Assiste-on au retour de la tendance pop-rock des années 2000 ?

  • Collants résille, rangers et piercing… le retour de l’esthétique pop-rock
  • Le "power couple" un peu punk mais pas trop
  • La faute à TikTok

Quand l’année 2021 a débuté, on ne s’attendais à beaucoup de choses (aka la fin du monde, par exemple) mais certainement pas à être propulsée en 2001 façon Retour vers le futur, deux shots de Pfizer en plus et 20 ans d’innocence en moins.

Et pour cause, il ne s’est pas passé un matin ces 12 derniers mois sans que Instagram et le zeitgeist dont il se fait l’écho ne me ramènent dans la pop-culture de mon adolescence, celle bercée par les films de Lindsay Lohan et les albums d’Evanescence.

Quand ce n’est pas J-Lo qui absout Ben-J ou le casting entier de Friends qui squatte à nouveau mon (petit) écran, c’est Britney Spears qui fait les grands titres… tandis que Naomi Campbell ouvre chaque défilé de chaque Fashion Week.

C’est d’ailleurs cette même semaine de la mode qui s’est fait remarquer pour son nostalgisme un brin racoleur, en se muant ces dernières saisons en véritable machine à remonter le temps, quitte à tenter de séduire ostentatoirement la GenZ avec ce que portaient les générations d’antan.

Direction donc les années 2000 et son bon goût affligeant, avec une inclinaison marquée pour l’Indie Sleaze, cette esthétique punk-rock édulcorée à la sauce TumblR et American Apparel dont les Sky Ferreira, Amy Winehouse et autres pures produits MTV du début du siècle se sont fait les muses sur fond d’air du temps décadent.

Collants résille, rangers et piercing… le retour de l’esthétique pop-rock

Pour sa dernière collection croisière, Chanel a twisté sa sempiternelle silhouette en tweed de collants résille, de piercing labial et de t-shirts rock de groupie, affublant allègrement ses mannequins de trait de liner charbonneux et de coupes asymétriques ouvertement punk.

De son côté, Saint Laurent troque sa parisienne pour une muse à l’aura punk trashy en s’inspirant directement de la chanteuse punk Peaches et de son vestiaire ouvertement contestataire, jouxtant lycra doré, blazers colorés et bijoux bigarrés.

Enfin, on notera que depuis le printemps-été 2018, Dior distille régulièrement sur ses podiums des silhouettes de tulle et de cuir, jouxtés de ras-de-coup, de motardes et de rayures rouge et noires, sans que personne n’y trouve rien à revoir.

Outre-atlantique, Coach a fait chanté Debbie Harry et le groupe punk the Coathangers pour son show automne-hiver 2021 en hommage à l’artiste (tout aussi punk) Jean-Michel Basquiat, tandis que le label Monse se réapproprie la tendance rebelle à coups de tartan, bottes motardes et denim lacéré et que la mythique collection grunge de Marc Jacobs ne cesse d’être célébrée-slash-réinterprétée-slash-rééditée.

Mais la maison qui a lancé les hostilités reste sans nul doute Givenchy qui – en pleine pandémie – nommait à la tête de sa direction artistique le ténébreux Matthew Williams dont les tatouages et la dégaine mi-punk mi-street suffisaient à donner le ton des prochaines collections.

Trench aux épaulettes cloutées, transparence provoc’ et talons en cornes du diable : la maison de luxe française qui signait en 2018 une robe de mariée ultra conventionnelle pour la future duchesse de Sussex flirte aujourd’hui avec les influences industriels et sataniques dont s’est nourrit originellement le mouvement punk dans l’Angleterre ouvrière les années 70.

Et elle n’est pas la seule à opérer un tel switch stylistique.

Le « power couple » un peu punk mais pas trop

Ex-adepte d’un look ultra-californien un brin boring, Kourtney Kardashian s’est ainsi lancée dans un ambitieux relooking depuis le début de son idylle avec Travis Barker, ex-batteur de Blink 182, le groupe pseudo-punk sur lequel on fumait nos premières cigarettes d’enfants gâtés.

Vêtements de cuir et détails lacés suggestifs, palette chromatiques dark et coupes suggestives : l’aînée des sœurs Kardashians s’est même grimée en Nancy Spungen pour Halloween, posant sur lnstagram aux côtés de son « Syd Vicious » plus vrai que nature. « Jusqu’à ce que la mort nous sépare. » décrit la légende. LOL en commentaires.

Même délire punk gothique pour l’ex-bimbo Megan Fox qui, aujourd’hui en couple avec Machine Gun Kelly, revisité à la sauce botox et contouring les piliers de la dégaine d’ascendance anarchiste, quitte à poser nue en jarretière cloutée pour GQ ou à fouler le tapis rouge en sulfureuse naked dress. « Je défie vos projections puritaines et refoulées de ce à quoi une femme doit ressembler. » brandit-elle avec fierté sur son compte Instagram.

Certes. Mais pour ce qui est du respect de la mémoire pop-punk, une esthétique par essence anti-système et pas franchement red-carpet friendly, on repassera.

Finalement, c’est la décriée Gen-Z qui s’en sort le mieux, avec des jeunes pousses artistiques qui se réapproprient la garde-robe de rockeur tout en l’adaptant à leur folle époque, celle de la Covid-19 et des vidéos TikTok.

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C’est par exemple Willow Smith – née pile en 2000 – qui aborde désormais des bottes plateformes, des pantalons cargo zippés, des corsets drapés ou encore des accessoires cloutés, affichant des silhouettes vestimentairement agressives.

C’est aussi la pop-star labellisée Disney, Olivia Rodrigo, qui déambule en mini-jupe tartan plissée, t-shirt graphique, Doc Martens et baggy à chaîne, Bella Hadid qui dégaine des looks similaires, ou encore Avril Lavigne qui auto-ressucite sa propre dégaine aux accents désormais vintage en ressortant un nouvel album et multipliant les collaborations avec la jeune génération.

Oui, Avril Lavigne. Mais comment en est-on arrivé, ou plutôt, revenu là ?

La faute à TikTok 

« En nous segmentant à partir de ce que l’on aime, l’algorithme de TikTok a contribué à la résurgence de certaines contre-cultures » explique sur Fashionista Agus Panzoni, un chercheur en tendances qui partage ses analyses sur le populaire réseau social chinois.

« Les gens développent et rejoignent des communautés basées sur leurs goûts et leurs centres d’intérêts, qui vont elles même devenir les nouvelles initiatrices de tendances. » poursuit-il, soulignant que ces dernières naissent aujourd’hui moins sur les podiums que sur les Internets.

Au point où les marques de luxe, comme Céline, n’hésitent pas à faire de certains Tiktokers aux dégaines emo alternatives leur cheval de Troie pour percer le porte-monnaie de cette génération représentant 140 milliards de dollars à l’échelle mondiale.

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« Après une année qui nous a tous secoués socio-politiquement, économiquement et écologiquement, il est logique que nous nous tournions vers une musique aux racines contestataires », poursuit Panzoni, rappelant en filigrane que la mode se fait perpétuellement le reflet du mood ambiant dans lequel elle prend naissance. « Le pop-punk est la version apprivoisée du punk rock, et d’une certaine manière, il convient à une génération d’activistes qui est toujours victime des entreprises technologiques et des conséquences des réseaux sociaux sur leur santé mentale. » conclut-il.

Née dans les années 70 dans une jeunesse en quête d’émancipations de la société et des institutions, l’esthétique punk et plus généralement rock’n’roll relève finalement moins d’une tendance que le symbole atemporel des générations révoltés, en guerre contre l’autorité, et qui – en manque de moyens concrets, font du vêtement leur redoutable outil d’expression.

Mais pour Geraldine Wharry, fondatrice de Trend Atelier, ce retour à cette esthétique indie sleaze, soit punk mais pas trop, façon mode des années 2000 révèle aussi une nostalgie en faveur d’une époque pré-réseaux sociaux, moins control freak et marquée du sceaux du YOLO.

« Les gens veulent un mélange plus nonchalant de choses qui font du bien sur le moment, plus ludique et authentique », déclare-t-elle au magazine Dazed & Confused. « L’indie sleaze, c’était finalement la recherche du plaisir, de profiter à fond de chaque instant, à une époque où tout devenait plus sombre. » Et la possibilité d’arborer un look alternatif sans pour autant renier l’establishment et/ou le patrio-capitalisme. Pratique. Mais certainement pas subversif.

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