"Matrix Resurrections" redonne vie à la saga qui a changé la science-fiction au cinéma

Attendu sur les écrans mercredi 22 décembre, Matrix Resurrections est signé seulement de Lana Wachowski, sa soeur Lilly étant restée sur ses réserves, pour la première fois depuis leur collaboration inaugurée en 1996 (Bound). Fallait-il un quatrième Matrix ? Ce nouveau volet de la saga de science-fiction, toujours avec Keanu Reeves et Carrie-Anne Moss, mais sans Laurence Fishburne, renoue avec les fondamentaux de la franchise qui marque une date dans le cinéma de science-fiction.

Cyberpunk

A 57 ans, Keanu Reeves rempile dans l’un des rôles qui ont le plus marqué sa carrière, avant John Wick : le hacker Thomas Anderson, devenu Neo, sauveur de l’humanité, après avoir déchiré le voile des apparences entre la « matrice », dans laquelle pensent évoluer les hommes, et la réalité, où ils sont « cultivés », réduits à l’état foetal par les machines. Neo était laissé pour mort à la fin du troisième volet Revolutions, sorti il y a 18 ans, mais dans Matrix, dont la narration à tiroirs, sujette à une infinité d’interprétations, a toujours régalé ses fans, tout est possible.

Premier film « cyberpunk », cette frange de la science-fiction inaugurée en 1984 par William Gibson dans Neuromancien, met au centre de ses sujets le monde informatique, cybernétique et les réalités augmentées. Si les références sont nombreuses dans Matrix, avec notamment Alice au pays des merveilles, ou les « simulacres » de l’auteur Philip K. Dick (Blade Runner), le film concocté en 1999 par les soeurs Wachowski (qui étaient encore des frères) est aussi à l’origine d’images nouvelles.

Bullet time

Sur le toit d’un gratte-ciel, Neo évite une rafale de balles dans un ralenti sidérant, où la caméra, en rotation autour de la scène, semble avoir figé le temps. Du jamais vu à l’époque. Mélange de travelling et d’arrêt sur image, cet effet spécial devenu iconique c’est « une caméra en mouvement dans un monde arrêté« , résume Dominique Vidal, de la société d’effets spéciaux Buf, qui a travaillé sur trois des quatre volets de la saga. Le « bullet time », qui a influencé deux décennies de cinéma d’action, a des origines françaises, note-t-il. Avant les Wachowski, le réalisateur français Michel Gondry, bricoleur visuel de génie, l’avait utilisé en mode artisanal, pour… un clip des Stones (Like a Rolling Stone« ).

Les créatrices de Matrix ont eu l’idée de l’appliquer aux scènes de combat et de professionnalisé le processus qui nécessitait à l’époque une débauche de moyens techniques pour capturer la même scène, au même moment, depuis des dizaines de points de vue différents.

La ville encodée

Une pluie de lettres de code informatique, vert fluo qui tombe du ciel et finit par dessiner un univers parallèle, la matrice… Cette idée visuelle est également restée dans les annales. « A la base, c’était un menu de ramen (des nouilles japonaises) mélangé avec des chiffres inversés« , explique Dominique Vidal à propos de ces typographies dont des armées de fans ont tenté de décrypter le sens. « On a fait énormément de recherches pour savoir comment montrer des personnes « faites » en code informatique« , dit-il à propos de ce dernier effet, repris encore une fois dans Resurrections.

Car les Wachowski sont perfectionnistes. Sur certains effets spéciaux, leurs équipes ont soumis jusqu’à 20 propositions différentes « pour avoir comme un nuancier d’effets« . « On a des plans qui sont arrivés à la version 150 !« , s’amuse Dominique Vidall. Résultat : d’un point de vue esthétique Matrix a marqué une rupture, faisant basculer le cinéma dans l’ère du « fond vert » et des effets numériques omniprésents, souligne Lloyd Chéry, fondateur du podcast C’est plus que de la SF.

Métavers

Pour beaucoup de fans, Matrix, qui met en scène un groupe de rebelles qui combattent des intelligences artificielles ayant emprisonné les humains dans la Matrice, univers de réalité virtuelle simulant le monde extérieur, est la saga qui aura le mieux anticipé le début du XXIe siècle. « Matrix disait beaucoup de choses sur ce qui allait se passer, la réalité rattrapant la science-fiction avec l’arrivée de la 3D, de la réalité augmentée et virtuelle« , souligne Lloyd Chéry. Jusqu’à l’actualité de ces dernières semaines, avec l’essor du métavers (contraction de méta et univers), dont le géant Facebook a annoncé qu’il allait faire son nouveau projet d’entreprise, rappelant à certains l’univers de la Matrice.

En avance, Matrix l’était aussi par son syncrétisme, mêlant beaucoup de références différentes, des arts martiaux au cinéma hong-kongais en passant par les mythes religieux et le cyberpunk, comme le fait la pop culture aujourd’hui, fait remarquer Lloyd Chéry. Néo, sorte de figure christique en long manteau noir, rompu au kung-fu et au piratage informatique, résume à lui seul ces influences.

Et l’an dernier, Lilly Wachowski, qui comme sa soeur a changé de sexe après le premier film, a expliqué qu’elle voyait l’oeuvre comme une métaphore « trans » en avance sur son temps, à une époque où les questions de fluidité de genre étaient bien plus confidentielles.

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