Indiana Jones et le temple maudit sur W9 : ce film a été jugé trop violent et sombre à sa sortie

“Indiana Jones et le temple maudit” est diffusé sur W9, l’occasion d’un focus sur le côté sombre du film et la polémique créée lors de sa sortie.

Après le succès mondial des Aventuriers de l’Arche perdue en 1981, Steven Spielberg remet le couvert trois ans plus tard avec Indiana Jones et le Temple maudit. Toujours campé par Harrison Ford, l’aventurier se rend cette fois en Inde. Il y poursuit une terrible secte qui a dérobé une pierre sacrée dans un modeste village. Une chanteuse de cabaret et un époustouflant gamin vont l’aider à affronter les dangers les plus insensés.

LE VILAIN PETIT CANARD DE LA SAGA

Considéré par certains comme l’épisode le plus faible de la saga, Le Temple maudit souffre encore aujourd’hui d’une mauvaise réputation. Régulièrement, Spielberg lui-même critique le film en déclarant qu’il est le moins bon des quatre Indy sortis en salles. “Je me dis que la meilleure chose que je retiens de ce film, c’est que j’y ai rencontré Kate Capshaw, ma future femme. Je suis mécontent de ce 2ème opus, il est beaucoup trop sombre, souterrain et effrayant.C’est pire que Poltergeist. Il n’y a aucune part de moi-même dans Le Temple maudit.”

Le metteur en scène n’est vraiment pas tendre avec son oeuvre, qui a surpris tout le monde à l’époque en raison de sa noirceur et de sa violence. “On a réalisé un film plus sombre qu’on ne le voulait”, déclare le co-créateur du personnage, George Lucas. “Ça ne me dérange pas, on voulait créer quelque chose de différent des Aventuriers et ne pas refaire le même film”, ajoute le papa de Star Wars.

LE PACTE HAWAïEN

Au printemps 1982, Spielberg s’engage à mettre en scène la trilogie Indiana Jones auprès de son concepteur, George Lucas, dans ce qu’on appelle “le pacte hawaïen”. “Quand George et moi étions à Hawaï, et que j’ai accepté de réaliser Les Aventuriers de l’Arche perdue, il m’a dit que si je réalisais le premier, je devais réaliser les deux autres car il avait une trilogie en tête”, déclare Steven dans le making-of des Aventuriers. Pour ce second volet, Lucas aimerait bien envoyer Indy en Écosse visiter un château hanté. Mais après la douloureuse expérience de Poltergeist, Spielby veut absolument changer de registre.

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Le metteur en scène d’Un nouvel espoir trouve alors une autre idée et situe l’intrigue de ce deuxième volet en Inde, en 1935, en faisant ainsi un prequel caché. Il le baptise Indiana Jones et le Temple de la mort. Sacrifices humains, enfants-esclaves, magie noire… l’ambiance s’avère très sombre dès le premier script et Spielberg commence à faire la grimace. Lucas, à l’époque en plein divorce, campe sur ses positions en promettant à son acolyte un épisode plus dramatique similaire à L’Empire contre-attaque. Steven lui fait confiance et le projet avance. Lucas, Spielberg et les scénaristes Willard Huyck et Gloria Katz affûtent le récit.

UN SUCCÈS MONDIAL

Ces derniers donnent le nom de Short Round (Demi-Lune en VF) au petit garçon accompagnant Indy. Il s’agit du nom de leur chien, alors très âgé à cette période. Quant à Willie Scott, la chanteuse de cabaret insupportable, son nom est inspiré du cocker spaniel de Spielberg. Drôle d’ironie quand on sait qu’Indiana était le nom du chien de George Lucas.

Le tournage se termine à la fin de l’été 1983 pour une sortie en salles prévue en mai 1984 aux USA. 12 jours après sa première exploitation au cinéma, Le Temple maudit cartonne, raflant près de 70 millions de dollars au pays de l’Oncle Sam (au final, il rapportera 333M$ de recettes mondiales pour un budget de 28M$).

UNE NOIRCEUR QUI FAIT SCANDALE

Cependant, si le public se rue en salles, la presse est beaucoup moins tendre avec le long-métrage. Sa violence est notamment pointée du doigt, symbolisée par la séquence où un personnage se fait arracher le coeur par le grand méchant, Mola Ram, avant d’être brûlé vif. On reproche aussi au film le personnage de Willie Scott, considérée comme une caricature grotesque, offrant une image peu glorieuse des femmes. Harrison Ford lui-même se désolidarise de cette vision :

“Le seul problème que j’ai avec Steven et George dans ces intrigues, c’est que les femmes n’ont pas de véritable poids. La partenaire d’Indiana Jones se lance toujours dans un concours de répliques vaches avant de tomber en pâmoison devant lui. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi”, déplore l’interprète de l’explorateur au fouet.

Cet outil caractéristique de l’archéologue est également au centre des reproches ; dans une scène éprouvante, Demi-Lune se fait fouetter devant Indy, ce qui choque particulièrement une partie des aficionados du personnage. Comme le souligne Alexis Orsini dans son ouvrage Harrison Ford, l’acteur qui ne voulait pas être une star, “une organisation américaine de défense des moeurs va même jusqu’à dénombrer très précisément 215 actes de violences différents, 39 tentatives de meurtre et 12 exécutions sommaires par le héros.”

En juin 1984, Ralph Novak, journaliste pour People Magazine, envoie un missile contre Le Temple maudit : “C’est un viol insupportable de la confiance que le public porte au cinéma de George Lucas et Steven Spielberg, généralement bienveillant et tourné vers les enfants. Ils insultent l’intelligence du spectateur. Les parents ne devraient pas laisser leurs enfants voir ce film traumatisant. Ce serait comme une sorte d’abus. Quand on voit Demi-Lune se faire gifler par Harrison Ford ou Kate Capshaw se faire agresser par lui, on réalise qu’il n’y a pas de héros dans ce film et que les deux vrais méchants sont Spielberg et Lucas.”

CRÉATION DE LA CLASSIFICATION PG-13

La scénariste Gloria Katz défend alors le film en déclarant que Les Aventuriers de l’arche perdue n’était pas non plus une oeuvre non-violente car on y voyait la tête de quelqu’un exploser à la fin. “On ne pouvait pas se permettre d’avoir un méchant en demi-teinte, le public doit voir toute sa cruauté”, argumente-t-elle. Finalement, ce tollé entraîne une véritable remise en question du système de classification des oeuvres aux USA. La MPAA (Motion Picture Association of America) subit les foudres du public pour son “accord parental souhaitable”. À l’époque, il n’y avait pas d’intermédiaire et l’interdiction suivante était celle aux moins de 17 ans. Spielberg s’est battu pour que le Temple maudit ne subisse pas cette classification. La MPAA revoit alors sa copie, créant le fameux PG-13 (déconseillé aux moins de 13 ans).

UNE PÉRIODE DIFFICILE POUR STEVEN SPIELBERG 

Si Indiana Jones et le Temple maudit est le film le plus sombre de la saga, ce n’est peut-être pas le fruit du hasard ou de la seule volonté de George Lucas. Steven Spielberg vivait au début des années 80 une période à la fois extrêmement fructueuse au niveau professionnel mais aussi très douloureuse au niveau personnel.

Entre les succès de E.T., et Indiana Jones en tant que réalisateur et ceux de Gremlins ou Retour vers le futur en tant que producteur, l’artiste domine le monde du cinéma. Malgré cela, deux drames vont venir assombrir le tableau. En mars 1982, son grand ami John Belushi, avec lequel il a tourné 1941, décède d’une overdose. En juillet de la même année, un accident d’hélicoptère tue sur le coup l’acteur Vic Morrow et deux enfants figurants sur le tournage de La 4ème dimension, dont il est producteur.

“L’année 1983 a été la plus intéressante de ma carrière. Il y a eu le meilleur avec le succès de E.T. et le pire avec la tragédie de La 4ème dimension. Un mélange de grande joie et de profond chagrin. L’accident a marqué toute l’équipe ayant travaillé sur cette production. Notre âme est meurtrie et je ne connais personne qui n’a pas été affecté par ce drame”, confie Spielberg au Los Angeles Time en avril 1983. Cette difficile période a sûrement eu une influence dans l’esprit de Steven Spielberg, qui injectera toute la noirceur qu’il a pu ressentir dans Le Temple maudit, avant de le renier. Pour mieux oublier ?

Indiana Jones et le Temple Maudit : les détails cachés du film

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