Youtube France : un tiers des vidéos les plus vues sont sexistes, dénonce un rapport

“Numérique : le sexisme en liberté”. C’est le titre révélateur d’un rapport publié jeudi 25 août 2021 par la Fondation des femmes. Associés à Sciences Po, la fondation a répondu à la question : comment sont représentées les femmes dans les 200 vidéos les plus visionnées en 2019 et 2020 sur YouTube ?

Les conclusions du rapport sont édifiantes. Plus de 68 % des contenus étudiés présentent des stéréotypes de genre, plus de 25 % des vidéos exposent au moins une forme de violence et près de 35 % des vidéos affichent une image dégradante des femmes.

Plus de 25 % des vidéos exposent au moins une forme de violence.

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L’homme viril et la femme objet

Dans les stéréotypes qui circulent on retrouve évidemment “la sentimentale”, “la poupée”, “la vénale” ou encore “la séductrice” pour les personnages féminins. Pour les hommes c’est “l’hyper-viril”, “le protecteur” ou “le macho”. Parmi ces contenus, 57% présentent ainsi des stéréotypes masculins, 39% des stéréotypes féminins. 

L’étude fait aussi remarquer que les stéréotypes masculins sont “associés à des valeurs positives (la puissance et le courage)”, tandis que ceux féminins sont “connotés négativement (la sentimentalité et la vénalité)”. Par contre, lorsqu’il s’agit de sexualiser des personnages, il s’agit uniquement des femmes. Et cela est le cas pour 20% des contenus étudiés.

Ces procédés suggestifs véhiculent l’idée que les femmes doivent paraître et se comporter d’une certaine manière pour être attrayantes, renforçant ainsi l’image de la femme-objet.

D’après l’enquête : “Nous avons noté que bien souvent, ces femmes ne sont pas nues, ni partiellement ni totalement, mais leur corps est objectifié par des procédés bien plus insidieux, les plus récurrents étant les jeux de caméra dirigés de façon à montrer les différents attributs féminins (68 %) ainsi que leurs mouvements érotiques et poses lascives (31 %)”.

Un problème puisque “ces procédés suggestifs véhiculent l’idée que les femmes doivent paraître et se comporter d’une certaine manière pour être attrayantes, renforçant ainsi l’image de la femme-objet”, indique le rapport.

Les violences faites aux femmes y sont aussi largement représentées, alors que ces contenus sont rangés dans les catégories “divertissement”, “musique” et “humour”. “Dans ces vidéos, les violences sont illustrées à 37,5 % par des insultes sexistes, 25 % sont des propos misogynes, 15,6 % contribuent à la culture du viol, 6,3 % des violences se font sous la forme de harcèlement sexuel et 3,1 % de violences conjugales”. Un constat aussi affligeant qu’alarmlant quand on sait que ce rapport porte “seulement” sur les 200 vidéos les plus visionnés sur Youtube… qui en compte des millions.

Les clips musicaux, premiers coupables 

Parmi les contenus les plus visionnés sur YouTube en 2019 et 2020 en France, 74% sont des clips musicaux. Si beaucoup “constituent des objets artistiques en soi, nombre d’entre eux proposent également des contenus racoleurs et favorisent de manière très fréquente des représentations problématiques des femmes”, signale encore le rapport. D’ailleurs, seulement 16,2 % ont une femme dans le rôle principal.

En outre, un clip musical sur quatre présente “une ou plusieurs formes de violences à caractère sexiste ou sexuel”.

Plusieurs séquences de vidéos violentes sont d’ailleurs répertoriées dans le rapport. Dans un des clips, “le personnage principal masculin chante à côté des cadavres emballés de bâches blanches de son ex-compagne et de son amant”. Violences conjugales banalisées. Dans un autre, “le chanteur évoque le fait d’alcooliser une femme pour avoir des relations sexuelles avec elle”. Culture du viol normalisée.

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Youtube, la plateforme la plus consultée chez les 15-24 ans

L’étude de la Fondation des femmes fait suite à un premier rapport du CSA en 2018. La plateforme, qui est la plus consultée chez les 15-24 ans et la deuxième plus consultée, tous âges confondus, avait déjà récoltée de mauvais résultat en 2018. En 2020, le constat est pire.

Les contenus sur Youtube qui véhiculent une image dégradante des femmes sont passés de 15,5% en 2017-2018 à 34,7% en 2019 et 2020. 

Le rapport indique : “Nos chiffres, plus élevés que ceux présentés par le CSA, s’expliquent par l’évolution du critère avec une gradation qui n’était pas observée auparavant”. Ils bénéficient aussi du contexte liée à la crise sanitaire, aux confinements et couvre-feu qui ont augmenté le temps passé sur nos écrans et la fréquentation des plateformes en ligne. Ce qui veut aussi dire que les vidéos qui ont le mieux marché pendant ces périodes de connexion intensives, sont à un tiers des vidéos représentant “une “image dégradante” des femmes.

Demande de régulation par le CSA

“Il était très important de voir comment les mentalités se forgent dans notre pays. Ces vidéos les plus vues, visant surtout les 18-24 ans, établissent des normes, des rôles sociaux catastrophiques, avec l’homme macho d’un côté et la femme garniture lascive de l’autre. Or ces images dégradantes, ces humiliations, passent en toute liberté sur Internet, faisant ainsi le lit des violences conjugales, trop souvent mortelles. Nous voulons attirer les pouvoirs publics sur cette question”, insiste Sylvie Pierre-Brossolette, coordinatrice de ce rapport (et responsable du précédent pour le CSA dont elle a été membre, ndlr), membre de la Fondation des femmes et présidente de la lutte contre les stéréotypes pour le Haut Conseil à l’égalité. 

Ces vidéos les plus vues, visant surtout les 18-24 ans, établissent des normes, des rôles sociaux catastrophiques.

Face à ce constat, les commanditaires du rapport souhaitent que le CSA intervienne dans le contrôle des vidéos Youtube. Le CSA régule déjà les séquences à la télévision, et deux autres secteurs, “la haine en ligne et la protection des mineurs pour la pornographie” vont désormais l’être aussi sur la plateforme.”Ces deux secteurs vont être régulés par le CSA dans le cadre du numérique et des plateformes et donc nous demandons qu’on ajoute l’image des femmes”, indique Sylvie Pierre-Brossolette.

Le rapport propose également plusieurs moyens pour limiter et faire disparaître ce type de contenus.

D’abord, la Fondation propose un amendement à la loi du 30 septembre 1986 sur la communication audiovisuelle, permettant de faire entrer dans son champ de régulation, l’image des femmes sur Internet. 

Autre solution proposée : “Si les œuvres véhiculent des séquences trop dégradantes pour les femmes, elles seraient privées de financement”, indique la coordinatrice du rapport.

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