Face à la crise sanitaire, le concert en livestream gagne ses lettres de noblesse

Le mot d’ordre: s’adapter. Alors que les salles de spectacle sont à nouveau fermées avec le reconfinement, les artistes se lancent dans la diffusion de concerts en ligne pour proposer à leurs fans une nouvelle façon de vivre la musique. Des prestations en direct, autrefois gratuites, qui ambitionnent de devenir une véritable source de revenus pour une industrie en crise.

Dua Lipa, Gorillaz, Jessie J, Liam Gallagher, Major Lazer, Metallica… Ils sont nombreux à organiser des performances exclusives, que les fans de musique pourront regarder chez eux en direct. Beaucoup avaient déjà tenté l’expérience durant le confinement du printemps, sans apporter beaucoup de soin à la production de ces concerts en livestream. Les mélomanes se souviennent encore sûrement des bœufs sans chichi de John Legend en robe de chambre, ou du set acoustique d’Alessia Cara dans sa salle de bain pour la série de MTV, “Unplugged at Home”. 

Après quelques semaines de performances aussi hasardeuses que spontanées, ces concerts virtuels sont montés en gamme en étant retransmis depuis des lieux prestigieux tels que l’Alexandra Palace à Londres, le club Roxy à Los Angeles et même le musée V&A. Ajoutez à cela des éclairages de qualité, différents angles de vue des caméras, quelques effets spéciaux… et ces concerts, autrefois gratuits, se transforment en événements exclusifs payants. 

Les coûts de la technologie 

Les prix des places varient, même s’ils tournent souvent autour des 15 dollars (17 euros). Si Dua Lipa propose à ses fans d’embarquer dans “une fusée kaléidoscopique” pour découvrir son dernier album moyennant la somme de 13 euros, Billie Eilish est montée jusqu’à 30 dollars (25 euros) pour le concert virtuel mondial “Where do we go? The Livestream” diffusé le 24 octobre depuis Los Angeles. Pour ce prix-là, les fans de la chanteuse iconoclaste avaient le droit à un accès au streaming avec replay possible durant 24 heures, ainsi que des réductions sur les produits dérivés.

Mais ce n’est rien comparé aux tickets à 100 dollars (84 dollars) que les fans de Jason Isbell s’étaient arrachés en juillet pour assister à une performance en direct du chanteur de folk, suivie d’une session de question-réponse. Une expérience interactive sur laquelle la start-up Topeka a surfé en proposant une version filmée de la prestation d’Isbell pour 25 dollars (21 euros). 

A l’heure où les prestations en livestream se multiplient, les professionnels de la musique espèrent que cet engouement pour ces concerts 2.0. redynamise une industrie en crise, dont les revenus reposent en partie sur les concerts et des grandes tournées mondiales. Ces derniers avaient rapporté 26 milliards de dollars en 2017, selon les données de Goldman Sachs. Soit 42 % du chiffre d’affaires du secteur. 

Une offre qui se diversifie

Mais, comme l’industrie de la musique l’a appris à ses dépens avec l’arrivée du streaming, il peut être difficile de convaincre les consommateurs de payer pour quelque chose qu’ils ont obtenu gratuitement auparavant. Surtout dans un écosystème ultra-compétitif où artistes indépendants, sociétés de production de concert et géants de la tech s’affrontent dans le seul but de capter l’attention, et idéalement l’argent, des mélomanes.

Le 5 décembre prochain, ils auront ainsi le choix entre un concert virtuel du groupe Evanescence en amont de la sortie de leur nouvel album “The Bitter Truth”, un show de Noël 2.0. signé Darlene Love, et une performance de Liam Gallagher retransmise en direct depuis la Tamise à Londres. Un beau choix cornélien sur fond musical. 

En plus de ne savoir où donner de la tête tant l’offre est variée, certains amateurs de musique doivent dépasser la crainte de ne pas être assez technophiles pour ces concerts en livestream. “Un groupe de rock avec un public un peu plus âgé, ces fans sont moins enthousiastes du point de vue de l’engagement en ligne”, a déclaré au New York Times Steve Bursky, le fondateur de Foundations Music, une société de gestion dont les clients comprennent Foy Vance, Young the Giant et Lauv.

Conscients de cette inquiétude, les plateformes et les artistes se lancent dans la pédagogie en multipliant les tutos et autres formats explicatifs. Le but ? Investir dans des concerts 2.0. de qualité pour les faire rentrer dans les mœurs. Il semblerait que ces efforts commencent à porter leurs fruits, puisque 28 % des Américains se disent prêts à sortir le porte-monnaie pour regarder un concert virtuel selon un rapport de Nielsen Music/MCR Data. “Le livestream est un nouveau genre, une nouvelle forme de divertissement. Il n’est pas éphémère. Les gens en doutent – mais je crois qu’il restera et sera une forme complémentaire de divertissement qui concurrencera les playlists, les vidéos et les concerts physique”, a déclaré à Rolling Stone Fabrice Sergent, cofondateur de Bandsintown.

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