« Sailor Moon », icône des « magical girls », super-héroïnes japonaises

Eternelle. La nouvelle édition du manga Sailor Moon ne pouvait s’offrir meilleur titre : 
l’Eternal Edition. Car, oui, Sailor Moon, la plus célèbre des magical girls, est éternelle. Après une première édition chez Glénat en 1995, en pleine folie animée, le manga de Naoko Takeuchi est ressorti dans une nouvelle version, plus fidèle, à l’occasion du drama en 2003 au Japon (en 2012 en France chez Pika), et a donc le droit à une édition ultime et définitive suite
au reboot animé Sailor Moon Crystal de 2014.

Les Françaises et Français la découvriront mercredi, alors que d’autres magical girls continuent de rythmer l’actualité manga, de Magical Knight Rayearth, lui aussi réédité chez Pika, à Creamy merveilleuse Creamy chez Black Box, en passant par la dernière génération de magical girls, plus sombres : Magical Girl of the end, Magical Girl Site

« Par le pouvoir du prisme lunaire »

Tout le monde s’en souvient. « Par le pouvoir du prisme lunaire », Usagi Tsukino, collégienne banale et maladroite, se transformait en justicière Sailor Moon, dont la mission était de trouver le Cristal d’Argent et de protéger la princesse du royaume de la Lune. Comme l’explique Akiko Sugawa, professeure à l’Université de Yokohama et spécialiste en médias et études de genre, dans son article Les enfants de Sailor Moon, ou l’évolution de la magical girl traduit sur
Nippon.com, Sailor Moon est « une magical girl typique de la “combattante à transformation”, qui se métamorphose pour affronter les ennemis, avec l’aide de plusieurs objets magiques, comme un spectre ». Mais la magical girl des débuts, des années 1960, était bien différente.

Historiquement, Sally la petite sorcière est considérée comme la première magical girl, le manga de Mitsuteru Yokoyama mais surtout l’adaptation par Toei Animation en 1966. La France ne connaîtra Sally que dans les années 1980 avec un nouvel animé. « De Ma sorcière bien aimée à Mary Poppins, il est à peu près acquis que Sally est basée sur l’image de ces sorcières occidentales contemporaines », commente Akiko Sugawa. Son autre caractéristique est de ne pas être humaine, de venir d’un monde magique. Caroline, fillette de 10 ans, obtient en revanche ses pouvoirs d’un poudrier magique dans la série éponyme de 1969, suivie de réactualisations dans les années 1980 puis 1990.

Gigi, Creamy, Emi et les autres

Ces deux types de magical girls se déclinent en plusieurs séries et héroïnes, avec pour les plus connues, d’un côté Gigi (1982), princesse du pays imaginaire Fenarinarsa, envoyée sur Terre pour redonner espoir et rêves aux humains, et de l’autre Creamy merveilleuse Creamy (1983), qui dotée d’un pendentif magique se transforme en adolescente de 16 ans et devient une star de la chanson. Gigi, aussi, peut se métamorphoser en jeune femme, de même que Vanessa ou la magie des rêves (1984) ou Emi magique (1985).

La professeure d’université y voit une tentative des studios d’animation de capter les téléspectateurs masculins, ainsi qu’une manière pour les fillettes de « pouvoir “s’essayer en adulte”, de façon temporaire grâce à la magie, et ainsi gagner les moyens d’une auto-affirmation et expression de soi ». Le Japon vit alors ce qu’elle qualifie d’« ère des femmes », avec l’émergence de femmes de pouvoir comme la politique Doi Takako ou la chanteuse Matsuda Seiko.

La révolution du genre

En 1992, Sailor Moon révolutionne le genre, en incorporant certains codes du sentai (vous voyez Bioman ?) et présentant des magical girls non plus mignonnes et solitaires, mais combattantes et en groupe. Le modèle s’installe pour durer avec Pretty Cure, Tokyo Mew Mew, Magical DoReMi ou Magical Girl Lyrical Nanoha, et inspire même des séries occientales comme l’Italienne W.I.T.C.H. ou les Françaises LoliRock et Miraculous.

Pour la spécialiste Akiko Sugawa, si la magical girl s’est inspirée de la sorcière moderne occidentale, elle a donné naissance à « une héroïne très différente, par l’expression de caractères hybrides et hétérogènes, par la recherche de puissance, de beauté, de maternité aussi, (…), et aujourd’hui par la sororité, ou la lutte des femmes en rupture du modèle hétérosexuel hégémonique, comme dans Puella Magi Madoka Magica ».

Il ne faut pas oublier que Sailor Moon a aidé nombre d’enfants queer des années 1990, comme le rappelle
le site Vice. La magical girl continue d’être une figure progressiste, inclusive, et finalement miroir (magique) de la société, à l’instar de Magical Girl Boy, et sa lycéenne transformée en magical girl virile, ou les magical boys de Cute High Earth Defense Club Love !

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