Festival d'Annecy 2021 : que nous réserve la rétrospective consacrée au cinéma d'animation africain ?

Laurent Million, responsable de la programmation du festival d’Annecy, a évoqué à notre micro la rétrospective consacrée au cinéma d’animation africain lors de cette édition 2021 !

Comment est venue l’idée de consacrer une rétrospective consacrée au cinéma d’animation africain ?

L’Institut français consacre cette année une section consacrée à l’Afrique. Le Festival d’Annecy a l’habitude de mettre chaque année la culture d’un pays ou d’un continent à l’honneur, mais le choix était complètement indépendant du fonctionnement de l’Institut.

En 2021 l’occasion s’est néanmoins présentée de s’associer pour présenter un programme autour de l’Afrique. Mais je rappelle quand même que ce n’est pas la première fois que l’Afrique est à l’honneur à Annecy.

Quels seront les temps forts de cette rétrospective ?

Elle est composée de huit ou neuf programmes, et va retracer les origines et les pionniers jusqu’à l’actualité d’aujourd’hui via la nouvelle vague d’artistes contemporains. Un focus sera fait sur la carrière de l’immense William Kentridge, qui est pour moi l’un des plus grands artistes d’Afrique.

Plusieurs longs métrages seront proposés, aussi bien pour les adultes que pour les enfants. Au final, un bel éventail de ce que l’Afrique d’aujourd’hui peut proposer en matière d’animation. Parmi les films proposés, nous aurons notamment le tout premier film d’animation nigérian.

Le cinéma du Nigeria est surnommé “Nollywood”, il s’agit du pays africain à la plus grande activité cinématographique, essentiellement en prises de vues réelles, mais avec également pas mal de courts métrages animés malheureusement d’assez pauvre qualité, pas suffisamment réussis pour que nous puissions les sélectionner à Annecy.

Nous allons présenter également des documentaires, notamment sur deux pionniers de l’animation africaine : les frères Frenkel qui sont arrivés en Egypte, chassés de leur Russie natale car nés juifs. Ils ont fait carrière essentiellement autour d’un personnage très populaire Mish Mish Effendi, qui est considéré comme le Mickey Mouse africain.

Les mouvements d’indépendance égyptien en 1948 les ont de nouveau poussés à changer de pays, ils se sont réfugiés en France pour continuer leur carrière cinématographique, malheureusement sans jamais rencontrer à nouveau le succès. Le documentaire raconte également comment ces films ont été retrouvés et leur restauration. C’est par le biais de leur histoire qu’a commencé à se développer le cinéma d’animation en Afrique.

Un documentaire sera consacré à un autre pionnier, Moustapha Alassane qui est originaire du Niger. On le surnomme le Méliès africain ; c’était un assistant du célèbre documentariste Jean Rouch et quand ce dernier a quitté le Niger, il lui a offert une caméra.

Alassane s’est alors improvisé cinéaste et a commencé à se former auprès des plus grands, notamment le canadien Norman McLaren. Après ses voyages à travers le monde, il est rentré au Niger pour s’atteler à la réalisation de films d’animation tournés avec des faibles budgets. C’est un documentaire assez touchant. Un des fils d’Alassane sera d’ailleurs présent à Annecy pour nous parler de son père.

Y a-t-il des aspects spécifiques du cinéma africain ? Comment découperiez-vous son industrie au sein du continent ?

Je le découperais en deux : le nord et le sud ! (rires) L’Afrique est un continent très contrasté, avec d’immenses zones désertiques. L’histoire du cinéma en Afrique suit celle des mouvements d’indépendance, pour résumer. Le premier pays qui en a profité est l’Egypte, qui a une vrai industrie du cinéma avec un passé, des studios, des écoles et surtout des auteurs. Le Maghreb s’est ensuite assez vite développé, ainsi que le Niger grâce justement à Moustapha Alassane.

Le Congo, comme beaucoup d’anciens pays colonisés, a gardé des liens de coopération culturelle avec la France. Mais au milieu du continent il n’y a quasiment rien, il faut se rendre directement en Afrique du Sud où le cinéma est déjà implanté depuis les années 20. A la fin de l’Apartheid, l’industrie sud-africaine d’animation n’a pas faibli au point d’être considérée aujourd’hui comme la plus développée en Afrique.

Le premier long métrage d’animation africain de l’Histoire est le long métrage zimbabwéen The Legend of the Sky Kingdom (2003), produit par Phil Cunningham, le fondateur de la société Sunrise qui produit notamment la série Jungle Beat. L’autre studio très actif dans l’industrie de l’animation africaine est Triggerfish qui sous-traite l’animation de nombreuses productions européennes, notamment les productions du studio britannique Magic Light Pictures (La sorcière dans les airs, La baleine et l’escargote…).

Pour faire du cinéma d’animation, il faut certes beaucoup d’argent, mais il faut surtout la paix. Et malheureusement, les pays africains sont en recherche permanente de démocratie. Beaucoup de choses se font depuis l’extérieur. D’ailleurs, les artistes qui ont la chance de faire leurs études à l’étranger (aux États-Unis, en Europe, en Inde…) continuent de produire leurs films via leurs réseaux car c’est beaucoup plus facile. Là encore, le documentaire consacré à Alassane permet de vraiment comprendre le fonctionnement du cinéma d’animation en Afrique.

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