TEMOIGNAGE. Irina Goriounos : "Si travailler à l’hôpital n’était pas une vocation, on ne tiendrait pas"

Psychologue depuis cinq ans, Irina Goriounov travaille en réanimation médicale et en pneumologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Elle a vécu de l’intérieur la crise de la Covid, témoigne-t-elle dans Le Monde en face : Quand l’hôpital retient son souffle, mardi 10 novembre à 20 h 50 sur France 5.

Pourquoi avoir choisi d’être psychologue en hôpital public et non en libérale ?

Irina Goriounov : J’aime l’idée de pouvoir accueillir le tout-venant, les accidentés de la vie, et l’hôpital public a cette vocation. Ces valeurs me parlent et sont importantes pour moi. Je n’ai pas choisi cette voie pour des raisons financières mais éthiques et de sens. Si ce n’était pas une vocation, on ne tiendrait pas.

Vous intervenez auprès des patients atteints de la Covid,de leurs familles mais aussi des soignants. Comment ces derniers ont-ils traversé cette crise ?

Ils ont dû s’adapter en continu. Ce n’était pas la routine habituelle qui, surtout en réanimation, est un point d’appui. Ils n’avaient plus leur temps de repos, les mêmes ressources à l’extérieur de vie personnelle et sociale ou d’activités qui sont très importantes quand le travail est basé sur une relation d’aide. Ils avaient cette réflexion autour de ce qu’ils vivaient. Autour de ce qu’ils rapportaient à la maison, pour ceux qui ne vivaient pas seuls, autour du caractère bien particulier d’être ceux qui travaillent quand tous les autres sont confinés. Il y a eu, en même temps, ce mouvement qui permet de mettre en place des défenses pour éviter de trop penser, de trop se sentir mal par rapport à tout ça. Cela fonctionnait plus ou moins bien selon les personnes et les équipes.

Une fois l’urgence et la crise de la première vague passées,ont-ils ressenti comme un contrecoup ?

Dans cette phase de l’après, de la transition entre les vagues, il y a eu pas mal de phénomènes de retombées d’énergie, de bilan et de réflexion sur leur profession, sur le sens qu’ils donnent à tout l’investissement qu’ils mettent dans ce qu’ils font. Il faut que ça ait du sens pour arriver à tenir, à traverser tout ça. Ils ont aussi toujours le regard tourné vers lamer avec la question de savoir si on vase reprendre une grande vague, s’ils sont prêts et capables d’affronter ça, s’ils en ont envie, si tout cela a changé quelque chose dans leur perception de la profession et de leur engagement…

C’est votre cas ?

Je suis encore fatiguée de la première vague. S’il faut remonter sur le pont – etc’est déjà le cas -, je le referai – et je le fais -, mais peut-être un peu différemment. C’est comme un patient qui fait une rechute, il ne se comporte pas de la même manière. Je n’ai peut-être pas la même énergie. Je ne suis pas sûre de tenir au même rythme qu’avant d’autant qu’on maintient des activités non Covid et que le regard et les investissements sont donc aussi ailleurs. Personnellement, je n’avais pas besoin de reconnaissance institutionnelle mais tous, on avait espoir qu’il y ait cette considération à l’égard de la profession, de ceux qui travaillent à l’hôpital. Je sens moins cet espoir depuis qu’on est dans le creux des vagues.

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