Lieux culturels : les taux de remplissage sont "très bas, avec quelques exceptions", déplore le syndicat patronal du spectacle vivant privé

Les lieux culturels n’ont pas retrouvé leur public, malgré l’allègement des restrictions sanitaires, selon une étude réalisée début septembre par Harris Interactive. Une étude que doit dévoiler officiellement mercredi 27 octobre, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot. « On est très bas, avec quelques exceptions », a estimé le même jour sur franceinfo, Olivier Haber, directeur général de la Seine musicale, et membre du Prodiss, le syndicat patronal du spectacle vivant. 

franceinfo : Près d’un Français sur deux ne s’est pas rendu dans un lieu culturel depuis l’instauration du pass sanitaire le 21 juillet dernier. Ce que dit cette enquête, vous l’avez déjà constaté déjà à chaque concert ?

Olivier Haber : Oui c’est un constat qu’on a depuis la rentrée, même un peu avant. Aujourd’hui on a un sentiment vraiment partagé. Nous sommes heureux de retrouver les artistes et le public, et quand même très inquiets parce que c’est vrai que le public aujourd’hui n’a pas retrouvé ses habitudes d’avant Covid-19. On a beaucoup moins d’offres, avec les artistes internationaux qui ne sont pas présent sur cette rentrée, quelques grands projets ont décidé de reporter leur production sur 2022 voire sur 2023. À titre d’exemple chez nous, on a une grande scène, on a une grande salle : on a quatre fois moins de spectacles qui sont proposés. Donc forcément on accueille moins de public. Et puis pour les spectacles présentés, à l’époque on tournait à plus de 70% de remplissage en moyenne. Aujourd’hui on se retrouve avec des spectacles entre 30 et 70% de remplissage, donc extrêmement faible pour certains. D’autres un peu plus élevé qui retrouvent des taux habituels, mais c’est surtout ceux qui étaient déjà en vente avant et qui ont connu des reports. En fait on vient cumuler des spectateurs depuis quasiment deux ans pour pouvoir atteindre les taux habituels.

Vous constatez tout de même que ça repart un petit peu à la hausse ces dernières semaines ?

Oui, septembre était largement meilleur qu’avant, octobre est largement meilleur, mais on part de tellement bas que finalement ça ne veut pas dire grand-chose. Quand on se compare avec des années de référence, on est très bas, avec quelques exceptions. On a de temps en temps des mises en vente, ça nous fait tous plaisir et c’est très important pour le dynamisme du marché. Mais c’est pour 2022 et 2023. L’urgence c’est pour aujourd’hui. Il faut absolument que ce public revienne vers les salles. Certains disent que c’est le pass sanitaire. Je pense plutôt que c’est aussi une habitude de consommation. Je pense surtout que les gens ont eu un manque terrible de moment de convivialité et qu’aujourd’hui où ils ont la possibilité de sortir, ils privilégient d’abord les restaurants et les bars, où on a également besoin du pass sanitaire. Donc ce n’est pas un sujet de pass sanitaire. Mais si vous allez au restaurant le soir, vous n’allez pas au spectacle parce que c’est à la même heure. Donc il y a des choix qui sont faits, et il va falloir rebasculer vers un équilibre entre ceux qui vont au restaurant et ceux qui vont dans des lieux de culture.

Un tiers des personnes interrogées dans le sondage disent qu’elles fréquenteront moins les lieux de culture. Comment les faire revenir ?

C’est peut-être le plus inquiétant. On a du mal à comprendre pourquoi. C’est peut-être un peu tôt pour se prononcer. C’est sûr qu’il y a des habitudes qui vont évoluer. Est-ce que les gens qui ont quitté les grandes agglomérations dans le cadre du télétravail iront moins sur les concerts en fin de semaine ? C’est possible. À nous de nous adapter aussi, de voir si les mises en ventes à deux ans ou à trois ans en amont sont peut-être révolues. Il faut peut-être réagir plus vite, être plus en direct avec les attentes des consommateurs. C’est un peu tôt pour se prononcer dessus.

Ça peut passer par un politique de prix plus attractifs ?

C’est possible, mais ça sera peut-être plutôt pour l’année prochaine. Si tout se passe bien on va avoir une offre pléthorique dans le monde du spectacle puisqu’on va voir le report des deux dernières années. Et là, évidemment tout le monde ne pourra pas voir tous les spectacles. Donc il va falloir certainement revoir les politiques tarifaires pour pouvoir proposer aux gens de voir davantage de spectacles, ce qu’ils faisaient auparavant. Ce qui n’est pas le cas cette année. On a moins d’offres donc aujourd’hui normalement les spectateurs devraient pouvoir faire leur choix. Je ne suis pas convaincu que le sujet tarifaire soit le sujet de cette année, peut-être après.

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