Festival de Cannes 2021 : la Palme d'or attribuée à la Française Julia Ducournau pour son film "Titane"

Rideau sur le Festival de Cannes 2021, avec la récompense suprême attribuée au film Titane, de la réalisatrice et scénariste française Julia Ducournau. Elle a remporté la Palme d’or samedi 17 juillet, lors de la cérémonie de clôture du 74e Festival de Cannes. Le film succède à Parasite du cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho, qui avait emporté ce prix en 2019. 

La Palme d’or à Titane de Julia Ducournau

Julia Ducournau est la première réalisatrice sacrée seule pour un film, Jane Campion ayant reçu le même prix ex-æquo en 1993 pour La leçon de piano. Le film, avec une nouvelle venue bluffante, Agathe Rousselle, et l’acteur français Vincent Lindon, est furieusement contemporain et mêle à base d’hybridation femme/machine, d’amour pour les voitures et de quête de paternité.

La réalisatrice était très émue à la réception de sa Palme d’or, des mains de l’actrice américaine Sharon Stone : “Je sais que mon film n’est pas parfait. On dit même du mien qu’il est monstrueux. Pour moi, la perfection est une impasse. Mais merci au jury le besoin viscéral d’un monde plus inclusif et fluide Merci au jury de laisser entrer les monstres.”

C’était clairement le plus violent et trash de la compétition. Le prix récompense un cinéma transgressif et défricheur, empreint de féminisme. Totalement irréaliste dans son script, le film n’est pas fait pour être compris mais ressenti. Radical, violent, gore, il mêle humour dévastateur et émotion tout en abordant des sujets puissants.

Notre critique de Titane

Le Grand Prix à Un héros d’Asghar Farhadi et à Compartiment n°6 de Juho Kuosmanen

C’est sans doute la plus grosse surprise du palmarès : le Grand Prix, deuxième prix le plus prestigieux à Cannes, a été attribué à égalité au cinéaste iranien Asghar Farhadi pour Un héros et au réalisateur finlandais Juho Kuosmanen pour Hytti ndo 6 (Compartiment n°6).

Asghar Farhadi est récompensé pour la première fois à Cannes. Après Le Passé (2013), Le Client (2016), Everybody knows (2018), Un héros était le quatrième film qu’il présentait à Cannes. Son cinéma est toujours accueilli avec enthousiasme par le public et la critique, et cette fois-ci est la bonne. Le film raconte l’histoire d’une rédemption empêchée dans une société iranienne rongée par la méfiance et la manipulation. À 49 ans, il a déclaré en recevant son prix n’avoir “rien fait d’autre que d’écrire des films” et les tourner, “malgré tous les obstacles, les difficultés, les pressions, les obstacles qui auraient pu me dissuader. Je continue d’avoir l’espoir, en suscitant des questionnements, que je pourrai contribuer à améliorer les choses”.

Il arrive donc à ex-aequo avec le Finlandais Juho Kuosmanen, qui a filmé dans Compartiment n°6, la rencontre entre une Finlandaise et un Russe le temps d’un voyage en train entre Moscou et Mourmansk, au nord du cercle polaire.

Le Prix du jury ex-æquo pour Le Genou d’Ahed, de Nadav Lapid et Memoria d’Apichatpong Weerasethakul

C’est un nouvel honneur cannois pour Apichatpong Weerasethakul après sa Palme d’or en 2010 pour Oncle Bonnmee. Son film Memoria a fait sensation cette semaine à Cannes, recevant une ovation de plus 15 minutes lors de sa première projection jeudi.

“Dans cette période étrange, le cinéma nous a rapprochés. Je veux envoyer une vibration d’espoir à ceux qui vivent ici et ailleurs : aidons-nous les uns les autres, soyons en paix les uns avec les autres”, a déclaré réalisateur Apichatpong Weerasethakul en recevant son prix. Il l’a dédié à l’équipe de tournage en Colombie, qui n’a pas pu faire le déplacement. 

Le Thaïlandais partage son prix avec Nadav Lapid et son film Le Genou d’Ahed, brûlot sans concession sur Israël. Ours d’Or à Berlin en 2019 pour “Synonymes”, et passé par la Semaine de la critique, le réalisateur israélien reçoit sa première récompense cannoise.

Le Prix de la mise en scène pour Leos Carax, avec Annette

Le Prix de la mise en scène est attribué au réalisateur français Leos Carax pour Annette. C’est son premier prix à Cannes. Le film d’ouverture de cette 74e édition, une comédie musicale avec Adam Driver et Marion Cotillard, faisait partie des favoris pour le palmarès. Ce show musical déjanté sur l’amour, la gloire et la chute, qui envoie également un message fort sur l’exploitation de “enfants stars”, retrace l’histoire d’un couple de stars à Los Angeles, dans le style flamboyant habituel de Leos Carax. Il remporte à 60 ans la plus haute distinction cannoise pour ce feu d’artifice cinématographique, coécrit et mis en musique par le groupe américain Sparks. “Ce n’est pas seulement un grand réalisateur français mais un immense cinéaste”, a déclaré l’un des deux musiciens Ron Mael, en recevant ce prix en l’absence du réalisateur. “Malheureusement Leos Carax ne peut pas être des nôtres. Il avait un problème de dents. Mais nous sommes ravis qu’il ait décroché ce prix et nous sommes très touchés d’avoir été associés à un film de Leos Carax”, a-t-il ajouté. 

Le Prix d’interprétation masculine pour Caleb Landry Jones dans Nitram

L’Américain Caleb Landry Jones a décroché le Prix d’interprétation masculine pour sa performance remarquable dans Nitram, où il incarne un jeune homme déséquilibré qui s’apprête à commettre l’une des pires tueries de l’histoire de l’Australie : le massage de Port-Arthur, qui a fait 35 morts. “Je suis trop ému, merci, merci, merci”, a-t-il réagi, submergé par l’émotion. Il était déjà ému aux larmes hier lors de la présentation du film au Grand Théâtre Lumière. L’acteur de 31 ans avait alors craqué sous l’énorme ovation du public.

Le Prix d’interprétation féminine pour Renate Reinsve dans Julie en 12 chapitres

La Norvégienne Renate Reinsve, a décroché le prix d’interprétation féminine pour sa performance dans Julie en 12 chapitres de Joachim Trier, dans lequel elle incarne une jeune femme en quête d’elle-même. “Ce prix revient à tant de personnes”, a dit en pleurs l’actrice de 33 ans, révélation de ce festival. “C’était magnifique, une belle expérience”, a-t-elle ajouté, rendant hommage à un jury qu’elle “admire tellement”.

Le Prix du scénario pour Ryusuke Hamaguchi pour Drive my car

Le Prix du scénario est attribué aux Japonais Ryusuke Hamaguchi et Takamasa Oe pour le film Drive My Car, qui a fait sensation lors de cette 74e édition. Ryusuke Hamaguchi, qui est aussi le réalisateur du film, reste humble : “Si le scénario vous a paru bon, c’est parce qu’il a été très bien interprété. Je tiens à remercier mes comédiens et toute l’équipe”.

La Caméra d’or pour Murina d’Antoneta Alamat Kusijanovic

Murina, le premier film de la Croate d’Antoneta Alamat Kusijanovic, reçoit le prix de la Caméra d’or. La réalisatrice n’était pas présente lors de la cérémonie : la veille, elle a donné naissance à son enfant.

La Palme d’or du court métrage pour Tous les corbeaux du monde de Tang Yi 

Tian xia wu ya (Tous les corbeaux du monde), de Yi Tang (Hong-Kong). Quatorze minutes sur Shengnan, lycéenne de 18 ans, qui est poussée à faire son entrée dans le monde adulte après une aventure nocturne.

La Mention spéciale du court métrage pour Le ciel du mois d’août de Jasmin Tenucci

Céu de Agosto (Le ciel du mois d’août), de Jasmin Tenucci (Brésil), court-métrage de 15 minutes sur une infirmière enceinte de Sao Paulo se retrouve dans une église néo pentecostal, alors que la forêt amazoninne brûle.

Et aussi : la boulette de Spike Lee

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