« Le Dernier duel » de Ridley Scott pour l’honneur d’une femme

  • Dans la France du Moyen-Âge, une femme accuse un écuyer de l’avoir violée.
  • Son mari et son agresseur vont s’engager dans un combat à mort.
  • Ridley Scott, le réalisateur de « Gladiator » et d’« Alien », offre un film fort à la fois suspense virtuose et réflexion sur la notion de consentement.

A 83 ans, Ridley Scott réalise l’un de ses meilleurs films. Le Dernier duel, c’est celui qui oppose un chevalier (
Matt Damon ) et un écuyer (
Adam Driver) devant la cour. L’épouse du premier accuse le second de l’avoir violée, ce que ce dernier nie farouchement. Le chevalier et l’écuyer vont devoir s’affronter par les armes tandis que la femme, attachée en tribune, sait que son sort dépend du résultat.

A cette époque, les différends étaient soumis au « Jugement de Dieu » (comprendre que celui qui mourait au terme de l’affrontement était considéré comme coupable). La femme violée (Jodie Comer, vue dans la série Killing Eve et dans Free Guy) jouait sa vie en dénonçant son assaillant : si ce dernier était déclaré innocent, elle finissait sur le bûcher ! Le récit, séparé en trois parties, montre le point de vue des hommes et de la victime courageuse qui risque sa vie plutôt que de se plier à la loi du silence.

La vérité sur le viol

Le scénario coécrit par Matt Damon et Ben Affleck (méconnaissable à l’écran en seigneur libidineux) bénéficie aussi de l’expertise de
Nicole Holofcener chargée d’apporter une perspective féminine à l’histoire. « On a voulu donner une voix à l’héroïne, exprimer ce qu’elle a pu ressentir. Il fallait faire comprendre qu’elle prend son destin en main », explique-t-elle. D’autant plus que les messieurs, anciens amis devenus antagonistes, semblent plus désireux de régler leurs propres comptes que de venger son honneur.

Cela est très sensible lors de la scène de viol vue trois fois, imaginée par le mari, puis vécue par l’agresseur et enfin subie par la victime. « Sans ambiguïté, l’héroïne se fait violer, insiste la scénariste, même si son agresseur ne le voit pas ainsi. C’est pour cela qu’il était important de montrer cette scène trois fois. La vérité est celle de la victime. » Cette répétition rend la séquence d’autant plus difficile à regarder et provoque une profonde réaction de dégoût chez le spectateur.

Un message à faire passer

« Aujourd’hui encore, une femme se fait violer toutes les trois ou quatre minutes et on essaie de lui faire croire qu’elle ne l’a pas été, martèle Ridley Scott. Même si le film se déroule au Moyen-Âge, la question est toujours d’actualité. » Le réalisateur de Gladiator ne perd pas son sens de l’action grandiose dans ce film résolument féministe. Les combats guerriers que vivent les hommes comme le duel lui-même, moment de suspense à couper le souffle, sont autant de tableaux filmés qui vissent le spectateur sur son fauteuil.

« Je suis persuadé que des blockbusters destinés à un large public, comme celui-ci, peuvent avoir un impact positif sur les mentalités, insiste le réalisateur. Les choses évoluent petit à petit dans le bon sens et il faut continuer à essayer de faire passer le message. » Ce n’est pas la première fois que le cinéaste britannique met en avant une femme forte : on lui doit notamment le personnage de Ripley (Sigourney Weaver) dans Alien dès 1979 et ceux incarnés par Susan Sarandon et Geena Davis dans Thelma et Louise (1991).

« La notion de consentement est un sujet éternel et tristement universel que j’avais envie de traiter dans Le Dernier duel », insiste Ridley Scott. Ce film parvient à la fois à offrir un divertissement et à porter une réflexion sur la place des hommes et des femmes que ce soit au XIVe siècle ou de nos jours. C’est peu de dire qu’il est important.

Source: Lire L’Article Complet