"Le Soleil de trop près" : une plongée réaliste et poignante dans le quotidien de la schizophrénie

« Moi je suis un pirate, vous savez ?! » Pinte de bière d’abbaye en main, la machine à histoires fantasques de Basile (Clément Roussier) tourne à plein régime. Son travail secret dans des raffineries, ses incartades judiciaires… Face à Basile, deux inconnues intriguées par ses anecdotes farfelues, mais agrippées par sa verve. Il s’irrite. « Vous croyez que je mens c’est ça ? » Pas le temps d’étirer davantage la nuit par ses anecdotes folles, une brune aux cernes lassées interpelle l’étrange conteur. Sa sœur Sarah (Marine Vacth) lui ordonne : « On s’en va ». Retour forcé à l’appartement de cette dernière. Sarah lui confisque les clés, puis souffle doucement. « Ton traitement va faire effet Basile. » 

Ce traitement, Basile le prend pour endiguer sa schizophrénie paranoïde. Et pendant l’heure et demie du Soleil de trop près (en salles le 28 septembre, et sélectionné au festival du film de Cabourg), la caméra réaliste et intense de Brieuc Carnaille dévoile un quotidien fracturé par ce trouble. Pour son premier long-métrage dramatique, le réalisateur entraîne et bouscule le spectateur sur ce parcours de réinsertion aussi tortueux pour le malade que pour ses proches. Tantôt facétieux, tantôt spectaculaire, souvent imprévisible, Basile fascine autant qu’il intrigue. « Je me suis rendu compte à quel point la schizophrénie était une maladie méconnue, explique Brieuc Carnaille pour le dossier de presse. Au point qu’il est mal compris qu’un malade soigné puisse se comporter normalement. »

Clément Roussier, aussi touchant que juste

Ses hallucinations rendues très visuelles sur grand écran, sa tendre rencontre amoureuse, ses crises autant lyriques que déchirantes… L’ascenseur émotionnel du personnage principal embarque dans ses montées et ses dégringolades. Et constamment, ce regard des proches, tantôt aimant, tantôt inquiet, catalyse l’empathie et l’angoisse du spectateur. “Pour confronter le spectateur à son rapport à cette maladie”, décrit le réalisateur. Le tout sans jamais oublier de mettre en images et en mots les conséquences de celle-ci. Professionnellement, médicalement, sentimentalement… 

L’incarnation d’un trouble mental ne pouvant s’appuyer sur aucun artifice cinématographique, une grande partie de la force réaliste du film repose sur les deux épaules de l’acteur Clément Roussier. Aux côtés de la lumineuse Diane Rouxel et de l’intense Marine Vacth, l’interprète de Basile tamponne le spectateur. Sa gestuelle élancée, sa théâtralité versatile… Clément Roussier joue bien. Et juste. Même dans la flamboyante scène où sa danse épileptique en survêtement rouge lui donne l’aspect de fusée dans les rues de Roubaix. « Je voulais que dans ces moments, on ait envie d’être Basile, qu’on puisse lui envier sa liberté, son énergie, raconte Brieuc Carnaille. Quand bien même sa maladie a mauvaise réputation. » 

La fiche

GenreDrame, romance
Réalisateur : Brieuc Carnaille
Actrices et acteurs : Clément Roussier, Marine Vacth, Diane Rouxel
PaysFrance
Durée : 1h30
Sortie : 28 septembre 2022
Distributeur : Jour2fête

Synopsis : À sa sortie d’hôpital psychiatrique, Basile se réfugie chez sa sœur Sarah. Elle est sa seule famille et sa plus grande alliée pour se reconstruire. Aussi flamboyant qu’instable, Basile parvient à trouver du travail et rencontre Élodie, une jeune mère célibataire : il se prend à rêver d’une vie « normale »…

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