Le Roi Arthur : les raisons derrière le bide de la franchise de Guy Ritchie

La franchise centrée autour de la Table ronde initiée par Guy Ritchie a connu une vie très courte, annulée après l’échec retentissant du premier long métrage de la saga : “Le roi Arthur : la légende d’Excalibur”. Mais que s’est-il passé ?

L’aventure Le roi Arthur commence lorsque Warner Bros décide de raconter à nouveau la légende de la Table ronde. Cela fait des années que le projet est en cours, envisagé avec Kit Harington en roi Arthur sous la direction de David Dobkin (Serial Noceurs), puis dans une autre version avec Colin Farrell (et Gary Oldman en Merlin). Aucune d’elles n’a vu le jour, jusqu’à ce que le projet soit relancé.

Nous sommes en mars 2010 lorsque le réalisateur Guy Ritchie se dit intéressé par porter l’histoire du roi Arthur à l’écran. A l’époque, Ritchie est chez lui à la Warner, venant d’y mettre en scène avec succès deux aventures de Sherlock Holmes avec Robert Downey Jr et Jude Law.

Ritchie basera son film sur un scénario rédigé par John Hodge (Trainspotting) et inspiré par les écrits de Thomas Mallory intitulé Le Morte d’Arthur, publié en 1485 et qui avait servi de base à l’Excalibur de John Boorman.

En lançant ce projet, la Warner tire symboliquement une balle dans la tête du remake du Excalibur de John Boorman, qu’elle développait en parallèle, en vue d’en confier la réalisation à Bryan Singer. Par ailleurs, Guy Ritchie n’a pas le temps de commencer le travail sur Arthur, puisqu’il a déjà signé pour mettre en scène avant (et toujours pour Warner) The Man from U.N.C.L.E. avec Henry Cavill et Armie Hammer.

En 2014, Ritchie est officiellement sous contrat pour réaliser ce qui s’appelle alors Knights of the Round Table: King Arthur. Warner abandonne le scénario initial de John Hodge, et le projet sera désormais écrit par Joby Harold, qui prévoit un arc narratif… sur six films.

Cela ne surprend personne en 2014, année où l’univers Marvel arrive à raccrocher aux Avengers Les Gardiens de la galaxie, alors des héros méconnus, en les faisant cartonner au box-office, tout en annonçant neuf longs métrages pour les années à venir, tous liés les uns aux autres.

Warner est à l’époque en train de construire son univers connecté DC Comics avec Batman V Superman, annonceur d’un Justice League très attendu. Il est donc logique de tenter également l’aventure avec plusieurs films adaptés de la légende arthurienne.

Sauf que les scénarios de John Hodge (adaptée de Thomas Mallory) et de Dobkin (celle avec Kit Harrington) sont utilisées comme base pour la version de Ritchie et Harold, le studio incitant les auteurs à mélanger les versions, ce qui causera des problèmes avec la Writer’s Guild, autorité tranchant les questions de copyright entre les différents scénaristes d’un projet.

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Ajoutez que l’associé de Ritchie, Lionel Wigram, arrive en renfort à l’écriture, et il en résulte pour King Arthur un scénario cousu à partir des différentes versions d’une même histoire que l’on tente d’unir de force.

The Man From U.N.C.L.E. sort sur les écrans et ne rapporte pas autant que prévu. Warner constate donc que ce que touche Ritchie ne se transforme pas systématiquement en or. Le long métrage d’espionnage engrange 107 millions de dollars dans le monde pour un budget estimé (sans le marketing et la publicité) à 75 millions de dollars.

Le studio perd donc de l’argent, au moment où Guy Ritchie est en tournage de King Arthur, du moins le premier des six films. Pendant ce temps, le tournage semble bien se dérouler. Charlie Hunnam est la star du film, avec Jude Law (Vortigern), Annabelle Wallis (Maggie) et Astrid Bergès-Frisbey (The Mage).

Cependant, de l’aveu même de Hunnam, le film s’est fabriqué en direct sur le plateau :

Le tournage est donc exécuté dans ces conditions un peu rocambolesques, mais est bouclée sans trop de retard… sauf que la première projection test est “catastrophique”. Il se passe quelque chose d’inattendu : l’équipe se rend compte qu’un des acteurs principaux est “miscast”, c’est-à-dire ne convient pas pour le rôle qui lui a été confié.

Des réécritures commencent à s’organiser, et avec elles les inévitables reshoots (tournage de scènes post-tournage principal afin d’améliorer la cohérence du film ou de corriger des erreurs). Il se murmure alors que les compétences du producteur et ami de Ritchie, Lionel Wigram, sont remises en cause.

A la même époque, Warner a des soucis avec un autre film à univers connecté : Suicide Squad, adapté de DC Comics, qui nécessite lui aussi beaucoup de reshoots et de post-production qui n’était pas prévus. La firme est donc sous pression, avec deux blockbusters qui semblent mal partis.

En février 2016, le tabloïd The Sun (via Femalefirst) rapporte que Guy Ritchie serait “déçu” par la prestation d’Annabelle Wallis, au point de couper la majorité de ses scènes. En conséquence, une intrigue assez importante liée à son personnage est laissée de côté par Ritchie, à regrets. Les reshoots se poursuivent et le film, calé au 22 juillet 2016 est repoussé au 17 février 2017.

En janvier 2017, à un mois de la sortie, Guy Ritchie fait le point, annonçant que les derniers effets visuels sont en cours de traitement. Il propose un premier montage de 3h, puis une version de 2h20, puis un autre d’1h50. Si la durée évolue énormément, c’est que le réalisateur tente de compenser par la quasi-disparition du personnage de Wallis et de trouver le bon rythme pour les scènes d’action.

Hunnam raconte par exemple au moment de la promotion du film que l’une des séquences d’ouverture (le flashback du combat contre les vikings) a été considérablement réduite :

Le film bouge encore deux fois après cela, décalé à mars puis mai 2017. Ces reports ne sont pas pour rassurer le public comme la presse. Pendant ce temps, la post-production s’éternise, et Warner continue de signer les chèques en espérant rentrer dans ses frais avec le film terminé.

Sauf que King Arthur, qui est entretemps devenu King Arthur: Legend of The Sword, a coûté 175 millions de dollars en tournage seulement et n’en rapporte que 148,6. L’échec est retentissant, les critiques d’où qu’elles viennent sont cinglantes et l’univers connecté espéré ne verra jamais le jour.

Guy Ritchie rebondira rapidement en acceptant de tourner le remake live-action d’Aladdin pour Disney. A l’heure de ces lignes, il n’a jamais retravaillé avec le studio Warner. Il retournera avec Charlie Hunnam pour The Gentlemen (2020).

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