Cami (Zone interdite) : "La plus grosse difficulté lorsqu'on est non-binaire, c'est le manque d'information des gens en face de nous"

Cette semaine, le magazine Zone interdite, présenté par Ophélie Meunier sur M6, consacre un numéro particulier au genre neutre. Au travers de plusieurs témoignages, on découvre l’univers de ces jeunes qui ne se sentent ni homme ni femme. Parmi eux Cami, qui a accepté pour Télé-Loisirs de nous en dire un peu plus sur la non-binarité.

Ce dimanche soir, sur M6, Zone interdite est entièrement consacré aux non-binaires, ces personnes qui se disent neutres, genderfluid ou a-genre car elles ne se reconnaissent ni dans le genre masculin ni dans le genre féminin. Selon un sondage de l’IFOP réalisé en novembre 2020, 22% des Français âgés de 18 à 30 ans ne se sentent ni homme ni femme. Un phénomène encore très méconnu en France, qui ne reconnait pas officiellement le genre neutre, contrairement à une dizaine de pays dans le monde comme la Suède ou l’Allemagne. Parmi les témoins que le magazine de M6 a suivi ce soir, il y a Cami. Iel (contraction des pronoms “il” et “elle”, employé pour désigné une personne neutre) a 21 ans et est non-binaire. Très engagé.e pour défendre la cause des genderfluids, Cami a fait les démarches pour changer de prénom et en adopter un neutre. Iel souhaite également faire supprimer de ses papiers d’identité la mention de genre. Pour Télé-Loisirs, Cami a accepté de nous parler de ce combat, “le combat d’une vie“.

Télé-Loisirs : Pourquoi avez-vous souhaité témoigner dans Zone interdite ?

Cami : Je participe beaucoup – via les réseaux sociaux – à rendre plus visible la communauté queer, genderfluid et transgenre. Je suis suivi.e par pas mal de monde, mais je voulais m’adresser à un public plus large, toucher un public que je ne connais peut-être pas. Passer sur M6, c’est atteindre des personnes qui, à la base, ne s’intéressent pas à ce sujet. Donc ça ne peut qu’être bénéfique.

Pensez-vous justement que le regard du public sur la non-binarité pourra changer après la diffusion de l’émission ?

Le chemin est long. Mais je pense que parmi les téléspectateurs de M6, il doit y avoir beaucoup de parents, de grands-parents. Peut-être que cela va aider certaines personnes qui, au départ, ont un rejet concernant la non-binarité, à être mieux informées à ce sujet. Des parents vont peut-être mieux comprendre ce que ressentent leurs enfants. Ils ne vont pas forcément adhérer, mais au moins ils sauront que ça existe et que ça peut concerner des personnes autour d’eux.

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Quelles sont les principales difficultés pour vous au quotidien ? Le regard des gens ? Le fait que l’on ne vous prenne pas au sérieux ? Le fait de vivre dans une société qui n’est pas du tout adaptée à la non-binarité ?

Un peu de tout ça. Le regard des gens, je m’y suis habitué.e. Ce qui est le plus difficile, c’est la désinformation. Parfois, on est confronté à des personnes très virulentes, qui n’y connaissent rien sur la non-binarité. Là c’est compliqué. Des gens peuvent nous dire que ça n’existe pas, que tout cela est dans notre tête, que ça va passer. C’est pour ça qu’il est important que ce sujet soit abordé dans une émission “grand public”. Je ne veux pas forcément convaincre les gens, je veux simplement qu’ils apprennent et comprennent un peu mieux qui nous sommes.

Dans le reportage, on voit que vous faites les démarches pour changer votre prénom de naissance auprès de l’état civil. Est-ce qu’aujourd’hui, votre entourage a pris l’habitude de vous appeler Cami ?

Oui, c’est bon (rires). Tout le monde s’y est mis, même ma grand-mère qui a pourtant 83 ans. Je trouve ça génial. Elle m’a dit : “Mais qu’est-ce que tu me fais vivre encore à mon âge” ! (rires)

Aujourd’hui, vous vous battez également pour faire changer la mention de genre sur vos papiers d’identité. Où en êtes vous ?

Nulle part. Ça n’avance pas. Moi ce que je veux, ce n’est pas changer de genre sur mes papiers d’identité. Je ne veux pas y apposer le genre neutre, je veux simplement faire supprimer cette mention. Ça aiderait tellement de personnes de ne plus être désignées par leur genre. Mais pour y arriver, il faut carrément changer la loi, il faudrait faire jurisprudence. Ça sera très long, mais c’est le combat d’une vie.

Vous êtes très soutenu.e par votre famille. Quel conseil donneriez-vous à un.e jeune qui se sent non-binaire mais qui n’ose pas en parler à ses parents ou ses proches ?

Même si une chose n’est pas comprise, cela ne veut pas pour autant dire qu’elle est rejetée. Cela peut être compliqué d’en parler directement à ses parents, alors il faut d’abord trouver dans son entourage des personnes prêtes à nous écouter et éventuellement nous comprendre. Il faut faire les choses petit à petit. Et n’en parler que lorsqu’on se sent vraiment prêt à le faire.

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