Violences gynécologiques : "C’était vraiment une douleur atroce", le témoignage d’Adeline

Atteinte d’endométriose, Adeline a vécu une consultation gynécologique traumatisante, au cours de laquelle elle a ressenti une douleur intense et elle ne s’est pas sentie écoutée. Témoignage.

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Propos déplacés, violence physique, humiliation… Les violences gynécologiques et obstétricales peuvent prendre de multiples formes. Le Haut Conseil à l’Egalité (HCE) indique qu’il s’agit des actes sexistes « les plus graves qui peuvent se produire dans le cadre du suivi gynécologique et obstétrical « .

Ces actes sexistes sont définis comme « des gestes, propos, pratiques et comportements exercés ou omis par un.e ou plusieurs membres du personnel soignant sur une patiente au cours du suivi gynécologique et obstétrical et qui s’inscrivent dans l’histoire de la médecine gynécologique et obstétricale, traversée par la volonté de contrôler le corps des femmes (sexualité et capacité à enfanter) ».

Dans le but de les combattre, une charte des bonnes pratiques a été publiée en octobre dernier par le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF). Une avancée notamment permise par la libération progressive de la parole sur le sujet : en 2014, de nombreux témoignages avaient éclos à travers le hashtag #PayeTonUtérus. Adeline, 40 ans, a elle aussi décidé de raconter son histoire.

« Dès le départ, dans mon parcours, il y a eu une certaine violence »

Atteinte d’endométriose, Adeline a d’abord été confrontée à l’errance diagnostique. On lui répète alors que « les règles ça fait mal et qu’il n’y a pas de problème ». « Il y a eu dans mon parcours, dès le départ, une certaine violence, parce que la souffrance, ce n’est pas normal », explique-t-elle.

C’est finalement après sa première grossesse que le diagnostic de l’endométriose est enfin posé. Face aux douleurs qui s’intensifient, elle prend rendez-vous avec un spécialiste. « Je suis arrivée, j’ai joué le jeu c’est-à-dire qu’on a discuté, ça s’est plutôt bien passé. Et puis il y a eu cet examen gynécologique à proprement parler (…) et là, ça a été extrêmement violent », raconte-t-elle.

« J’ai crié pendant l’examen »

Au cours de cet examen, le médecin réalise deux touchers vaginaux. « Jamais aucun gynéco ne m’avait fait des touchers de ce type avant », explique Adeline. La douleur qui la traverse alors, elle ne l’avait jamais connue auparavant. « Elle était extrêmement aigüe et ça faisait partie des pires douleurs que j’ai ressenties dans mon parcours gynéco« . A tel point qu’Adeline a crié au cours de l’examen. « C’était vraiment une douleur atroce », ajoute-t-elle.

Pourtant, Adeline a l’impression que sa réaction ne « fait ni chaud ni froid » à son médecin. « Je suis certaine que lui savait pourquoi il le faisait et qu’il ne l’a pas fait pour son plaisir, je ne remets pas en cause ses compétences médicales mais je remets en cause sa façon d’aborder le patient. Il n’était pas du tout prévenant, doux, il n’expliquait pas du tout ce qu’il allait faire », précise-t-elle.

« J’ai envie qu’on apprenne à entendre la parole du patient »

La violence ressentie par Adeline ne s’arrête pas à l’examen médical. « Ce qui a été extrêmement douloureux aussi, c’était la pose du diagnostic en tant que tel : ablation de l’utérus », se souvient-elle. La jeune femme a alors 30 ans. Pour lui annoncer la nouvelle, le médecin prononce cette phrase : « Vous avez déjà bien de la chance d’avoir eu un premier enfant de manière naturelle donc si vous en voulez un autre, bon ben, qu’est-ce que je peux vous dire, essayez maintenant et puis après hop, on vous enlève l’utérus. Mais il faut y aller maintenant parce que c’est très avancé, donc votre temps est compté ».

Cette expérience traumatisante n’a pas été sans conséquences. « Je me souviens d’un été entier où je ne faisais que pleurer parce que j’étais perdue », explique Adeline. Mais ce n’est pas tout : elle a également interrompu son parcours gynécologique pendant plusieurs années. « Je préférais continuer à souffrir », ajoute-t-elle.

Si Adeline a depuis « retrouvé quelqu’un de bien grâce à un réseau de mamans sur Facebook », elle témoigne pour participer à la libération de la parole sur les violences gynécologiques. « Il n’est pas question de chasse aux sorcières mais il est question d’oser dire qu’on s’est senties mal, violentées, en danger, pas écoutées, qu’on nous a mal parlé (…) J’écoute très bien ce qu’on me dit, je prends les traitements qu’on me donne, je ne suis pas réfractaire du tout, mais j’ai envie qu’on m’écoute en face, j’ai envie qu’on apprenne à entendre la parole du patient », conclut-elle.

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"Le plus dur ? Accepter que cette maladie, c’est pour la vie"

Je souffre de douleurs aux ventre depuis longtemps. J’ai vu plusieurs médecins, mais on ne me trouvait rien. Généralement, on mettait cela sur le compte du stress. Mais il y a 1 an et demi, j’ai eu une très grosse crise de douleur, tellement intense que j’ai fini à l’hôpital. Ils ont pensé à l’appendicite, mais ce n’était pas ça… On m’a donc renvoyée chez moi.

Heureusement, mon médecin traitant s’est penché sur le sujet et m’a envoyée voir une gynécologue spécialiste de l’endométriose. Cette dernière m’a posé plusieurs questions, et après avoir vu que j’avais plusieurs symptômes (douleurs au bas ventre, pendant les rapports sexuels…) elle m’a fait passer un IRM et le diagnostic est tombé : je suis atteinte d’endométriose.

Mes symptômes : Au début, l’endométriose se manifestait principalement par des douleurs au ventre et pendant les rapports sexuels. Avec le temps, des problèmes digestifs (diarrhée, constipation tous les jours) se sont ajoutés. Les douleurs sont devenues de plus en plus intenses, au point que je suis souvent absente au lycée : c’est très handicapant, j’ai du mal à suivre les cours, je suis très fatiguée… heureusement j’ai des professeurs très compréhensifs.

Aujourd’hui, l’effet secondaire qui m’handicape le plus est celui qui concerne les rapports sexuels, ils sont presque impossibles, et c’est quelque chose qui m’affecte beaucoup. C’est très dur de devoir se retenir alors qu’on en a envie… Aussi, il est important de ne pas oublier que le traitement qui est donné pour éviter l’aggravation de la maladie (généralement la pilule contraceptive) a des effets secondaires pour le moins indésirables ! Personnellement, après avoir testé 5 pilules, j’ai eu droit à des boutons, des cheveux gras, +7kg sur la balance, une baisse de libido, des changements d’humeurs incontrôlables…

Dans mon quotidien, l’endométriose m’impacte vraiment, que ce soit dans ma relation amoureuse, ma vie professionnelle, mais aussi financièrement.

Mes solutions : Je n’ai pas de méthodes efficaces contre les douleurs, la pilule n’empêche pas mes douleurs, aller voir une ostéopathe ou autre ne m’a pas fait grand chose… À vrai dire, et les médicaments me soulagent, mais me donnent mal à l’estomac donc je n’en prend qu’en dernier recours en cas de grosses crises de douleurs. Ce qui m’aide à me sentir mieux est moins "scientifique" et plus personnel : mon entourage, particulièrement ma mère et mon petit copain, qui me soutiennent énormément, et c’est ce qui m’aide à tenir quand je souffre, je pense tout simplement très fort à eux, en me disant que je dois me battre pour vivre et être heureuse.

Mes conseils aux autres femmes : Je pense qu’il est important de se recentrer sur soi-même, d’arriver à s’aimer et à apprécier notre corps malgré ce qu’il nous fait endurer. Ce qui a été le plus dur pour moi, c’est d’accepter que cette maladie, c’est pour la vie, et si je peux donner un conseil aux femmes atteintes d’endométriose et plus particulièrement qui viennent de l’apprendre, c’est de ne pas ignorer ce qui nous arrive, de l’accepter et de trouver la manière dont on peut vivre avec l’endométriose.

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