« J’ai envie de moins faire le rigolo », confie Franck Dubosc

  • Dans La dernière partie, diffusé sur TF1 ce lundi soir, Franck Dubosc joue un avocat parisien qui renoue avec son père alors que celui-ci a décidé d’être euthanasié. Le scénario est inspiré de l’histoire du comédien dont le papa, atteint de la maladie de Charcot, est décédé en 2002.
  • « Cette envie de parler de mon père me suit depuis longtemps. Il fallait que je sois prêt. Et puis, il y a dix ans, on ne m’aurait pas donné le crédit de faire un film entier sur la fin de vie de mon père », avance Franck Dubosc à 20 Minutes.
  • « J’ai fait beaucoup de personnages « en plastique », dont on pourrait presque faire des petites figurines. Aujourd’hui, j’ai envie d’incarner des personnages qui ressemblent un peu plus à tout le monde », affirme Franck Dubosc.

On connaît très bien le Franck Dubosc extraverti et comique. Avec La dernière partie, diffusé ce lundi à 21h05 sur
TF1, il donne à voir une facette plus sensible, grave et méconnue de sa personnalité. Dans ce téléfilm, il joue un avocat sur le point de recevoir la Légion d’honneur apprenant que son père (incarné par Guy Marchand), gravement malade, a choisi le jour de la cérémonie pour mourir. Les deux hommes n’ont alors que peu de temps pour renouer et se réconcilier. Cette fiction est directement inspirée de ce qu’a vécu le comédien et humoriste dont le papa, atteint de
la maladie de Charcot, a recouru à l’euthanasie en 2002. Entretien à cœur ouvert.

Qu’est-ce qui vous a motivé à jouer dans une fiction inspirée de votre vie ?

Quitte à faire des films, je préfère parler de choses que je connais. Cette envie de parler de mon père me suit depuis longtemps. Il fallait que je sois prêt. Et il fallait aussi que le public soit prêt à ce que j’amène quelque chose qui ne soit pas uniquement rigolo. C’était peut-être le bon moment. On ne digère jamais vraiment le départ d’un parent, mais je suis maintenant papa, j’ai des enfants qui ont l’âge de me dire « Je t’aime ». Alors c’est peut-être une manière de boucler la boucle, de dire à mon père que je l’aime, même si je ne l’ai pas fait en vrai. Et puis, il y a dix ans, on ne m’aurait pas donné le crédit de faire un film entier sur la fin de vie de mon père. Par ailleurs, la télévision se penche de plus en plus sur des sujets de société comme ça, plus humains.

Vous avez évoqué dans les médias la maladie de Charcot dont a souffert votre père et comment il a choisi sa mort. Y a-t-il des scènes de « La dernière partie » qui ressemblent en tout point à ce que vous avez vécu ?

Il y a énormément de choses qui sont vraies, plein de petits détails que je ne me souvenais plus avoir confiés au scénariste [Jean-André Yerles]. La partie de Scrabble est réelle. La dernière partie jouée avec mon père… Tout est d’ailleurs parti de là. J’avais joué en sachant que c’était la dernière. Je m’étais dit : « Est-ce que je le laisse gagner ou pas ? » et j’avais décidé de laisser faire le jeu. Au cours de cette scène, je lui demande de parler de ce qu’il pense réellement. Ça, ça s’est fait dans la vraie vie, sans parole, à travers nos regards, le soir avant qu’il meure. On n’a pas eu besoin de se le dire. Il y a aussi la scène où je pars et où il est au balcon : ne pas savoir quand on peut s’autoriser à détourner le regard, combien de temps regarder une personne pour la dernière fois… C’est très culpabilisant. Depuis que la diffusion du téléfilm a été annoncée, je reçois beaucoup de messages de gens qui l’ont connu et qui me disent : « N’ayez crainte, il était fier de vous. » Il aura fallu vingt ans pour qu’on me le dise.

Vous parliez à l’instant du fait que le public devait être prêt à vous voir dans un rôle dramatique. Avez-vous envie plus d’aborder plus fréquemment ce registre à l’avenir ?

Je ne dirais pas que mon rôle dans le téléfilm est dramatique, c’est plutôt la situation qui est moins « drôle ». J’aime les deux, j’aime aussi faire rire. D’ailleurs dans La dernière partie, parfois, on se prend à sourire. J’ai envie de moins faire le rigolo et d’aller vers des rôles émouvants dans des histoires vraies. J’ai fait beaucoup de personnages « en plastique », dont on pourrait presque faire des petites figurines. Aujourd’hui, j’ai envie d’incarner des personnages qui ressemblent un peu plus à tout le monde.

Comment s’est passé le tournage avec Guy Marchand ?

J’adore Guy Marchand. Mon père l’adorait. C’est un soulagement et même très étrange de dire que mon père est interprété par un acteur qu’il aimait. C’est d’ailleurs le premier truc que j’ai dit à ma mère, qui était encore vivante quand on a commencé à tourner : « C’est Guy Marchand qui va jouer papa ! ». Je ne sais pas si c’était très clair pour elle, alors qu’elle avait pourtant toute sa tête. Moi, à côté de lui, j’avais l’impression d’être un jeune acteur qui écoute et qui savoure toutes ses anecdotes. Vous imaginez, à 83 ans, s’allonger dans un cercueil, il faut oser ! Tout au long du tournage, Guy disait « Je suis en train de répéter ma mort ». Et moi je me demandais si, au même âge, j’oserais ça…

Comment a réagi votre mère en apprenant ce projet de téléfilm ?

Je pense qu’elle n’a rien dit, comme quelqu’un qui ne dit rien parce qu’il se doute qu’il ne le verra pas le résultat. Sur mes deux derniers films, elle a posé beaucoup moins de questions qu’avant. Comme si elle savait qu’elle s’arrêterait avant leur sortie, comme si ça ne la concernait plus. C’était très étrange. La question qu’elle m’a toujours posée, c’est « ça sort quand ? ». Elle ne me l’a pas posée cette fois-là. [Elle est décédée au mois de février.]

Vous attirez l’attention sur la pudeur d’un père envers son fils. Dans « La dernière partie », votre personnage en souffre. Quel message avez-vous envie de transmettre aux hommes, aux pères et aux fils ?

C’est tout une époque. Je pense qu’aujourd’hui, on a fini par banaliser les « Je t’aime ». Mes enfants ont 11 ans et 9 ans et, quand ils raccrochent au téléphone, ils me le disent. Après, rappeler qu’il faut se dire je t’aime avant qu’il ne soit trop tard, ce message-là, tout le monde l’a déjà reçu. Il suffit de se dire que ça ne fait pas de mal, que ça ne fait que du bien. Lorsque je me brouille avec quelqu’un, souvent, je fais le premier pas, parce que c’est idiot au final. Il y a des choses bien plus importantes que de se disputer. C’est tellement plus facile d’aimer que de haïr. Ça nous ronge moins, et là je parle pour un parent comme pour les amis, les ennemis. On est tellement plus soulagés d’aimer.

Cette fiction est très émouvante, mais elle ne tombe jamais dans le pathos, ne cherche pas à être larmoyante. Vous y avez veillé ?

Oui, j’y ai fait attention. Pas tant pour ne pas dérouter le public que parce que la vie est faite comme ça. On parle d’une fin de vie, de dire au revoir au père, donc si en plus on est dans le pathos, ça devient redondant. Si on a envie de verser une petite larme à la fin, tant mieux, c’est de l’émotion que j’aime. Pour moi un bon moment, c’est autant rire que pleurer. Surtout, il ne faut pas imposer les émotions, chacun reçoit ce qu’il a envie de recevoir.

A travers cette fiction, vous voulez plaider pour le droit à mourir dans la dignité ?

Non, parce que chacun voit ça à sa manière. C’est très difficile d’entrer dans ce débat. Même ceux qui sont contre le choix de mourir sont quand même d’accord sur le fait de mourir dans la dignité. Le seul truc, c’est qu’il faut légiférer là-dessus pour la simple raison qu’on doit décider soi-même et que ce n’est pas toujours possible. Certaines familles se déchirent. Finalement, c’est la personne concernée qui devrait décider, mais elle n’est pas toujours en état de le faire. Dans mon cas, mon père l’a décidé lui-même. Mais je ne prends pas parti là-dessus et même pour avoir vécu ces choses-là, je n’en ai pas plus un avis.

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