ancestral du Japon. En effet, étymologiquement parlant, le terme manga signifie “dessin au trait libre”, “esquisse au gré de la fantaisie” ou “image malhabile”. Autrement dit, il s’agit à l’époque d’une caricature. Le terme manga devient couramment utilisé à la fin du 18ème siècle avec la publication d’ouvrages comme Mankaku zuihitsu de Kankei Suzuki en 1771. Ce n’est qu’au 20ème siècle que le terme manga est associé à ce que nous appelons désormais la bande-dessinée lorsque cette dernière est introduite au Japon.

Le manga est donc beaucoup plus ancien que les jeux vidéo qui ont vu le jour vers la fin des années 50 avec les chercheurs William Higinbotham et Robert Dvorak aux États-Unis. Cependant, ces deux médiums culturels sont particulièrement proches l’un de l’autre. En effet, il existe au japon la culture otaku très marquée par le gaming et les mangas. Bien que cette culture n’ait pas initialement vocation à se concentrer exclusivement sur ces médias, il s’avère qu’avec le temps et la mondialisation, l’otaku est défini comme un fan de jeux vidéo, de mangas et d’animés, notamment. C’est en grande partie cette culture qui a fait naître les premiers jeux vidéo inspirés de manga.

Inspiration n’est pas un gage de qualité

C’est à la fin des années 80, en 1986 précisément que le premier jeu vidéo adapté d’un manga sort. Et devinez de quel manga il s’agit ? Il s’agit de Dragon Ball. En effet, le jeu vidéo Dragon Ball : Doragon daihikyō sort le 27 septembre 1986 sur Epoch Cassette Vision. Il s’agit d’ailleurs de la seule adaptation dans laquelle Bandai n’est pas impliquée. À l’époque, le marché du jeu vidéo est particulièrement jeune et la série Dragon Ball, sorti en 1984, connait déjà un gros succès commercial au Japon. Il n’était donc pas illogique que la série soit adaptée afin de permettre aux fans d’incarner leur héros préféré. On dénombre pas moins de 49 jeux aux couleurs de Goku et de ses amis, le plus récent étant Dragon Ball Z : Kakarot, sorti début 2020 et un nouveau jeu, Dragon Ball The Breakers, annoncé pour 2022.

Dragon Ball n’est pas la seule licence à avoir été adaptée en jeux vidéo. En effet, Naruto, One Piece et même L’Attaque des Titans y ont eu droit. Pour autant, ces adaptations font rarement le bonheur des fans des licences manga. L’un des cas les plus flagrants de déception est très certainement le jeu Jump Force, sorti en 2019. Le jeu vidéo ne convainc pas et la critique très sévère. Sur le site Sens Critique, par exemple, le jeu a une note de 4,7/10 (pour 264 avis). Et ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres. L’exemple le plus récent est celui de Demon Slayer, qui n’offre pas une expérience de jeu particulièrement intéressante et se contente du fan service.

Faire du fan service ou offrir un vrai jeu vidéo ?

C’est d’ailleurs l’un des reproches qui revient le plus souvent lorsqu’on parle de jeu vidéo adapté d’un manga. Bien que certains jeux se démarquent, comme ça a été le cas pour les jeux Shingeki no Kyojin par exemple, beaucoup de jeux se contentent de proposer du fan service au détriment de la qualité du gameplay. Ce qui est particulièrement dommage. En effet, les jeux vidéo fan service n’ont pas forcément pour objectif de proposer une véritable expérience de jeu, mais plutôt d’alimenter l’intérêt des fans pour une licence via différents types de contenus.

Reprenons l’exemple des jeux vidéo L’Attaque des Titans. Dans le dernier jeu, sorti en 2018, on vous proposait d’incarner un apprenti soldat aux côtés des personnages principaux de l’histoire du manga. Le jeu a d’ailleurs été reconnu pour son respect du manga tout en proposant quelque chose d’innovant. Bien que le jeu reprenait l’histoire et l’univers d’un manga, il avait clairement pour objectif de permettre aux fans de se projeter comme membre de l’armée luttant contre les titans. Et c’est souvent, selon moi, cet aspect innovant qui manque lorsqu’un manga est adapté en jeu vidéo. Néanmoins cela peut s’expliquer.

En effet, si vous vous intéressez au marché du manga, vous savez probablement que lorsqu’une adaptation animée est signée, l’auteur du manga est très impliqué. Et un cahier des charges précis est mis en place. Il ne serait donc pas étonnant que ce soit la même chose dans le jeu vidéo et que les contraintes imposées par l’auteur ou sa maison d’édition freinent les ambitions du studio de développement. Sans parler de l’exigence des fans, qui, comme dit précédemment, doit rajouter une pression telle que le droit à l’erreur n’existe pas et donc la nécessité de se rapprocher au maximum de la perfection implique bien souvent de commettre des erreurs. De plus, l’histoire elle-même du manga peut être contraignante et donc laisser peu de marge de manœuvre aux développeurs.

Le jeu vidéo inspiré du manga ou l’art de jouer sur l’attachement à une licence

Comme dit précédemment, beaucoup de jeux vidéo inspirés de manga proposent surtout du fan service. Mais adapter un manga sur un média de divertissement comme le jeu vidéo est également un moyen de s’assurer un succès commercial. En effet, ce ne sont n’importe quels mangas qui ont droit à leur adaptation en jeu vidéo. On parle de licences qui ont déjà fait leurs preuves sur leur marché d’origine. À titre d’exemple, One Piece s’est vendu à plus de 490 millions d’exemplaires à travers le monde. Et les fans autour de ces licences sont légion. En proposant à ces communautés des jeux reprenant leurs univers préférés, on joue sur leur attachement afin de renforcer la puissance commerciale des licences concernées.

Majoritairement, les licences adaptées sont des mangas qui ont eu un impact fort sur le public. Certains fans ont grandi avec ces licences, jouer à un jeu vidéo qui repose sur ces œuvres fait donc ressortir une certaine nostalgie. Bien que certains jeux vidéo soient particulièrement bien travaillés, on se retrouve souvent avec des jeux où le scénario et le gameplay laissent totalement à désirer. Donc sans forcément être de mauvais jeux, les joueurs se retrouvent à jouer à des jeux moyens, passables, mais qui commercialement fonctionnent extrêmement bien. La preuve, il y a régulièrement des nouveaux jeux Dragon Ball ou One Piece pourtant fréquemment pointés du doigt pour leur manque d’originalité.

Concrètement, produire un bon jeu vidéo tiré d’un manga peut se révéler compliqué pour un éditeur, mais pas impossible. Néanmoins, on constate qu’au final, assez peu prennent des risques afin de proposer quelque chose d’inattendu. Majoritairement, les jeux de ce genre sont un véritable succès commercial en raison de l’attachement que nous, fans, portons aux licences adaptées. Pourtant, les éditeurs auraient tout à gagner à jouer l’innovation, surtout que les différents univers proposent des possibilités quasi-infinies. Donc pourquoi s’en priver et se contenter du minimum quand on a les moyens de proposer quelque chose d’énorme ?

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