Y a-t-il une vie après la mort ? Le cas des enfants réincarnés étudié par la science

Y a -t-il une vie après la mort ? C’est la question qui habite, depuis plus de 50 ans, des chercheurs américains, experts en parapsychologie, accrédités par la très sérieuse Université de Virginie, à Charlottesville, aux États-Unis. Ces derniers parcourent régulièrement le monde pour recenser et étudier des cas d’enfants réincarnés, c’est-à-dire d’enfants qui auraient des souvenirs issus d’une vie antérieure.

D’abord encadrées par le psychiatre Ian Stevenson, elles sont aujourd’hui coordonnées par le pédopsychiatre et chercheur, Jim Tucker, qui est à la tête du service de parapsychologie de l’Université de Virginie. 

Si question de la réincarnation, et plus particulièrement de ces cas d’enfants aux souvenirs dérangeants peut prêter à sourire, elle est une expérience des plus angoissantes pour celles et ceux qui s’y retrouvent confrontée.es. Face à l’inexplicable, même les esprits les plus cartésiens en viennent en douter comme le montre l’épisode 6 de la série-documentaire Survivre à la Mort, réalisée par Ricki Stern et diffusée en janvier 2021 sur Netflix.

Adeptes de la maxime socratique “Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien”, les experts scientifiques en charge de l’étude du phénomène collectent et recensent aujourd’hui des dizaines de milliers de cas “curieux” à travers le monde, qui présenteraient à chaque fois des similitudes troublantes dans leur manifestation. Parmi ces témoignages, certains ont pu être “vérifiés” avec des éléments tangibles de l’Histoire. La croyance en ce phénomène, elle, ne date pas d’hier.

La réincarnation, une croyance ancestrale 

La réincarnation est l’une des plus anciennes croyances du monde. On retrouve des traces datant de plus de 5000 ans dans la préhistoire de l’Hindouisme. Même chose dans des vestiges chinois, égyptiens, grecs ou romains. Toutefois, c’est la vision de la réincarnation bouddhiste tibétaine qui est la plus connue du grand public.
“Selon le bouddhisme, effectivement, il n’y a pas d’âme et il n’y a pas non plus de “personne” considérées comme des entités distinctes. Il n’y a qu’un flot dynamique d’expérience, instant après instant, que l’on appelle la conscience. Dans le monde de l’inanimé, il est admis que “rien ne se crée, rien de ne perd”. Il n’y a que des transformations. La matière ne peut naître ex nihilo. Selon le bouddhisme, il en va de même de la conscience, qui ne peut ni surgir de rien ni passer de l’existence phénoménale au néant. D’où l’idée d’un continuum de conscience qui se poursuit d’état d’être en état d’être.”, explicitait ainsi Mathieu Ricard sur son site en 2011. 

La culture gitxsane repose sur  le concept que l’esprit se renouvelle. La personnalité, l’essence, l’esprit de la personne décédée ranime le bébé qui naît

De nombreuses cultures ont également intégré cette idée de réincarnation. C’est le cas des Gitxsan, peuple natif de la Colombie Britannique au Canada. “La culture gitxsane repose sur  le concept que l’esprit se renouvelle. La personnalité, l’essence, l’esprit de la personne décédée ranime le bébé qui naît”, explique la professeur et psychiatre Antonia Mills, interrogée par Ricki Stern. 

Des préceptes difficilement intelligibles dans nos sociétés occidentales cartésiennes, où les religions monothéistes réfutent entièrement cette idée, et dans lesquelles la parole des enfants n’est que peu considérée. De fait, ce principe reste cantonné pour beaucoup dans le monde farfelu du paranormal, entre les apparitions d’OVNI et les Poltergeist des maisons hantées. Et la pop culture n’est pas en reste : on trouve de nombreux films utilisant cette croyance comme fil conducteur d’un scénario plus ou moins bien ficelé (Dead Again (1991), Les ombres du passé (2000) ou encore Little Buddha (1993), ndlr).

Des similitudes dans les récits 

Revenons en Virginie. D’après les chercheurs – Ian Stevenson d’abord, puis ses disciples – la plupart des récits d’enfants dits “incarnés” sont semblables : les souvenirs apparaissent sous la forme de terreurs nocturnes, parfois violentes, vers l’âge de 2 ou 3 ans et disparaissent vers 6 ou 7 ans, quand l’enfant découvre la conscience morale

C’est ainsi que James Leininger, âgé aujourd’hui de 23 ans, aurait fait l’expérience de la réincarnation. Le cas de cet Américain, habitant dans le sud de la Louisiane, a fait la Une de la presse outre-Atlantique au début des années 2000. Et pour cause : James aurait été dans une vie antérieure, un pilote de chasse dans l’armée, mort au combat pendant la Seconde Guerre mondiale. Après s’être inquiétés de l’intensité de ses cauchemars et étonnés de sa passion incommensurable pour les avions, ses parents ont noté les détails du récit du petit garçon, qui étaient extrêmement nombreux et précis. Le père Bruce, plutôt réfractaire à cette idée au départ, a fini par enquêter et retrouver l’identité de l’homme en question. Le petit garçon d’alors 6 ans a ainsi rencontré la soeur dudit soldat et un de ses compagnons de l’armée, pour confronter son récit et “valider” en quelque sorte son histoire. 

Évidemment, de nombreuses personnes à l’époque s’étaient inscrites en faux : on a alors envisagé que les parents du petit James manipulaient leur fils pour faire sensation, que l’enfant cherchait de l’attention ou même que tout cela n’était qu’une coïncidence… Mais selon la pédopsychothérapeute Carol Bowman, connue pour avoir étudié des cas similaires, James Leininger semble bien avoir eu des souvenirs d’une vie passée pendant sa petite enfance. 

Toujours selon elle, une autre similitude semble par ailleurs émerger des différents récits d’enfants : le phénomène concernerait surtout des morts “violentes” qui “imprègnent l’âme d’un traumatisme”. Et les manifestations, notamment les cauchemars, pourraient s’atténuer si l’enfant permet à cette “âme” de faire son deuil. 

Autre fait remarquable explicité cette fois sur le site de l’Université de Virginie : les tâches de naissance. “Certains enfants ont des taches de naissance et des anomalies congénitales qui correspondent à des blessures ou d’autres marques sur la personne décédée dont l’enfant se souvient de la vie. Dans de nombreux cas, des rapports post-mortem ont confirmé ces correspondances.”

Protocoles et prise en charge

Reste qu’à l’heure actuelle, les protocoles manquent, notamment parce que l’objet d’étude reste controversé. Seule l’équipe de chercheurs de l’Université de Virginie semble avoir mis en place des outils pour repérer, collecter et vérifier ces récits d’enfants, et leurs recherches se concentrent plus précisément en Amérique du Nord, bien que des cas ont été observés un peu partout dans le monde. 

Jim Tucker a ainsi publié en ligne des guides à destination des parents. Parmi les éléments qui sont censés les alerter, on trouve une liste de phrases “communes” à ces enfants, évoquant le souvenir d’une vie antérieure, telles que : “Tu n’es pas ma mère/mon père” à “J’avais l’habitude de…” en passant par “Je suis mort en…”. La liste est disponible sur le site officiel de l’université. 

Ces déclarations sont généralement faites par des enfants dont le développement semble par ailleurs être exactement comme celui de leurs pairs

L’expert précise sur une autre page que de nombreux parents désarmés cherchent des solutions pour accompagner leurs enfants et rappelle que les conseils trouvés sur Internet, même émanants de sa propre équipe, ne remplacent pas une prise en charge psychothérapeutique adaptée.

Il insiste également sur le fait ces discours d’enfants ne révèlent aucunement un trouble mental. “Nous avons discuté avec de nombreuses familles dans lesquelles un enfant prétend se souvenir d’un autre groupe de parents, d’un autre foyer ou d’un décès antérieur, et les enfants présentent rarement des problèmes de santé mentale. Ces déclarations sont généralement faites par des enfants dont le développement semble par ailleurs être exactement comme celui de leurs pairs”, écrit-il. Il ajoute plus loin que l’hypnose régressive est fortement déconseillée dans ces cas, car il faut se concentrer “sur la vie de maintenant”. 

L’équipe de chercheurs invitent par ailleurs les familles qui se sentiraient concernées à leur écrire afin que le récit de leur enfant soit collecté dans un premier temps et analysé par une personne agréée. 

Le doute est-il permis?

Malgré ces données, quel crédit accorder à ces histoires ? Les recherches de l’équipe de parapsychologues américains vont-elles un jour aboutir à une découverte qui pourraient changer notre regard sur le monde ? Le doute est-il vraiment permis au regard du savoir scientifique actuel ?

Que ce soit dans le documentaire Netflix ou dans la littérature spécialisée, on note qu’aucun expert ne s’est avancé pour officialiser le phénomène, pas même Ian Stevenson, véritable pionnier dans le domaine. “Je préfère dire que mon travail suggère l’existence des vies antérieures plutôt qu’il ne le prouve”, a-t-il ainsi déclaré. 

Suggérer l’idée, instiller le doute. Comme l’équipe de chercheurs américains et leurs homologues à travers le monde qui recensent les cas curieux, mon but, à travers cet article, n’est pas d’apporter des réponses, mais seulement de poser des questions. Qui sait, dans une vie antérieure, j’étais peut-être un philosophe de la Grèce Antique. J’ai toujours aimé les sandales. 

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