TEMOIGNAGE. Cindy Laurent : "On manque de soignants partout !"

Infirmière à l’hôpital Édouard-Herriot de Lyon, Cindy Laurent a vécu les vagues successives de la pandémie. Aujourd’hui, elle tire la sonnette d’alarme grâce à son témoignage dans le documentaire Derrière nos masques diffusé vendredi 27 août à 20h30 sur LCP.

Vous avez dix-sept ans d’ancienneté aux Hospices civils de Lyon, deuxième CHU de France. Vous souvenez-vous de votre arrivée ?

CINDY LAURENT : Bien sûr. C’était en 2004, aux urgences neurologiques, comme aide-soignante. Par la suite, j’ai passé mon diplôme d’infirmière pour intégrer en 2014 l’hôpital Édouard-Herriot.

Quels changements avez-vous observés depuis vos débuts ?

La disparition des ASH (agents des services hospitaliers, ndlr). Aujourd’hui, l’hôpital public fait appel à des entreprises privées pour nettoyer les chambres. Les pauvres femmes de ménage ont un nombre fixe de minutes par chambre, doivent badger en entrant et en sortant. Encore un stress supplémentaire pour les malades !

Comme infirmière, votre travail a-t-il évolué ?

En journée, les tâches administratives prennent le pas sur l’humain. C’est l’usine. Je préfère travailler la nuit. Je prends mon service de 21 h à 7 h, en alternant « grande semaine », où je travaille cinq nuits et me repose deux, et « petite semaine » où c’est l’inverse.

Qu’a changé la Covid dans votre quotidien hospitalier ?

Dès mars 2020, j’ai été en unité Covid. Les patients étaient comme des enfants, avec des angoisses quand arrivait le soir. Mes tournées ne duraient pas une mais deux ou trois heures. Je revois, le 18 mars 2020, l’arrivée de premiers patients isolés… On était presque aussi perdus qu’eux…

Que voulez-vous dire ?

On avait du paracétamol, des chambres d’isolement et très peur aussi. Je revois une petite dame, elle allait mourir malheureusement car son atteinte était trop importante… Elle avait peur, elle était angoissée. Elle m’a demandé si je pouvais laisser la porte de sa chambre ouverte et j’ai dû dire non. J’aurais dû la prendre dans mes bras pour l’apaiser mais je ne pouvais pas… (Silence.)

Êtes-vous toujours dans une unité Covid aujourd’hui ?

J’y étais jusqu’à sa fermeture, en juin dernier, à la fin de la troisième vague. Comme deux tiers des soignants sont vaccinés, la direction a décidé que les malades Covid seraient désormais intégrés dans chaque service plutôt que regroupés dans une unité dédiée. En fait, on va les traiter comme on le faisait avec des patients tuberculeux ou à BMR (bactérie multi-résistante, ndlr).

Vous pensez-vous mieux armée face à une éventuelle quatrième vague ?

Sur le papier, oui. On a des protocoles de prise en charge, ce n’est plus l’improvisation. Le problème, c’est le manque de soignants. On a beau proposer des postes d’infirmière en CDI avec prime d’installation de 5 000 euros, on ne trouve personne ! Et on a dégoûté nos étudiants en 2020 à les faire travailler autant que nous pour un salaire de stagiaire (150 euros, ndlr). Les jeunes diplômés de 2021 hésitent à s’engager.

L’urgence est dans la revalorisation des salaires du personnel soignant. Combien êtes-vous payée aujourd’hui ?

Je ne suis pas la plus à plaindre. En tant que mère de famille, j’ai un supplément familial de 190 euros par mois, plus le « Ségur » (prime de 180 euros accordée au personnel soignant en 2020, ndlr). J’arrive à 2 300 euros. Sinon, avec presque vingt ans d’ancienneté, je serais à 1 900 euros.

Aujourd’hui, un infirmier en sortie d’école démarre à 1 600 euros par mois…

Vous savez, à 5 ans je lavais les jambes de ma grand-mère en lui disant: « Mémé, plus tard, je m’occuperai des gens comme toi. » J’aime prendre soin des autres. J’aimerais que les gens qui font ce choix, prennent ce risque, soient payés dignement. •

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