Qui est Rosa, la vachette d'Intervilles ?

Vedette du célèbre jeu télévisé, la jolie bête de scène, disparue il y a un an, avait un tempérament joueur et une intelligence rare.

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Elle a la tête brune, les pattes noires et le corps blanc. Sur un crâne roux foncé, ses cornes forment un bel angle droit. A cette élégance s’ajoute une nature dynamique, un caractère joueur et un don inné pour la comédie. C’est grâce à ces qualités hors du commun que Rosa la vachette des Landes, devient en 2004 la star d’Intervilles, célèbre jeu télévisé diffusé jusqu’à l’arrêt de l’émission en 2013. Elle meurt le 14 juillet 2020, après avoir vécu une belle existence au sein de l’élevage Labat et ses trois générations de passionnés.  

Une vache avec un sacré tempérament !

Dès le lancement du jeu Intervilles en 1962, l’élevage Labat fournit plusieurs centaines de vachettes à l’émission. A Saint-Vincent-de-Paul, dans les Landes, la famille élève ses bêtes en troupeaux. Celles-ci ne dorment pas à l’étable, et ne sont destinées ni à la traite, ni à la consommation. Nerveuses et rustiques, elles évoluent à l’état semi-sauvage sur une centaine d’hectares de prairies et de forêts.

Née le 26 mai 2001, Rosa, elle, vient de la province d’Estrémadure (Espagne). Elle intègre l’élevage l’année suivante, et grandit en compagnie de 125 de ses congénères. En troupeau, ces vachettes sont d’une nature placide, même si on ne peut pas les caresser. Leur instinct les pousse en revanche à charger pour se défendre. Voilà pourquoi elles sont idéales pour les traditionnelles courses landaises et autres jeux. Avec leur petite taille et leur poids moyen de 200 kg, elles sont vives et impressionnantes, sans être dangereuses. 

Le sens du spectacle

A l’origine, rien à part sa robe à motifs, ne distingue Rosa des autres vachettes à dominante noire. Mais après sa participation à une première émission en Allemagne, son pelage atypique incite le producteur d’Intervilles, Yves Launoy, à lancer en solo cette débutante, plutôt timide. Très vite, elle assimile les règles du jeu. Dans Le Strike de Rosa, elle se livre avec facétie à une sorte de bowling humain, comme si elle prenait elle aussi plaisir au spectacle… “Rosa a tout de suite fait preuve d’intelligence. Elle faisait tomber les joueurs de leur cube, mais ne s’acharnait jamais sur une personne à terre. Elle savait aussi jouer avec le décor, et avait suffisamment d’énergie pour faire plusieurs sorties par semaine”, explique Teddy Labat, fils du propriétaire, Jean-Pierre Labat. 

Vedette du jeu télévisé, Rosa quitte Intervilles en 2013, mais sa carrière ne s’arrête pas là. Par la suite, elle est encore l’attraction principale du spectacle Top à la vachette, organisé dans neuf villes françaises. Chargée de faire tomber des candidats dans une piscine, elle joue son rôle à la perfection. S’approchant doucement pour renifler un joueur, elle passe chaque fois ses cornes le long de ses jambes… avant de décider qui plongera ou non, sans jamais manifester la moindre agressivité !

Parallèlement à sa carrière télévisée, la belle Rosa prend de l’autorité au sein du troupeau, où chaque vachette a son nom et sa personnalité. “D’abord discrète, elle s’est vite affirmée comme meneuse. Quand on voulait regrouper le troupeau, il suffisait de l’appeler pour qu’elle entraîne toutes les autres derrière elle…” se souvient Teddy, qui a rapidement développé un lien privilégié avec l’animal.

Un départ trop rapide

En 2020, la famille décide donc de lui accorder une retraite méritée, lui rêvant un destin de reine patriarche. Hélas, l’année même de sa retraite, Rosa perd du poids, s’affaiblit et succombe à une maladie gastrique, malgré toute l’attention et les soins vétérinaires qui lui sont prodigués. “Je savais que nous serions tristes le jour de son départ, mais pas à ce point. Nous avons beaucoup pleuré, ma fille et moi. Ça peut sembler étonnant pour un animal avec lequel on a aucun contact physique… Mais il y avait quelque chose de vraiment très spécial entre elle et nous.” Rosa s’est reproduite une fois. Mais, hasard de la génétique, son veau, qui a tourné une saison avec elle, était tout noir et n’a jamais développé aucun don pour le spectacle. En hommage à la jolie vachette, la famille Labat lui a fait construire un mémorial sur sa propriété… où les visiteurs peuvent venir saluer sa mémoire.

Race menacée

Les vaches landaises, originaires de la région, ont presque toutes disparu au milieu du XXe siècle parce qu’elles nuisaient aux plantations de pin. Il n’en restait alors qu’une cinquantaine. Mais elles bénéficient aujourd’hui d’un programme de conservation et de développement animé par le Conservatoire des races d’Aquitaine, et de nouveaux élevages sont en cours d’installation.

Le retour du jeu ?

Intervilles devait revenir sur France 2 en 2020, mais le tournage a été annulé en raison de la crise sanitaire. Quoi qu’il en soit, il n’y aurait pas eu de vachettes dans le jeu, Nagui, producteur de cette nouvelle version, ayant évoqué “le respect de la souffrance animale”. Cet argument chagrine la famille Labat, qui affirme que ses vaches “ne sont pas stressées et n’ont jamais été blessées sur un tournage. On les aime trop pour ça !”

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Article paru dans le numéro Femme Actuelle Jeux Animo n°8 de juillet-août 2021

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