Covid-19 : émotion amplifiée, pouvoir de consolation, objet de transition… Comment notre rapport à la musique a changé avec la crise sanitaire

2020, année de l’apparition du Covid-19 et année musicale. Le marché de la musique enregistrée a de nouveau marqué une hausse l’année dernière, de plus de 7%, porté par le streaming, selon la Fédération internationale de l’industrie phonographique. Ces douze derniers mois, les mélodies ont souvent été des alliées. Du réconfort, un exutoire, le miroir de notre tristesse… Les confinements ont même, parfois, changé notre rapport à la musique.

Une émotion qui submerge

Amin travaille dans le monde de la musique et celle-ci l’accompagne partout, tout le temps : “C’est beau quand il y a du contraste, tu vas écouter une musique triste et après tu te rends compte que ça va créer un sentiment hyper positif dans ta journée”. Comme le mélancolique No surprises du groupe britannique Radiohead, sorti en 1998. Une émotion déjà présente dans “la vie normale”, explique-t-il, mais qui a pris avec la crise sanitaire une dimension nouvelle :  “Maintenant je n’arrive plus à le gérer, je suis submergé parce que je me projette sur ce que je vis.”

Les larmes coulent davantage, les émotions affluent à mesure que le retour à une situation normale s’éloigne. Et Amin n’est pas le seul. Thomas Bignon, DJ Tom B. depuis 25 ans “adore ce métier depuis toujours” et ce n’est pas “pour se mettre en avant” mais pour le goût de la transmission. Or, il fait trois concerts en douze mois.

J’ai pris cher, j’allais vraiment très mal avec beaucoup d’idées noires l’année dernière

Chez Thomas Bignon, la tristesse est allée de pair avec la mort de son idole, le chanteur Pedro Lima, grande voix de Sao Tomé. Le DJ a réédité l’oeuvre sur disque, pour le label Bongo Joe : “Je ne dormais plus je me levais à quatre heures du mat’. Le simple fait d’être tous les matins, trois, quatre heures avec Pedro… J’ai passé des matinées entières à chialer”.

La musique un “objet transitionnel”

Pourtant, en musique, la tristesse est parfois bénéfique. Le professeur Emmanuel Bigand, professeur de psychologie cognitive au CNRS, spécialisé dans la perception de la musique, en a fait son objet d’étude : “En psychologie, on parle d’objet transitionnel, c’est un objet qui permet de faire la transition avec le réel et d’assumer la difficulté de la réalité.”

Et puis il est des exemples bouleversants. Sébastien était au Bataclan le 13 novembre 2015. Depuis, il avait du mal à se replonger à fond dans l’actualité musicale : “La musique n’avait plus la même saveur. Le Bataclan, j’en ai parlé à mon psy il n’y a pas longtemps, ça change la notion du temps. Ces cinq ans sont passés à une vitesse folle et ce qui est intéressant c’est que les confinements m’ont permis de rattraper ce temps-là.”

Et s’il devait citer un nom de groupe découvert cette année, Sébastien choisirait le groupe de pop indé Future Island, “une bouffée d’air frais”. Abandonnez toute réticence, nous dit le professeur Bigand : “La musique et la seule, avec la cuisine, à avoir cette capacité-là : plus vous en faites, plus ça vous fait du bien.” Et donc la musique finit, toujours, par nous emporter.

Musique et crise sanitaire : écoutez le reportage de Yann Bertrandécouter

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