Rêver en confinement, la belle échappée

“Pendant le premier confinement j’ai enchaîné des cauchemars chaque nuit pendant trois mois. Première nuit du deuxième et ça commence déjà”, tweetait le 30 octobre dernier une internaute répondant au pseudo Laudine

Comme elle, des milliers de Français ont vu leur sommeil et leurs nuits bouleversées en temps de confinement. C’est ce qui semble ressortir d’une grande enquête lancée le 6 avril 2020 intitulée “Sommeil et rêves et confinement”*. “Notre question [de départ] était de savoir quel impact ont eu la pandémie et le confinement sur le sommeil et le rêve”, expliquait alors Perrine Ruby, chercheuse Inserm au Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon et à l’origine de cette étude, à Sciences et Avenir en juin dernier. Et de fait, cet impact a été très important. Preuve en est, le questionnaire mis en ligne par les chercheurs a reçu des milliers de réponses spontanées. 

Les cauchemars du confiné  

Perrine Ruby explique que “15% des personnes ont rapporté des rêves plus négatifs qu’en temps normal”. Des cauchemars donc, qui pour de nombreuses personnes – dont Laudine – sont revenus en même temps que le président de la République annonçait un nouveau confinement le 29 octobre 2020. En Italie, une autre équipe de chercheurs s’est penchée sur les cauchemars des confinés. Résultats de leurs observations ? “Certaines personnes sont victimes de cauchemars et de parasomnies, du fait de la crise sanitaire et de l’enfermement”, le tout corrélé avec des symptômes de stress post-traumatique.

15% des personnes ont rapporté des rêves plus négatifs qu’en temps normal

Et les sources de ces mauvais rêves semblent diverses : enfermement, frontière inexistante entre la vie personnelle et la vie professionnelle du fait du télétravail, solitude… 

Parmi les différentes études sur les rêves et le confinement lancées à travers le monde – cinq en tout – le thème que l’on retrouve quasi-systématiquement est celui de la peur : peur pour ses proches, peur de tomber malade, de mourir. Ainsi nombreux sont celles et ceux qui durant leurs nuits confinées, devaient échapper à des poursuivants effrayants et courir sans s’arrêter. 

Deirdre Barrett, auteure du livre The Committee of Sleep et professeure de psychologie à l’université Harvard, s’est également intéressée aux rêves de confinement. “Dans le dernier échantillon de rêves rassemblés par Barrett depuis mars grâce à ce sondage, certains répondants disent avoir rêvé de contracter le coronavirus ou d’en mourir. D’autres ont remplacé la peur d’être infectés par des représentations métaphoriques : des insectes, des zombies, des catastrophes naturelles, des silhouettes floues, des monstres ou encore des tueurs de masse”, explicite un article de National Geographic

Les rêves confinés, pour mieux s’échapper 

Heureusement, le tableau n’est pas si sombre pour tout le monde. 7% des rêves collectés via le questionnaire en ligne du Centre de Recherche en Neurosciences, étaient notés comme plus positifs. “Dans la catégorie positive, les Français ont rêvé de promenade en famille, de plages, de fêtes en plein soleil, des mondes merveilleux qu’ils survolaient, libres”, commente Perrine Ruby, pour Sciences et Avenir. Des échappées donc, qui permettent aux esprits confinés de voir du pays, sans sortir de leur lit. 

L’imagination et certainement le subconscient sont intervenus comme pour apaiser les esprits entravés dans un quotidien trop petit. Les balades se sont faites aventures, le soleil était plus fort, plus chaud. Face à l’enfermement, certains ont donc pris l’option de la liberté nocturne pour respirer, enfin. “L’une des fonctions du rêve est la régulation émotionnelle. Il survient pendant le sommeil paradoxal. Dans cette période, on digère mieux ce qui s’est produit dans la journée”, explique ainsi la docteure Rébecca Robillard, professeure à l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa, interrogée au sujet des rêves confinés en avril 2020 par le site canadien LeDroit.com. 

Rêve-t-on plus en confinement ? 

Au-delà même du sujet de ces rêves, ce qui a troublé les rêveurs – et les chercheurs – c’est le nombre et l’intensité de ces virées dans le monde de Morphée. A en croire les multiples sujets qui ont été publiés au printemps 2020, la multiplicité des rêves n’est qu’une illusion de l’esprit : on rêve tout autant, par contre, nos pensées sont plus puissantes et plus ancrées dans notre mémoire immédiate.

Pourquoi ? Ici, les avis divergent. Certains, à l’instar du psychothérapeute Pierre Nantas interrogé par le site E-santé, explique que l’enfermement active nos peurs archaïques, refoulées depuis l’enfance et que ce serait pour cela que nos rêves nous marquent tant. D’autres comme Jean-Philippe Chaput, professeur agrégé à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa interrogé par LeDroit.com, avance le fait que notre sommeil est perturbé, nos nuits sont hachées par des micro-réveils, qui nous obligent d’une certaine manière à faire le point régulièrement sur nos rêves et cauchemars. Ainsi, pas le temps de les oublier : on les enregistre directement. 

Signification des rêves confinés 

Reste enfin à comprendre ce que veulent nous dire nos rêves pendant ces périodes de confinement. D’abord et avant tout, la docteure Rébecca Robillard citée par LeDroit.com insiste sur le fait qu’il ne faut surinterpréter les rêves, ni essayer de les rattacher directement dans la réalité : “Le cerveau récupère effectivement des informations provenant de la réalité d’une personne, mais le rêve est plus complexe que la seule interprétation de ce vécu”. 

Une étude publiée dans Social Cognitive and Affective Neuroscience en juin 2018 avait ainsi conclu, que nos rêves – bons ou mauvais – permettaient d’appréhender les fortes émotions et événements du quotidien. Ainsi, quand on est confiné, les émotions – l’angoisse, la peur, la colère ou l’ennui aussi – s’invitent dans nos songes, pas toujours sous leur forme première, afin de permettre à notre esprit de les assimiler. 

Enfin, Bernard Lahire, sociologue et auteur de l’ouvrage, L’interprétation sociologique des rêves (Ed. La Découverte) a rappelé dans un article du Huffington Post, que la signification des rêves dépend aussi et avant tout, du rêveur. “Il est impossible de se référer aux ouvrages ou sites qui donnent des significations universelles aux symboles que l’on perçoit en rêve, pour la simple et bonne raison que chaque rêve est unique”, a-t-il ainsi expliqué.  

Des rêves uniques donc, qui viennent bousculer nos nuits confinées. Comme pour permettre à nos esprits d’accepter une réalité bousculée elle-aussi, loin de nos habitudes. 

*Pour participer à l’étude en ligne “Sommeil et rêves et confinement”, rendez-vous sur le site dédié, créé par le Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon.

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